Liban-Sud: Villages chrétiens et «Israël», le jeu de l’occupation et de la discorde
Latifa Husseïni*
Dans son discours médiatique sur le front nord, l'armée d'occupation «israélienne» se présente comme «humanitaire», affirmant à maintes reprises que ses opérations militaires visent exclusivement des cibles liées au Hezbollah. Ce récit repose sur une distorsion des faits et de la réalité sur le terrain, servant ainsi sa propre image. Plusieurs rapports sur des visites ont été diffusées par les médias «israéliens» ces derniers mois, dans le but de dissimuler les crimes et de les réduire à des cibles purement militaires. L'exemple le plus récent est un reportage diffusé le 26 août par la «Société de radiodiffusion israélienne (Kan)» concernant une tournée à Bint Jbeil.
Le rapport inclut une interview du colonel R.Z., officier «israélien» du Commandement Nord, dans laquelle il évoque avec une «compassion» feinte les villages chrétiens du Sud, affirmant que l'armée d'occupation s'engage à «autonomiser les villages chrétiens du Sud en leur apportant des aides, ainsi qu'à leurs habitants». Il fait notamment référence aux habitants des villages de Rmeish, Debel, Ain Ebel et Yaroun.
Bien sûr, ce n'est pas la première fois que l'ennemi «israélien» met l'accent sur l'importance symbolique des villages chrétiens dans la stratégie militaire «israélienne». Il prend soin de les épargner des attaques, non par humanité, mais pour des motifs visant à semer la discorde.
Un homme politique chrétien affirme que l'armée d'occupation n'épargnera aucun village du Sud, quelles que soient ses affiliations religieuses ou politiques, de son programme d'attaques et de son plan expansionniste. Le siège des villages chrétiens est inévitable, car l'objectif de la «bande jaune» est d'éliminer toute population et communauté libanaise de la zone.
Face à la clarté et à la transparence des intentions de l'ennemi, l'aide humanitaire et alimentaire, aussi infime soit-elle, ne saurait redorer l'image de ce bourreau aux yeux de la population portant la même identité nationale. Pour eux, il s'agit d'une question de principe : accepter des initiatives piégées d'une armée d'occupation qui ne connaît que déplacements de population, destructions, massacres et bombardements équivaut à se rendre complice de son projet. Les habitants des villages du Sud, toutes confessions confondues, l'ont bien compris. C'est pourquoi il est devenu urgent de s'unir contre cette machine de mort mobile qui se déplace entre les villages, d'autant plus que l'armée d'occupation a pris pour cible à plusieurs reprises des symboles de la communauté chrétienne dans les villages frontaliers. Ces attaques ont pris les formes suivantes :
Mars 2026 : Les forces d’occupation tuent George Saeed et son fils, citoyens de la ville de Rmeish.
Mars 2026 : L’ennemi tue le père Pierre Al-Rahi, curé de la ville de Qolaiaa.
Avril 2026 : L’ennemi empêche un convoi humanitaire de 40 tonnes d’atteindre le village de Debel à l’occasion de Pâques.
Avril 2026 : Un soldat «israélien» détruit une statue du Christ (que la paix soit sur lui) dans le village de Debel.
Avril 2026 : L’ennemi détruit des panneaux solaires et des installations d’adduction d’eau à l’aide d’un bulldozer militaire dans ce même village.
Mai 2026 : L’armée d’occupation démolit un complexe appartenant aux Sœurs Basiliennes Salvatoriennes dans le village de Yaroun, qui comprenait un monastère et une école.
Mai 2026 : Un soldat sioniste vandalise une statue de la Vierge Marie (que la paix soit sur elle) dans le village de Debel.
Août 2026 : L’ennemi continue d’imposer des restrictions aux villages chrétiens.
Le 23 mars 2025, l’armée d’occupation a ordonné aux habitants de Tel al-Sultan, à Rafah (Palestine), de quitter leurs maisons et de se diriger vers le nord, en leur indiquant un itinéraire de sortie. Alors qu’ils tentaient de partir conformément aux instructions, ils ont été abattus sur le coup.
De même, des incidents similaires se sont produits en 2025 dans des centres de distribution d'aide à Gaza : l'ennemi annonçait des itinéraires précis pour atteindre les points de distribution, puis ouvrait le feu sur les Gazaouis, causant des morts parmi la population.
Les tentatives de l'armée d'occupation pour tromper l'opinion publique sont inacceptables. Dès lors, aucun compromis ni pardon ne sont envisageables. L'ennemi ne fait preuve d'aucune pitié envers les Libanais ni les Palestiniens, considérant ces deux populations comme des proies faciles, qu'il s'agisse de combattants ou de civils du Sud-Liban ou de Gaza.
Dans cette perspective, la rhétorique «israélienne» à l'égard des villages chrétiens du Sud peut être interprétée comme une tentative de présenter l'armée ennemie sur le terrain comme une bienfaitrice et un pourvoyeur d'aide.
Par conséquent, la situation ne saurait se réduire à des images de distribution d'aide, à des interviews télévisées ou à des platitudes sur la «protection des chrétiens». La véritable mesure de tout discours «humanitaire» réside dans le comportement de l'armée d'occupation sur le terrain : se retire-t-elle des terres qu'elle occupe ? Respecte-t-elle les symboles religieux des villages où elle pénètre ? Transformer l'occupation en bienfaiteur, le siège en «assistance» et l'intervention militaire en «émancipation» ne change rien à la réalité du terrain. Les populations du Sud, musulmanes et chrétiennes, savent que ce qui les unit n'est pas l'aide venant de l'ennemi, mais la terre qu'elles habitent, l'identité nationale qui les lie et leur droit de maintenir leurs villages peuplés, loin de tout projet visant à exploiter les divisions confessionnelles pour démanteler la société du Sud.
Par conséquent, la réponse à ce discours ne doit pas se limiter au rejet de l'aide humanitaire, mais doit également inclure la réfutation de la tentative «israélienne» de dissocier l'occupation de ses pratiques et la force militaire de la rhétorique «humanitaire» qu'elle emploie pour se présenter à la population. Ceux qui souhaitent véritablement autonomiser les villages chrétiens du Sud n'ont pas besoin d'occuper leurs terres, de contrôler leurs routes ni d'imposer des restrictions à leurs habitants. Il suffit de laisser la terre à ses habitants et propriétaires.
Traduit de l’arabe (original)
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