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Imam des opprimés

Le pétrole vénézuélien sous contrôle américain: Washington redessine l’avenir du pays

Le pétrole vénézuélien sous contrôle américain: Washington redessine l’avenir du pays
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Assia Husseini

Le pétrole au cœur du projet américain

Le dossier vénézuélien n’est plus seulement une crise politique interne ou un conflit autour de la légitimité du pouvoir. Il est devenu un projet américain visant à transformer le Venezuela sur les plans politique et économique, avec le pétrole au centre de la stratégie de Washington.

Le 28 août, Donald Trump a annoncé que les États-Unis avaient conclu un accord leur donnant, en partenariat avec des entreprises privées, le contrôle majoritaire de champs contenant plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées.

Cette quantité représente environ 20 % des réserves du Venezuela, estimées à près de 303 milliards de barils.

Selon les informations disponibles, le projet prévoit le développement de 17 champs pétroliers, principalement dans la ceinture de l’Orénoque et autour du lac Maracaibo. Il devrait accorder à la partie américaine une part opérationnelle pouvant atteindre 55 %, ainsi que le droit d’acheter une partie du pétrole à un prix proche du coût de production. Le pétrole vénézuélien servirait notamment à alimenter les raffineries américaines et à remplir les réserves stratégiques des États-Unis. Le projet devrait également attirer près de 100 milliards de dollars d’investissements privés et pourrait rapporter au Venezuela jusqu’à 209 milliards de dollars de recettes fiscales pendant toute la durée des projets, selon les estimations officielles.

Le contrôle américain ne repose pas seulement sur une annonce politique. Il passe également par le transfert progressif des décisions techniques et opérationnelles vers des entreprises américaines.

Donald Trump a ensuite confirmé qu’une partie du pétrole vénézuélien servirait à remplir les réserves stratégiques américaines. Dans un message publié le 30 août, sur Truth Social, il a annoncé que cette opération commencerait «très prochainement», présentant ce pétrole comme «un cadeau du Venezuela au peuple des États-Unis». Cette déclaration renforce les critiques selon lesquelles l’accord profite d’abord aux intérêts énergétiques américains, alors que les bénéfices réels pour le Venezuela et sa population restent incertains.

Un pétrole indispensable aux raffineries américaines

Les raffineries américaines, surtout celles situées sur la côte du golfe du Mexique, ont besoin du pétrole lourd produit au Venezuela.

Le pétrole de l’Orénoque ne sert donc pas uniquement à augmenter les quantités disponibles sur le marché. Il correspond aussi aux besoins de certaines raffineries américaines spécialement conçues pour traiter ce type de brut lourd.

Cela explique l’intérêt direct et stratégique des États-Unis pour les ressources pétrolières vénézuéliennes.

Washington contrôle aussi les revenus du pétrole

Depuis le renversement de Nicolas Maduro, Washington a imposé des mécanismes qui font passer une grande partie des revenus pétroliers par des comptes et des fonds placés sous contrôle américain.

Marco Rubio avait déjà expliqué que le gouvernement provisoire vénézuélien présentait chaque mois un budget précisant les dépenses qu’il souhaitait financer.

Ce point est essentiel : le contrôle américain ne concerne pas seulement les champs pétroliers, la production et les exportations. Il touche également l’argent provenant de la vente du pétrole.

Le gouvernement de Caracas conserve donc une autorité à l’intérieur du pays, mais il agit dans un cadre financier et politique largement fixé par Washington.

 «Un accord de domination»

Selon le journaliste et spécialiste de l’Amérique latine Ali Farhat, cet accord ne peut pas être considéré comme un simple accord économique. Il s’agit, selon lui, d’un accord de domination sur l’économie vénézuélienne et sur la souveraineté du pays.

Les dernières informations évoquent une part américaine de 55 % dans un secteur comprenant près de 65 milliards de barils, soit un cinquième des réserves du Venezuela. Les États-Unis pourraient obtenir ce pétrole au prix de production, dans le cadre d’un contrat qui durerait, selon certaines informations, cent ans.

D’après M. Farhat, les États-Unis n’achèteraient donc pas le pétrole vénézuélien aux conditions normales du marché. Ils l’obtiendraient à un prix très avantageux, en profitant de la faiblesse économique et politique du pays.

En échange, Washington lèverait certaines sanctions et permettrait au Venezuela de vendre son pétrole. Mais cette ouverture se ferait dans le cadre d’un accord déséquilibré, qui exploite la crise profonde traversée par le pays.

La souveraineté échangée contre le maintien au pouvoir

Selon l’analyse de M. Farhat, la direction vénézuélienne, conduite par Delcy Rodriguez, aurait accepté de céder une partie de la souveraineté économique du pays pour rester au pouvoir et obtenir l’accord de Washington.

Une partie des élites vénézuéliennes reste silencieuse face à ces changements. Mais des critiques et des oppositions pourraient apparaître au cours de la prochaine période.

Marco Rubio a, de son côté, parlé du succès des «politiques américaines audacieuses». Pour M. Farhat, ces déclarations montrent que la force et les fortes pressions exercées par Washington ont poussé les institutions vénézuéliennes à accepter un accord qui ne protège pas suffisamment les intérêts du pays.

