Liban-Sud: Pourquoi la Résistance a-t-elle refusé de céder «Ali al-Tahir»?
Par Hussein al-Amine*
Malgré les récents débats autour de la remise des hauteurs d'Ali al-Tahir à l'armée libanaise pour éviter une escalade imminente susceptible de déclencher une confrontation majeure, les sources proches des contacts diplomatiques révèlent une autre réalité.
Il y a environ un mois, le président de la République, Joseph Aoun, avait déjà soumis cette formule au Hezbollah. Sa proposition prévoyait l'évacuation du site et le déploiement de l'armée, arguant que cela «ôterait tout prétexte à Israël et l'empêcherait de poursuivre ses opérations militaires». Le parti avait alors opposé un refus catégorique, estimant qu'il ne s'agissait pas du sort d'un simple positionnement militaire, mais de l'équation stratégique que l'on cherche à imposer sur l'ensemble du territoire libanais.
Ces derniers jours, la proposition est revenue sur la table de manière plus explicite, doublée d'une pression militaire «israélienne» accrue. La «Société de radiodiffusion israélienne» a rapporté, citant un responsable américain, que «le cessez-le-feu dans le Sud a été conditionné au retrait du Hezbollah des hauteurs d'Ali al-Tahir et à leur remise à l'armée libanaise». Washington a ainsi concrètement repris à son compte l'exigence «israélienne». Une dynamique franco-américano-«israélienne» s'installe depuis peu: l'ennemi désigne le site à évacuer, les Américains exercent la pression sur l'État libanais, puis l'armée se voit sommée de prendre possession des lieux sous la menace d'une poursuite des bombardements ou d'une incursion terrestre. Un schéma similaire avait déjà été tenté au cours des 15 mois séparant les conflits de 2024 et 2026, lorsque l'ennemi exigeait l'inspection de propriétés privées dans le Sud, menaçant de tout raser en cas de refus.
Parallèlement, l'ennemi maintient un blocus de feu continu autour de la zone d'Ali al-Tahir et exerce une surveillance étroite, tout en diffusant des récits sur des installations souterraines, des combattants encerclés et des stocks de ravitaillement tantôt suffisants pour des semaines, tantôt sur le point de s'épuiser. Ces narratifs remplissent des fonctions opérationnelles et politiques précises: légitimer la poursuite des frappes d'une part, et présenter la cession de la colline comme une «solution humanitaire» ou un «compromis honorable» d'autre part. Le véritable objectif reste d'arracher la position sans en payer le coût tactique. Or, les récents combats — notamment l'attaque ciblée contre «l'unité du génie israélien» opérant dans le secteur, qui a subi des pertes — ont démontré que l'occupation complète de ces hauteurs ne sera pas une promenade de santé.
En face, le Hezbollah fonde sa position sur une logique diamétralement opposée: si cette colline doit tomber, ce sera à l'issue d'un combat et d'une résistance acharnée, mais jamais par la capitulation. En l'absence de garanties contraignantes, un retrait volontaire n'ôte aucun prétexte à «Israël» ; il valide au contraire l'efficacité du chantage militaire et l'incite à le réitérer. De plus, le simple déploiement de l'armée libanaise ne garantit pas que l'ennemi s'abstiendra de bombarder, d'envahir le site ou d'exiger son inspection. L'expérience accumulée depuis le premier accord de cessez-le-feu en novembre 2024 offre suffisamment de preuves qu'«Israël» ne considère pas la présence de l'armée comme un frein à ses actions.
Le pouvoir exécutif, présidé par Aoun lui-même, ne dispose d'aucune réponse satisfaisante aux questions fondamentales: que se passera-t-il si le parti évacue le site, que l'armée s'y déploie, et qu'«Israël» prétend ensuite que des installations n'ont pas été démantelées, que des armes y demeurent cachées ou que des combattants y sont revenus? Qui garantira que l'armée d'occupation ne demandera pas à y pénétrer pour «vérification», ou qu'elle ne bombardera pas sous prétexte d'éliminer une menace supposée?
