Les États-Unis durcissent les sanctions contre l’Iran: jusqu’où peuvent-elles aller?
Assia Husseini
Après avoir échoué à imposer une capitulation totale à l’Iran et après les limites rencontrées par l’option militaire, les États-Unis se tournent de nouveau vers l’arme économique.
Washington a annoncé une nouvelle série de sanctions visant l’économie iranienne. Comme les précédentes, ces mesures risquent surtout de peser lourdement sur la population civile, sans garantir pour autant un affaiblissement décisif de l’État iranien ou de ses capacités militaires.
Le président américain Donald Trump a affirmé que ces sanctions ne signifiaient pas l’abandon de l’option militaire. Il a également déclaré qu’il n’était plus question, pour le moment, de négocier avec Téhéran, allant jusqu’à affirmer que l’Iran ne serait plus capable de payer correctement ses soldats.
Mais rien ne garantit que cette nouvelle campagne de pression permettra à Washington d’obtenir ce qu’il recherche: une capitulation iranienne, l’ouverture du détroit d’Ormuz sans conditions et l’abandon du programme nucléaire iranien.
Une autre question reste également ouverte: les partenaires économiques de l’Iran accepteront-ils réellement de couper leurs relations avec Téhéran?
Une stratégie en deux étapes
Les nouvelles sanctions américaines peuvent être divisées en deux phases.
La première est déjà entrée en application. Elle concerne près de 60 personnes, entreprises et navires liés à l’Iran. Washington a également ciblé des réseaux liés aux exportations de pétrole, aux programmes nucléaire et balistique iraniens, ainsi qu’à certaines activités cybernétiques.
Ces sanctions sont déjà effectives.
La deuxième phase pourrait cependant être beaucoup plus importante.
Les États-Unis ont annoncé qu’ils fixeraient des délais aux pays qui continuent à entretenir des relations économiques avec l’Iran. Ces États disposeraient d’un certain temps pour réduire ou arrêter leurs échanges avec Téhéran. Ceux qui refuseraient pourraient ensuite être eux-mêmes visés par des sanctions américaines.
Washington cherche donc à élargir la pression au-delà de l’Iran pour viser également ses partenaires commerciaux.
Des sanctions plus larges que par le passé
La principale nouveauté réside dans les nouveaux secteurs concernés. Les nouvelles mesures ne se limitent plus au pétrole. Elles peuvent désormais toucher des domaines comme l’or, les monnaies numériques, les nouvelles technologies, l’aviation et le transport maritime.
Cela signifie que les effets des sanctions ne passeront pas seulement par des décisions officielles prises par les gouvernements.
Des banques, des compagnies d’assurance, des entreprises de transport ou des intermédiaires financiers peuvent décider eux-mêmes de réduire leurs activités avec l’Iran, simplement par peur d’être exclus du système financier américain.
C’est précisément le principe des sanctions dites secondaires: placer les entreprises étrangères devant un choix entre le marché iranien et l’accès au système financier américain.
Vers une pression sur l’ensemble de l’économie iranienne
Pour le chercheur en économie et expert des marchés financiers, le Dr Samir Raouf, les nouvelles sanctions diffèrent des précédentes par leur ampleur.
Selon lui, les sanctions américaines visaient auparavant principalement le secteur pétrolier: limitation des exportations énergétiques, contrôle du transport du pétrole, restriction des transferts financiers liés à ce secteur et gel d’avoirs iraniens à l’étranger.
La nouvelle campagne cherche désormais à élargir la pression à presque toute l’économie.
Elle pourrait ainsi toucher les exportations, le transport, le commerce, l’industrie, l’agriculture, les infrastructures, les investissements étrangers ainsi que les marchés financiers.
Selon Samir Raouf, Washington ne cherche donc plus seulement à réduire les revenus pétroliers iraniens. Il tente de créer des difficultés dans plusieurs secteurs économiques en même temps.
Les conséquences pourraient alors être beaucoup plus visibles dans la vie quotidienne des Iraniens, notamment à travers les prix, l’emploi, les investissements et le pouvoir d’achat.
Faire pression sur la population
Pour l’expert, cette stratégie possède également une dimension politique.
En aggravant les difficultés économiques et sociales, Washington espère augmenter la pression sur la population iranienne et nourrir le mécontentement à l’intérieur du pays.
L’objectif serait que les difficultés économiques finissent par se transformer en pression politique contre les autorités iraniennes.
Cette stratégie n’est pas nouvelle. Les sanctions contre l’Iran ont déjà provoqué, au fil des années, une forte inflation, une baisse du pouvoir d’achat et des difficultés pour de nombreux secteurs économiques.
Mais leur capacité à modifier les choix stratégiques de Téhéran reste beaucoup plus difficile à démontrer.
Le véritable test reste à venir
Washington a donc annoncé ce qu’il présente comme une nouvelle offensive économique contre l’Iran. Mais la partie la plus dure de cette stratégie n’a pas encore été appliquée.
Les États-Unis ont commencé par sanctionner directement certains individus, entreprises et navires, tout en préparant le terrain pour exercer ensuite une pression beaucoup plus forte sur les partenaires commerciaux de l’Iran.
Le véritable test commencera lorsque Washington fixera des délais précis et devra décider s’il est réellement prêt à sanctionner les pays qui refusent de réduire leurs échanges avec Téhéran.
C’est à ce niveau que la stratégie américaine montre à la fois sa force et sa faiblesse.
Sa force vient du poids du dollar et du système financier américain. La simple menace de sanctions peut suffire à pousser certaines entreprises étrangères à quitter le marché iranien, même si leur gouvernement refuse officiellement la politique américaine.
Mais cette stratégie possède également une limite importante.
Appliquer pleinement les sanctions secondaires contre de grands partenaires de l’Iran, notamment la Chine, ou contre des pays importants de la région, pourrait provoquer de nouvelles tensions économiques et diplomatiques avec Washington.
La question n’est donc plus seulement de savoir jusqu’où les États-Unis veulent aller dans leur campagne contre l’Iran.
Il faut également savoir jusqu’où ils sont prêts à aller contre les pays qui décideraient de continuer à commercer avec Téhéran.
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