Discours du secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem
Au nom de Dieu
Le mois béni de Ramadan est celui de la miséricorde et du pardon. Je demande à Dieu Tout-Puissant d’accepter nos actions et de faire de nous ceux qui accomplissent bien leur jeûne, leurs prières nocturnes, et tous leurs actes. Si Dieu le veut, je souhaite que nous soyons parmi ceux dont les actes sont acceptés.
Ce mois a toutefois été perturbé par une grande agression. Depuis un an et trois mois, l’ennemi «israélien» et américain poursuit son agression. L’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 a constitué une nouvelle étape. Nous avons respecté cet accord avec l’État libanais, tandis qu’«Israël» n’a respecté aucun des points qui y figurent. Nous avons accepté la voie diplomatique, mais elle n’a rien accompli pendant quinze mois. Nous n’avons pas répondu aux agressions israéliennes répétées afin de ne pas être accusés d’entraver l’action diplomatique, et parce que la responsabilité incombe à l’État. Nous avons considéré que c’était une opportunité pour que l’État assume sa responsabilité. C’était aussi une occasion de tester ce choix dans la pratique pour appliquer l’accord et protéger le Liban et sa souveraineté. Nous avons dit à maintes reprises que notre patience a des limites, que l’État doit être plus efficace et que les Libanais doivent voir les résultats de son action. Je ne vais pas évaluer la performance de l’État, mais je me contente de dire que notre patience a des limites et que l’escalade de l’ennemi «israélien» est devenue considérable.
On nous a dit que l’achèvement du déploiement de l’armée au sud du fleuve Litani aiderait dans l’application de cet accord et on nous a demandé de patienter, car ce déploiement pourrait ouvrir la voie à l’arrêt de l’agression et au retrait israélien. Cela ne s’est pas produit. Nous avons répété à maintes reprises dans nos discours et dans les positions adoptées qu’«Israël» veut s’étendre sur le territoire libanais et qu’il ne se contentera pas de ce qui a été réalisé. Nous avons aussi dit que toutes les mesures ne peuvent pas venir uniquement du Liban, alors qu’«Israël» ne fait rien pour montrer qu’il a renoncé à son projet expansionniste. Les «Israéliens» l’ont d’ailleurs déclaré : Netanyahu a dit qu’il voulait le «Grand Israël». Écoutez-le se montrer arrogant et parler ouvertement devant le monde qu’il veut le «Grand Israël», et il est soutenu par l’ambassadeur américain au sein de l’entité israélienne lorsqu’il considère que le droit d’«Israël» s’étend de l’Euphrate au Nil. Cet «Israël»-là est une menace existentielle pour nous, pour notre peuple, notre pays et toute la région.
Comme si les oreilles étaient sourdes, la revendication reste unique à l’intérieur du Liban, avec la pression des amis internationaux et arabes: limiter les armes. Est-ce là le problème ? Le problème est l’occupation, non l’intérieur, ni les armes, ni la résistance, ni les composantes nationales. Le problème réside dans la violation permanente de la souveraineté et dans l’occupation «israélo»-américaine au niveau du Liban, dans la violation de son espace aérien et dans la tutelle exercée sur lui.
Les décisions des 5 et 7 août prises par le gouvernement libanais ont été une grave erreur. Elles ont affaibli la position de l’État libanais en légitimant l’agression «israélienne» qui est réalisée en toute liberté. Ensuite, les concessions ont continué à être faites, au rythme de la poursuite des agressions, comme si ces agressions constituaient une pression directe pour développer des démarches diplomatiques et politiques conduisant à ce que le Liban se retrouve sans cartes de force, négociant sans capacité, et entrant dans un processus qui est en contradiction avec sa souveraineté et son indépendance.
Notre devoir est de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter cette trajectoire dangereuse qui consiste dans la poursuite de l’agression «israélo»-américaine, qui mènera inévitablement le Liban à la confiscation de sa souveraineté nationale et à sa soumission et sa reddition.