Washington n'offre par ailleurs aucune garantie excédant de simples promesses politiques — dont les faits ont prouvé la volatilité dès lors que «Tel-Aviv» hausse ses exigences. Le risque majeur est de voir l'armée se retrouver, bien malgré elle, à prendre possession de sites de la Résistance sur la base de listes dictées par «Israël», pendant que l'ennemi refuse un retrait total et s'arroge une liberté d'action permanente.
Le problème de fond dépasse largement le sort des hauteurs d'Ali al-Tahir. Accepter cette proposition reviendrait à reconnaître à «Israël» le droit de désigner les positions militaires et sécuritaires à évacuer au Liban, puis d'en imposer la remise à l'armée libanaise sous la contrainte du feu. Si ce mécanisme fonctionne une fois, rien n'empêchera sa réapplication dans d'autres zones stratégiques ciblées par l'ennemi, telles que les positions de la Résistance dans l'Iqlim al-Tuffah, la Beqaa occidentale, ou les massifs de Safi, Rafie et Rayhane. L'ensemble des mouvements militaires «israéliens» montre bien que le but n'est pas de traiter une «menace ponctuelle» à Ali al-Tahir, mais de s'ouvrir un accès opérationnel vers Nabatiyeh, Iqlim al-Tuffah et Jabal al-Rayhane.
Ce précédent — s'il venait à se concrétiser — revêt une gravité accrue du fait que les hauteurs d'Ali al-Tahir se situent au nord du fleuve Litani, soit en dehors du périmètre géographique défini par la résolution 1701. Dès lors, la bataille d'Ali al-Tahir s'inscrit directement dans la volonté «israélienne» d'altérer les frontières d'application de la résolution internationale. Au lieu de restreindre son périmètre au sud du Litani sous la supervision des forces internationales, l'objectif est d'étendre progressivement cette zone au nord du fleuve, tout en marginalisant le rôle de la FINUL.
Le Hezbollah tient à préciser qu'il ne s'oppose aucunement au déploiement de l'armée sur l'ensemble du territoire libanais. Le parti lui a déjà remis des dizaines de positions et d'infrastructures au sud du Litani dans le cadre d'arrangements concertés. Toutefois, la situation actuelle est d'une tout autre nature: le désaccord porte sur l'autorité qui décide du calendrier, des objectifs et des limites de ce déploiement. S'inscrit-il dans le cadre d'une «stratégie de défense» et d'une décision nationale souveraine, ou s'agit-il d'une réponse à un ultimatum «israélien» transmis par les États-Unis? L'armée prend-elle possession d'un site évacué dans le cadre d'un accord global garantissant le retrait de l'ennemi et la fin des agressions, ou la Résistance doit-elle reculer pendant qu'«Israël» maintient son occupation et prépare une nouvelle liste de cibles?
Dès lors, le Hezbollah estime que céder Ali al-Tahir ne fermera pas un front, mais en ouvrira de nombreux autres. Cela ne protégera pas nécessairement le site d'une occupation, mais dispensera «Israël» du coût opérationnel de sa prise tout en lui fournissant un modèle réplicable. Parier sur le fait que «Tel-Aviv» se contentera de ces hauteurs revient à ignorer la nature de la stratégie «israélienne», fondée sur l'escalade systématique des exigences à chaque concession obtenue sans contrepartie. Ce qui commence aujourd'hui à Ali al-Tahir pourrait s'étendre demain à Safi et Rafie, puis à la Beqaa et au Hermel, sous un prétexte immuable: l'existence d'une «menace» que les Libanais doivent éliminer eux-mêmes, faute de quoi «Israël» s'en chargera.
*Article paru dans le quotidien libanais al-Akhbar, traduit par l’équipe du site
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