noscript

Please Wait...

ramadan 2025

Scénario «Piège du Golfe» : qu’a préparé l’Iran pour les porte‑avions ?

Scénario «Piège du Golfe» : qu’a préparé l’Iran pour les porte‑avions ?
folder_openPresse arabe access_timedepuis 2 heures
starAJOUTER AUX FAVORIS

Par Hassan Haidar*

Les eaux du Golfe semblent susceptibles de se transformer, en cas d’éventuel affrontement naval entre Téhéran et Washington, en un théâtre de «piège» à multiples couches, où la bataille serait conduite par la complexité de l’environnement et l’accumulation de la pression et de la durée.

Dans cette perspective, la région du Golfe apparaît, en cas de confrontation navale potentielle entre l’Iran et les États‑Unis, comme un «environnement d’étranglement militaire» où l’Iran cherche à contraindre l’adversaire à combattre selon des conditions inconfortables et des marges de manœuvre préalablement restreintes. L’hypothèse iranienne ne repose pas sur une confrontation navale symétrique, mais sur l’introduction progressive de la force navale américaine dans une série de menaces interconnectées, connues militairement sous le nom de «chaîne de mise à mort», où les moyens de paralysie, d’épuisement et de frappes de précision se complètent pour faire monter la pression à plusieurs niveaux.

En se fondant sur la nature des arsenaux iraniens destinés aux opérations maritimes, on peut s'attendre qu'aux premiers signes d'escalade, des unités navales légères se déploieront pour poser des mines de fond, magnétiques et acoustiques dans le détroit d'Ormuz, suivies d'un déploiement rapide de petits sous‑marins de type «Ghadir» et d’embarcations légères dans des zones difficiles à surveiller intégralement. L'objectif est d'imposer un rythme lent aux mouvements maritimes dans un milieu dont la profondeur varie entre 30 et 60 mètres, où tout ralentissement se transforme en une sorte de cible statique.

Pendant que les navires sont accaparés par des opérations de détection et de déminage, les forces attaquantes chercheront à épuiser la défense proche des principales unités navales, notamment des porte‑avions, au moyen de vagues d'«inondation» ou du tactique des «essaims». Il est prévu que des centaines de vedettes rapides des types «Ashoura» et «Ya Mahdi» s'approchent depuis plusieurs axes à des vitesses pouvant atteindre 150–165 km/h, lançant par salves des missiles à courte portée et des torpilles, en plus de missiles de croisière, dans l'objectif d'épuiser les systèmes de défense proches et de saturer les radars par un grand nombre de cibles simultanées. Cette pression cumulative créerait un état de confusion opérationnelle, consommerait les munitions d'interception et ouvrirait la voie à une phase d'engagement plus lourde.

Et lorsque les positions des principales unités sont mises au jour sous la pression croissante, les missiles balistiques antinavires entrent en scène. Parmi les systèmes envisagés figurent les «Khalij-Fares», «Hormuz‑1» et «Hormuz‑2», lancés depuis l’arrière‑pays, ce qui leur confère une marge de sécurité relative, avec des portées pouvant atteindre 700 km et des vitesses supérieures à celle du son.

Pour augmenter la probabilité de frapper une cible en mouvement, on utilise des armes dotées de têtes chercheuses optiques et thermiques, telles que «Zulfiqar», «Bassir», «Fateh Moubine» et «Qasim Bassir», qui peuvent atteindre des portées de l’ordre de 1 200 km. Ces capteurs permettent des corrections de trajectoire en phase terminale et diminuent la dépendance aux signaux satellitaires dans un environnement susceptible de subir de fortes interférences.

Toutefois, leur succès reste conditionné par la précision des coordonnées initiales et leur actualisation continue : un porte‑avions avance à une vitesse supérieure à 30 nœuds (environ 55 km/h) et peut déplacer sa position de plusieurs kilomètres en quelques minutes, de sorte que le facteur temps devient déterminant.

Au comble de l’escalade, le facteur temps devient une arme à part entière avec le missile hypersonique «Fattah», dont la vitesse dépasse 5 Mach et qui peut manœuvrer en vol. À ce stade, le niveau d’alerte se réduit à son minimum et les calculs d’interception se compliquent en raison d’une trajectoire changeante, le missile étant capable de recevoir des mises à jour d’un réseau de surveillance et de communication pour corriger son trajectoire vers la cible.

Parallèlement aux trajectoires balistiques et hypersoniques, des vagues de missiles de croisière à faible altitude, tels que «Qader», «Qadir» et «Abu Mahdi», opèrent à des hauteurs comprises entre 5 et 10 mètres au‑dessus de la mer, ce qui les maintient hors de la détection radar jusqu’aux derniers instants.

Les frappes de croisière sont généralement précédées de vagues de drones destinés à détourner l’attention et à épuiser les missiles d’interception, permettant ainsi aux missiles de croisière de viser la coque du navire ou des points sensibles de sa structure, en tirant parti de toute brèche créée par la pression simultanée aérienne et maritime.

Par ailleurs, l’Iran a testé il y a quelques jours, dans le cadre d’exercices multiples préparatoires à un scénario de guerre, le missile de défense navale «Sayyad 3‑G», d’une portée de 150 kilomètres, pour la première fois, depuis la frégate «Sayyad Shirazi». Cet essai s’est déroulé lors des manœuvres «Commandement intelligent» menées par la force navale du Corps des Gardiens de la Révolution dans le détroit d’Ormuz.

Toutes ces couches d’attaque ne fonctionnent pas isolément les unes des autres, mais selon une intégration précise dont l’apogée consiste à viser le «centre de gravité», c’est‑à‑dire le porte‑avions. Une frappe balistique plongeante à haute énergie peut contraindre l’équipage du porte‑avions à concentrer ses moyens d’interception dans une direction donnée, tandis que des missiles volant à très basse altitude se rapprochent simultanément depuis d’autres axes, augmentant ainsi les probabilités de frapper l’objectif.

Et même sans disparition totale, des dégâts sérieux au niveau du pont d’envol ou des systèmes de propulsion peuvent mettre provisoirement le porte‑avions hors de combat, ce qui constitue en soi un objectif opérationnel susceptible de redessiner l’équilibre des forces dans un théâtre étroit et sensible. C’est pourquoi le scénario «Piège du Golfe» se présente comme une tactique intégrée qui ne s’appuie pas sur la supériorité quantitative en navires, mais sur la complexification de l’environnement, l’accumulation de la pression et la gestion précise du temps d’engagement.

Ainsi, la décision d’engager un combat maritime devient très coûteuse dès les premiers instants, d’autant plus que les bases et intérêts américains dans la région restent vulnérables à la pression des missiles iraniens.

*Article paru dans le quotidien libanais Al-Akhbar, traduit par l’équipe du site

 

Comments

//