«Souveraineté libanaise» et «diplomatie américaine»…deux faces d’un même mensonge!
Par Leila Amacha*
Après plus de vingt-quatre heures, l’échelle de la «souveraineté» au Liban n’a relevé aucune anomalie. Pourtant, un séisme politique a bien eu lieu : la violation flagrante, commise par l’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa. En coulisses, on évoque la possible manipulation de ce système d’évaluation, puisqu’il ne tiendrait pas compte des déclarations des États-Unis et de leurs envoyés, même lorsqu’elles sont contraires aux principes de souveraineté, de dignité et d’honneur national. D’autres y voient une conséquence plus sombre : l’absence de réaction ne serait pas seulement une faille, mais le résultat d’une habitude. Les anomalies, répétées sans cesse, seraient devenues monnaie courante—et donc, tolérées par le système libanais de «souveraineté».
En réalité, les propos tenus par l’ambassadeur Issa depuis la tribune de Bkerké constituent moins une insulte adressée à ceux qu’il a exhortés à quitter le Liban qu’une insulte portée à ceux qui prétendent défendre la souveraineté et la dignité nationales. Lorsqu’il affirme que Netanyahu «n’est pas un épouvantail», il ne s’en prend pas uniquement aux Libanais qui perçoivent cet homme comme un ennemi criminel, détruisant des villages et brisant des vies : il insulte également la majorité de l’humanité, sans distinction de race, de religion, de nationalité ou de pays. Car dire de quelqu’un qu’il «n’est pas un épouvantail» revient, en définitive, à légitimer un criminel de guerre que de nombreux États refusent de recevoir ou de rencontrer, au point d’en interdire l’entrée sur leur territoire, sous peine d’arrestation.
Selon les normes diplomatiques, de tels propos constituent une violation de la souveraineté libanaise. Ils devraient donc entraîner des réponses : convocation au ministère des Affaires étrangères, demande de comptes, voire mesures allant jusqu’à l’expulsion. Il aurait dû être empêché de réitérer ces déclarations, ou du moins averti clairement et informé qu’il était persona non grata au Liban. Une telle réaction n’aurait pas eu lieu puisque le ministère est dirigé par une personnalité affiliée aux Forces libanaises : une mentalité qui brouille souvent la frontière entre fonction institutionnelle, diplomatie et activisme partisan.
Au final, le ministère des Affaires étrangères—comme d’ailleurs tant d’acteurs qui se présentent en défenseurs de la «souveraineté»—a encaissé l’insulte faite au pays sans discussion, sans justification et sans prise de position digne de ce qu’ils prétendent défendre. Cette inertie rappelle un précédent : celui de l’envoyé américain Tom Barrack, qui s’était adressé au peuple libanais en utilisant le terme «bestial». L’expression a alors provoqué une vague de réactions et une suite de tentatives pour en détourner ou en adoucir le sens, jusqu’à obliger Barrack à le reprendre et à en expliquer l’intention.
Avant Barrack, les prétendus souverainistes avaient gardé le silence lorsque l’envoyée américaine Morgan Ortagus, depuis la tribune du palais de Baabda, remerciait «Israël» pour son agression contre une partie de la population libanaise. Si l’on devait dresser une chronologie exhaustive des violations de la souveraineté, commises par la diplomatie américaine, elle remplirait des pages. Le schéma, en tout cas, est clair : il est caractéristique de la diplomatie américaine, surtout dans les pays où des éléments locaux pro-américains excellent dans la fabrication de slogans de souveraineté vidés de leur sens.
Ainsi, les agissements de Michel Issa ne peuvent être séparés de la logique à l’américaine, même si l’intéressé ne possède aucune expérience ni aucune qualification sérieuse en la matière—ni même, semble-t-il, pour des responsabilités relevant de la simple procédure ou de la culture diplomatique. La seule «qualification» qui semble lui avoir ouvert les portes de son poste d’«ambassadeur des États-Unis au Liban» serait le désir d’un dirigeant, et les choix se font souvent sur des critères de proximité politique plus que sur des compétences. Dans ce contexte, on peut affirmer que l’équipe de Trump, à travers le monde, se compose de différentes variations d’une même folie : Issa en serait une illustration, récurrente, cherchant à plaire et à se soumettre avec zèle.
De tout cela, une conclusion s’impose : la diplomatie à l’américaine n’exige ni connaissance, ni compréhension réelle des protocoles et des principes. Elle n’est qu’un cadre dans lequel les États-Unis déploient arrogance, insolence et certitude de l’impunité. Quant à la «souveraineté» au Liban, elle demeure trop souvent un slogan trompeur : un ensemble d’habitudes de soumission, de dépendance et d’asservissement. Ceux qui prétendent défendre la souveraineté—alors que celle-ci reste «intacte» dans leurs discours malgré l’occupation, le massacre de citoyens libanais, le déplacement forcé et la destruction—ne sont pas des défenseurs : ce sont des esclaves dissimulés sous le masque de la souveraineté.
Ceux-là, qui ont parfois gardé le silence pendant des années face aux crimes commis contre leur pays et leur peuple, sont allés jusqu’à applaudir l’agresseur, lui accordant le droit de continuer. Ils l’ont même critiqué à la moindre faiblesse, et se sont transformés en commentateurs les plus éloquents de la souveraineté sur les écrans et les réseaux sociaux. Les Libanais ont accueilli les propos de Michel Issa, incarnation locale de l’arrogance trumpiste à Beyrouth, avec un étonnement d’abord, puis avec un torrent de sarcasme. Certains ont transformé la scène en humour, raillant l’audace d’un «invité» qui expulse ses hôtes. D’autres ont analysé le profil de Issa et examiné sa trajectoire, oscillant entre l’arrogance acquise et l’incapacité à comprendre la nature profonde du pays et ses équilibres fragiles.
Dans le même esprit, de nombreux militants ont posé une question simple : que se serait-il passé si l’ambassadeur iranien, depuis une tribune libanaise—voire en ligne—avait incité une partie de la population à quitter le Liban et à s’installer ailleurs ? Comment le ministère libanais des Affaires étrangères aurait-il réagi à une atteinte aussi évidente à la souveraineté ? Quelles vagues de panique et de colère auraient déferlé dans les rues et sur les réseaux sociaux ? Quels mots auraient suffi aux porte-parole et aux relais médiatiques pour condamner cette ingérence dans les affaires intérieures ?
En bref, rien de surprenant n’explique les propos d’Issa, ambassadeur de Washington à Beyrouth et représentant d’une logique trumpiste au Liban—ni le silence de l’équipe qui, par son discours sur la souveraineté, en pervertit le sens, le rend mensonger et trompeur. Mais par souci d’histoire et de mémoire, il fallait répondre à cette scène d’asservissement. Même si elle se répète, elle reste une condamnation et une tare.
Traduit de l'arabe (original)
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