Un accord préparé avant la capture de Maduro ?

Ali Farhat évoque également une importante coopération entre Delcy Rodriguez, plusieurs généraux et certains responsables vénézuéliens.

Il estime que les personnes qui ont refusé de rejoindre cette alliance ont été écartées ou arrêtées, comme l’homme d’affaires Alex Saab.

Selon lui, un accord entre les autorités actuelles et les États-Unis aurait été préparé secrètement avant la capture de Nicolas Maduro. Certains responsables vénézuéliens auraient facilité sa remise aux Américains afin de conserver leurs postes et d’obtenir le soutien de Washington.

En échange, ils auraient accepté de donner aux États-Unis l’accès à une partie des ressources du pays.

Ali Farhat compare cette situation à une sorte de marché politique secret : les responsables prêts à céder davantage de souveraineté, de pouvoir politique et de richesses économiques auraient plus de chances de rester au pouvoir.

Dans ce contexte, Delcy Rodriguez et son équipe apparaissent comme les responsables les plus disposés à accepter ce compromis : rester à la tête du pays en échange de concessions importantes accordées à Washington.

Le pétrole avant les élections

Pour Ali Farhat, la priorité américaine n’est pas d’organiser rapidement des élections ni d’assurer une véritable transition démocratique.

Washington chercherait surtout à maintenir au pouvoir une autorité capable d’appliquer les accords économiques et pétroliers conclus avec les États-Unis.

Le Venezuela se trouve ainsi, selon lui, sous une forme de tutelle américaine. Le pays ne pourra protéger ses ressources et sa souveraineté que si un courant politique indépendant apparaît et reçoit le soutien d’une partie importante de la population.

Une annexion politique plutôt que géographique

Ali Farhat ne pense pas que les États-Unis se contenteront des revenus pétroliers prévus par l’accord.

Donald Trump avait déjà parlé de l’annexion du Venezuela. Selon le journaliste, il ne s’agissait pas nécessairement d’une annexion territoriale, mais plutôt d’un message politique.

L’objectif serait de placer le Venezuela sous influence américaine et de contrôler progressivement la prise de décision dans le pays.

Cette domination ne nécessiterait donc pas une occupation directe. Elle pourrait passer par le contrôle du pétrole, des finances, des relations extérieures et des décisions du gouvernement vénézuélien.

Peu de bénéfices pour la population

Certains projets d’infrastructure pourraient être lancés et des avantages économiques limités pourraient apparaître à court terme. Mais, selon Ali Farhat, cela ne conduira pas à une véritable prospérité pour la population.

Il estime que le transfert des richesses vers l’étranger a déjà commencé, en même temps que le contrôle du pouvoir politique.

Les Vénézuéliens, épuisés par les sanctions, le blocus et la pauvreté, peuvent espérer que cette nouvelle période leur apportera un peu de stabilité. Mais ils risquent de découvrir que les principales richesses du pays sont transférées à des entreprises et à des intérêts étrangers.

Le rapprochement avec «Israël»

La nouvelle orientation apparaît également dans le rapprochement avec «Israël», notamment à travers les discussions sur la reprise des relations diplomatiques et économiques.

Pour Ali Farhat, ces mesures ne sont pas séparées du dossier pétrolier. Elles font partie d’un changement plus large de la politique étrangère du Venezuela, désormais soumise à une forte influence américaine.

Le contrôle pourrait aussi s’étendre au-delà du pétrole, notamment aux minerais et aux autres ressources naturelles du pays. Les États-Unis chercheraient à obtenir la plus grande part de ces richesses, tout en laissant une part limitée à la population vénézuélienne.

Un coup dur pour Cuba, la Chine et la Russie

La disparition du Venezuela comme force opposée à Washington renforce également l’isolement de Cuba. Elle prive les mouvements de gauche et de libération d’Amérique latine d’un pays important par sa taille, sa population et sa position géographique.

La Chine et la Russie ont aussi perdu une grande partie de leur influence au Venezuela. Selon Ali Farhat, leur décision de laisser le terrain aux États-Unis pourrait leur coûter cher, non seulement au Venezuela, mais dans toute l’Amérique latine.

Washington pourrait maintenant chercher à appliquer le même modèle dans d’autres pays de la région.

Le Venezuela revient dans la zone d’influence américaine

La situation actuelle montre que le Venezuela s’éloigne progressivement de son ancienne orientation de gauche et de sa politique d’indépendance.

Les décisions politiques, les accords économiques et les choix stratégiques du pays sont désormais soumis à une forte pression américaine.

Le Venezuela est ainsi passé d’une politique de confrontation avec Washington à une position de rapprochement et de dépendance. Les adversaires des États-Unis devront tenir compte de cette nouvelle réalité et ne plus considérer le Venezuela comme un pays appartenant encore au même camp qu’auparavant.

Seul un changement politique profond ou des élections permettant l’arrivée de forces réellement souveraines et indépendantes pourraient modifier cette trajectoire. Cette possibilité existe toujours, mais elle ne semble pas proche dans les conditions actuelles.

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