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Promesse honnête

Michel Issa, un ambassadeur hanté par la guerre civile

Michel Issa, un ambassadeur hanté par la guerre civile
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Par Mayssam Rizeq*

Un ambassadeur ne se doit pas seulement d'être impartial. Il doit aussi  de représenter son pays avec sa langue, ses intérêts et ses subtils équilibres diplomatiques. Or, Michel Issa, l'ambassadeur américain à Beyrouth, offre un tout autre modèle : une figure grotesque, sujette à des accès de colère, dont la présence est davantage marquée par des souvenirs personnels que par les exigences de sa fonction, et dont le discours frôle le règlement de vieux comptes plutôt que la gestion des problèmes actuels. Ce fut le cas lorsqu'il s'adressa à un homme politique libanais lors de leur première rencontre : «Vous avez tué mes proches pendant la guerre de la Montagne !»

Tel est l'image que Issa renvoie. En effet, la majorité de la classe politique libanaise s'accorde à dire que son comportement est loin d'être à la hauteur des compétences diplomatiques requises. Il n'agit ni comme un ambassadeur, ni même comme un haut-commissaire d'un État mandataire, mais plutôt comme un ancien témoin d'une guerre qu'il n'a jamais quittée, incapable d'envisager la politique comme un espace de gestion des désaccords, et non comme une tribune pour la vengeance.

Ses gaffes lors de ses rencontres sont nombreuses, mais elles restent généralement confidentielles, jusqu'à cette fois-ci où il a décidé de s'exposer publiquement. Sa dernière déclaration, suite à sa rencontre avec le patriarche Béchara Rahi à Bkerké, ne peut être interprétée que comme une rupture flagrante et délibérée avec les principes d'équilibre que la diplomatie est censée incarner.

Il ne s'agit pas d'un lapsus, comme celui de son collègue Tom Barrack lorsqu'il a qualifié de «bestiale» la prestation des journalistes depuis la tribune présidentielle, mais bien d'un discours complet empreint d'exclusion, reprenant presque mot pour mot la logique des groupes «isolationnistes» qui ont toujours considéré le Liban comme leur propriété exclusive. Une phrase comme «Qu'ils aillent vivre ailleurs» n'est pas un simple lapsus; c’est l'expression de l'idéologie politique de celui qui se considère comme le gardien de l'identité nationale, s'arrogeant le droit de décider qui mérite de rester et qui doit être expulsé! Le nœud du problème ne réside pas dans la teneur de la déclaration, mais dans l'idéologie sous-jacente qu'elle reflète. Ce type de rhétorique est contraire aux normes diplomatiques ; elle s'inscrit plutôt dans la lignée des discours des radicaux du Front libanais, notamment ceux des proches de Issa, qui fondent leur argumentation sur l'idée que «le Liban nous appartient, et n'appartient à personne d'autre». La seule différence réside dans le fait que cette déclaration, au lieu d'émaner d'une partie locale connue par cette orientation, a été faite par un représentant d'un État censé comprendre la complexité du paysage politique libanais.

L'aspect le plus dangereux de cette approche est qu'elle transforme le désaccord politique en critère d'appartenance. Au lieu d'être une composante intégrante de la vie démocratique, la différence devient un motif d'exclusion morale. Au lieu d'être un État engagé pour la stabilité d'une société diverse, l'État – quel qu'il soit – se transforme, par l'intermédiaire de ses représentants, en une entité qui octroie et retire des «certificats d'acceptation». Il ne s'agit pas d'un simple abus politique, mais d'une attaque directe contre l'essence même du concept de citoyenneté.

Survient alors la contradiction la plus flagrante : parler de «coexistence» dans un langage qui la discrédite totalement. La coexistence ne signifie ni accord forcé, ni exclusion de ceux qui sont différents, mais plutôt gestion de la différence. Or, lorsqu'elle est utilisée comme un outil de tri – ceux qui sont d'accord avec nous restent, ceux qui ne le sont pas partent – ​​elle devient une recette claire pour la division. Dans le contexte libanais en particulier, ce discours devient plus dangereux lorsqu'il est perçu comme visant un groupe spécifique, avec toutes les implications que cela comporte, allant au-delà de la politique jusqu'à l'incitation indirecte, et renforçant une mentalité de tutelle indéniable, comme si l'orateur s'érigeait en autorité déterminant la nature et l'identité du Liban, ignorant le fait que ce pays, avec toutes ses contradictions, ne peut être réduit à une définition unique ni géré par le langage de la supériorité politique.

Lorsque de tels propos ouvertement «exclusionnistes» émanent d'une position diplomatique, ils contribuent à l'escalade des tensions internes, légitiment la logique de la division et offrent un prétexte à quiconque cherche à raviver d'anciennes divisions. La déclaration se transforme alors d'une simple prise de position en une véritable menace pour la paix civile.

En définitive, les propos de Michel Issa dépassent le cadre de la diplomatie ; ils s'apparentent davantage à une prise de position politique acerbe et partiale, empreinte de préjugés personnels et de perceptions exclusionnistes, reproduisant une logique qui conçoit le Liban comme un champ de bataille, et non comme un État de coexistence.

*Article paru dans le quotidien libanais al-Alkhbar, traduit par l’équipe du site

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