À ceux qui s’interrogent sur le timing, à ceux qui disent : pourquoi avez-vous choisi ce moment précisément ? Je leur demande : faut-il patienter indéfiniment ? Nous avons toujours dit que notre patience a des limites. Cette longue période de quinze mois de violations quotidiennes ne suffit-elle pas ? Près de cinq cents martyrs sont tombés durant ces quinze mois, à raison d’un martyr par jour ? N’est-ce pas suffisant ? Faut-il attendre pour que le chiffre devienne encore plus important ? Les «Israéliens» ont fait en sorte qu’il y ait chaque jour un martyr, des blessés, et des maisons détruites. Selon les statistiques des Nations unies et celles de l’armée libanaise, il y a eu plus de dix mille violations terrestres, maritimes et aériennes, pendant cette période. Habituellement, on parle de quelques violations, deux, trois, quatre, mais ici, il y en a eu dix mille violations sans que personne ne réagisse. «Israël» a rasé des maisons et des terres dans la zone frontalière et les villages frontaliers ... bien plus que ce qu’il avait pu faire lors de la bataille «Ouli al-Baess». Les «Israéliens» ont enlevé des citoyens de différentes régions du Liban, ce qui signifie qu’ils n’ont d’autre considération que la volonté de détruire, d’enlever et d’imposer leur décision politique au Liban, sans hésiter à réaliser un génocide contre ceux qu’il considère comme résistants.
Le tir de roquettes en une seule salve ( qui a eu lieu à l’aube du 2 mars) est une réponse à l’agression «israélo»-américaine contre notre pays, et c’est l’essentiel. Ils disent que ces roquettes ont provoqué l’attaque et la guerre israéliennes ; pas du tout. Ces roquettes sont une réponse à quinze mois de violations et à l’ensemble de ce que j’ai mentionné, ainsi qu’aux violations israéliennes de tout ce qui nous concerne, y compris les symboles religieux, comme l’attaque contre la grande autorité religieuse, l’imam, le Leader, sayyed Khamenei.
Nous sommes donc face à une réponse à une agression continue.
Nous avons voulu que la salve de roquettes soit une étape sérieuse pour faire tomber toute illusion selon laquelle cet ennemi, si on se tait face à lui, se taira. Ce n’est pas vrai. La preuve en est que, dès la salve de roquettes a été envoyée, «Israël» a déclenché la guerre. Pensez-vous qu’une salve de roquettes mérite une guerre ? Non. En 36 à 48 heures, il y a eu plus de 40 martyrs et 250 blessés. Les victimes étaient des civils, hommes, femmes et enfants dans leurs maisons, et les destructions ont touché des bâtiments dans différentes régions, sous les yeux du monde entier.
«Israël» a contraint à l’exode les habitants de plus de 85 villages et localités, détruit des biens et des centres d’al-Qard al-Hassan, une institution financière sociale au service des gens, dont bénéficient des centaines de milliers de Libanais de différentes confessions et régions. «Israël» a ciblé la chaîne al-Manar et la radio al-Nour, pour faire taire des voix médiatiques. Où sont les dangers dont ils parlent ? Il leur suffit de dire que cela sert la résistance ou que telle maison est liée à des infrastructures de la résistance. Toutes ces allégations n’ont aucune valeur. Ils mènent une guerre d’extermination et visent l’existence-même dans ces localités. Ainsi, ce qu’«Israël» a fait après la salve de roquettes n’est pas une réponse, mais une agression préparée. Consultez les médias israéliens et les déclarations de responsables : ils ont préparé cette agression et ses objectifs, et ils disposent de cent mille réservistes mobilisés, notamment pour le nord. Ils étaient prêts, et attendaient le moment de déclenchement. Ce n’est pas une réaction aux roquettes, mais une partie du projet israélien visant le Liban.
