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Blocus et effet boomerang: L’Iran ne perd pas ses cartes

Blocus et effet boomerang: L’Iran ne perd pas ses cartes
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Par Yeyha Dbouq*

L'Iran devrait retourner à la table des négociations après plusieurs échanges avec les États-Unis, menés par des médiateurs. Toutefois, cette fois-ci, sa position lors des négociations sera plus forte qu'avant le déclenchement de la guerre, et même bien plus forte qu'avant l'embargo américain sur ses ports.

Cette amélioration est le fruit d'une patience stratégique, de la capacité à contenir les chocs et à supporter des coûts importants, et d'un réseau d'alliances régionales et internationales qui lui confèrent une marge de manœuvre plus importante que celle prévue par ses adversaires américains.

Outre ces facteurs, l'Iran a tiré profit des faiblesses économiques et politiques de l'administration du président Donald Trump et de la réduction drastique des options efficaces à sa disposition. En effet, le blocus américain du détroit d'Ormuz semble exercer une pression plus forte sur les États-Unis eux-mêmes que sur leurs adversaires.

Alors que la Maison Blanche s'efforce de trouver une solution rapide pour apaiser les tensions dans le détroit et calmer les marchés intérieurs, Téhéran gère le blocus avec une patience calculée, pleinement conscient que la hâte de son ennemi, motivé par des considérations électorales et économiques, est en soi un atout précieux qu'il peut exploiter pour maximiser les gains potentiels avant de reprendre les négociations.

Ainsi, au lieu d'isoler l'Iran ou de paralyser ses revenus, la dernière option américaine – le blocus, mis en œuvre sous couvert de «pression maximale» – a contribué à l'aggravation des crises économiques mondiales et américaines en frappant le flanc le plus vulnérable de Washington : la stabilité des marchés de l'énergie.

Chaque jour de tensions dans le détroit d'Ormuz fait grimper les prix de l'énergie, impactant directement les consommateurs américains. Cette situation accroît la pression intérieure sur Trump – après son entrée en conflit sans en comprendre pleinement les conséquences économiques et géopolitiques – et le contraint à trouver une issue qui mette fin à la phase militaire de la confrontation sans admettre un échec stratégique. L'Iran, parfaitement conscient de cette situation délicate pour les États-Unis, retarde délibérément l'octroi à Trump de la sortie souhaitée, misant sur le fait que le temps joue en sa faveur et que la patience stratégique est devenue une arme plus efficace que les missiles.

Un éventuel retour à la table des négociations ne signifie pas nécessairement la fin de la crise

La situation actuelle reflète un changement fondamental dans la nature du conflit, qui n'est plus régi par l'équilibre traditionnel des puissances, fondé sur une victoire militaire décisive ou une supériorité sur le terrain, mais plutôt par la capacité de chaque camp à gérer le coût de l'usure. Un paradoxe géopolitique se dessine également, qui a rapidement contrecarré l'objectif principal du blocus américain : l'interdépendance économique entre l'Iran et la Chine, qui en compromet de fait l'efficacité. Outre la mise en évidence des limites des scénarios militaires américains contre l'Iran, la conséquence indirecte la plus importante de cette ligne de conduite est la pression exercée par des acteurs internationaux influents pour intervenir par des mécanismes économiques et diplomatiques indirects, renforçant ainsi la position de Téhéran et multipliant les obstacles pour Washington.

La Chine est à l'avant-garde de ces acteurs, car elle reçoit environ 90 % des exportations de pétrole iranien, ce qui fait de tout blocus naval de l'Iran un coup direct porté à sa sécurité énergétique et à ses chaînes d'approvisionnement vitales. Ainsi, l'embargo contre la République islamique constitue de fait une pression indirecte sur les intérêts vitaux de la Chine; pression que Pékin ne peut ignorer ni supporter sous peine de subir les conséquences économiques qui en découlent.

Cependant, la Chine n'a pas opté pour une confrontation directe. Au contraire, elle est progressivement passée d'une position d'observateur neutre à celle de garant stratégique de la continuité de l'approvisionnement en pétrole iranien. Durant les premières semaines, la diplomatie chinoise s'est limitée à des déclarations de routine et à des appels à la retenue. Mais face à l'intensification de la menace pesant sur ses approvisionnements pétroliers, elle a commencé à réévaluer ses calculs stratégiques, anticipant la prochaine action américaine, notamment concernant le traitement de ses pétroliers, et cherchant à sonder la volonté de Washington de prendre le risque d'une confrontation imprévisible.

Pratiquement, un blocus naval a peu de chances d'être efficace ou durable sans empêcher les navires chinois de transporter du pétrole iranien. Ceci implique des risques imprévus pour Washington, compte tenu de son engagement dans une compétition stratégique plus large avec Pékin, qui nécessite, entre autres, une politique d'apaisement et la prévention d'une escalade du conflit direct avec la Chine. Par conséquent, une confrontation navale directe entre les États-Unis et la Chine apparaît à ce stade comme une option stratégique coûteuse et improductive, susceptible de nuire aux intérêts américains, ainsi qu'aux intérêts personnels de Trump.

Face à cette situation, ce dernier se trouve confronté à un dilemme complexe : d'une part, son désir de contrôler totalement le détroit et d'asphyxier les exportations iraniennes ; d'autre part, la nécessité de maintenir le dialogue économique avec la Chine et d'éviter l'effondrement de ses marchés intérieurs. Ce dilemme, qui révèle la fragilité des calculs américains depuis le début du conflit et l'isolement stratégique croissant des États-Unis, menace d'entraîner de nouveaux acteurs régionaux et internationaux dans la confrontation.

Dans ces circonstances, si un retour à la table des négociations semble probable, il ne signifie pas nécessairement la fin de la crise. Le processus de négociation a clairement démontré que les désaccords fondamentaux concernant le programme nucléaire, les mécanismes de garanties et les périodes de gel de l'enrichissement de l’uranium demeurent profonds et complexes. De ce fait, tout accord imposé sous la pression de la précipitation américaine est fragile et susceptible de s'effondrer au moindre événement politique ou militaire. Par conséquent, tout affrontement sur le terrain ou toute erreur d'évaluation de la réponse pourrait raviver la confrontation, surtout avec un dirigeant impulsif et enclin à prendre des décisions hâtives lorsqu'il a le sentiment de perdre le contrôle de la situation.

*Article paru dans le quotidien libanais al-Akhbar, traduit par l'équipe du site

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