J’ai déjà dit précédemment que les médiateurs nous avaient interrogés, environ un mois avant la guerre contre l’Iran, pour savoir si le Hezbollah interviendrait. Ils ont dit que les «Israéliens» affirmaient que si le Hezbollah n’intervenait pas, ils ne mèneraient pas d’opérations contre lui. Puis ils ont ajouté qu’après l’Iran, ils attaqueraient le Hezbollah, le Liban et la résistance. Cela montre qu’«Israël» n’a jamais renoncé à son projet d’agression contre le Liban, mais qu’il organise simplement ses priorités.
Au lieu que le gouvernement libanais condamne l’agression «israélo»-américaine et cherche des moyens pour y faire face, il s’est retourné contre la résistance, poursuivant son erreur et s’alignant sur les exigences «israéliennes». C’est étonnant ! Ce sont les fils de votre pays, ces villages sont libanais, et vous êtes un gouvernement responsable du Liban, non de l’application des décisions «israélo»-américaines. La cause n’est pas la salve de roquettes, mais la poursuite de l’agression. Tant que l’occupation existe, la résistance et ses armes sont un droit légitime, humainement, juridiquement et sur le plan du droit international.
La question de la résistance et de ses armes n’est pas un sujet de débat. C’est un droit légitime. Le Hezbollah et sa résistance islamique répondent à l’agression israélo-américaine, et c’est un droit légitime. Le plan d’«Israël» est clair : occupation et expansion. Nous affronterons l’agression par la défense légitime de notre peuple, de la résistance et de la patrie. C’est pour nous une défense existentielle qui se poursuivra jusqu’à ce que nous puissions atteindre les objectifs fixés.
Les «Israéliens» ont voulu en faire une bataille allant jusqu’au bout, et notre choix est de leur faire face jusqu’au sacrifice ultime. Nous ne nous rendrons pas. Nous défendrons avec nos moyens et notre foi, malgré l’inégalité dans les capacités. Nous poursuivrons la défense et ferons échouer les objectifs de cet ennemi «israélo»-américain, afin que l’histoire retienne que nous n’avons pas hésité à défendre notre droit. Nous sommes les fils du maître des martyrs de la nation, sayed Hassan Nasrallah. Nous ne pouvons trahir cet héritage, et nous poursuivrons notre engagement sur cette voie.
Deuxièmement : la responsabilité du gouvernement est de restaurer la souveraineté du Liban, de protéger son peuple et de défendre le droit de la résistance jusqu’à l’arrêt de l’agression et jusqu’au retrait «israélien».
Troisièmement : le déplacement de la population imposé vise à créer une fracture entre celle-ci et la résistance, mais les gens savent que ce déplacement est le résultat de l’agression. Il n’y aura pas de fracture entre nous.
Quatrièmement : «Israël», par son occupation, tue et détruit sans distinction dans tout le Liban. Il s’agit d’une agression contre tout le pays, et tous doivent en assumer la responsabilité. Nous insistons sur l’unité nationale.
Cinquièmement : nous combattons au Liban pour défendre notre peuple et notre avenir. Ce combat n’est lié à aucune autre bataille. Notre objectif est l’arrêt de l’agression et le retrait «israélien».
Sixièmement : l’accueil des déplacés est une responsabilité nationale. L’État et toutes les parties doivent coopérer à ce sujet. Nous assumerons également notre responsabilité.
Septièmement : aux opposants à la résistance, c’est une occasion d’ouvrir une nouvelle page ensemble. Ne poignardez pas la résistance dans le dos pendant la guerre.
Je demande à Dieu de faire de ce mois une source de bénédiction, de victoire et de réussite. Nous accomplissons notre devoir, et nous comptons sur Dieu. Nous serons victorieux et nous ne craignons pas cette confrontation. Que cela soit un bien pour le Liban et pour la nation. Que la paix soit avec vous, ainsi que la miséricorde de Dieu et ses bénédictions.
