noscript

Please Wait...

Imam des opprimés

Liban-Sud: Du démantèlement de la «zone tampon» à Ali al-Taher, une guerre de souffle

Liban-Sud: Du démantèlement de la «zone tampon» à Ali al-Taher, une guerre de souffle
folder_openRapports access_timedepuis 9 heures
starAJOUTER AUX FAVORIS

Latifa Husseïni*

Ali al-Taher n'est pas le nom d'une bataille isolée, détachée de l'histoire des affrontements et de la résistance héroïque des habitants de cette région. Depuis 1982, les résistants connaissent chaque recoin des villages du sud, s'acquittant de leur devoir de défendre l'honneur de la nation dans la région de Jabal Amel.

Ce qui a le plus marqué les combats menés par la Résistance islamique dans cette région, c'est leur patience, leur persévérance, leur endurance et leur capacité à épuiser l'ennemi jusqu'à le contraindre à la retraite.

Iklim al-Tuffah a été le théâtre de batailles épiques, marquées par une résistance acharnée et prolongée, méticuleusement planifiée pour frapper l'armée «israélienne» et affaiblir progressivement sa puissance militaire.

Se souvenir de cet âge d'or des combats et de l'épuisement de l'ennemi semble aujourd'hui essentiel pour rappeler à ceux qui ignorent les expériences passées avec l'occupant, et pour souligner que le nœud d'Ali al-Taher, pour les sionistes, connaîtra le même sort que les batailles précédentes menées dans le Sud, au sein de la «zone de sécurité», avant la libération : la défaite.

Louaizeh… La résistance déjoue les «succès» de l'ennemi

En 1988, dans les villages de Louaizeh et de Jabal Safi, les «Israéliens» ont présenté leur confrontation avec les résistants comme un succès tactique majeur, leur permettant d'imposer leur contrôle sur la région et couronnant la doctrine de combat élaborée pendant des années par le général Dan Shomron, treizième chef d'état-major des forces d'occupation. Shomron, qui a pris le commandement militaire pendant l'occupation du Sud-Liban, est considéré comme le fondateur de la mobilisation militaire au sein des unités de commandos «israéliennes».

Les attaques de la Résistance, qui durèrent près de trois ans, de 1982 à 1985, servirent de prélude à la décision de l'armée d'occupation «israélienne» de se retirer du Sud-Liban. Ce retrait eut lieu à Saïda et dans de nombreuses villes du Sud, et même dans des villages de la vallée de la Bekaa occidentale. L'armée conserva une bande de territoire occupé s'étendant jusqu'au district de Jezzine, préservant ainsi ce qu'elle considérait comme une présence stratégique indispensable dans cette région.

Louaizeh se situe dans le district de Jezzine. À cette époque, ce fut le véritable champ de bataille des jeunes résistants. Face à l'avancée de centaines de soldats d'occupation et de leurs collaborateurs de l'Armée du Sud-Liban (ALS), appuyés par des tirs d'artillerie lourds et des frappes aériennes massives, les résistants se mobilisèrent pour contrecarrer les plans sionistes. Les forces d'occupation ne parvinrent pas à s'emparer du village, leur présence se limitant à une zone très restreinte. La tentative de récupération d'un véhicule blindé de transport de troupes détruit se transforma alors en un véritable combat.

L'ennemi a reconnu la mort de deux soldats et les blessures de sept autres, ainsi que les blessures de 25 collaborateurs de l'ALS, et la destruction d'un char et de six véhicules blindés de transport de troupes.

La planification «israélienne» de l'opération a débuté en 1986, lorsque deux officiers ont été chargés d'élaborer deux plans d'assaut sur Louaizeh et Jabal Safi. Le plan a ensuite été testé lors d'une incursion simulée le 26 novembre 1986, et les préparatifs et les essais se sont poursuivis jusqu'à l'attaque principale du 25 mai 1988. La préparation de l'opération a donc duré environ deux ans. L'opération elle-même s'est déroulée du 25 au 27 mai 1988, soit pendant environ trois jours, et a comporté cinq offensives majeures. Malgré tous ces préparatifs et cette mobilisation, les «Israéliens» ont subi un échec.

Maydoune : La mobilisation «israélienne» ne garantit pas la victoire

En 1988, la bataille de Maydoune est devenue un exemple marquant de résistance face à d'importantes forces israéliennes. Les résistants ont fait face à une attaque massive appuyée par des chars, de l'artillerie et l'aviation, infligeant de lourdes pertes aux forces d'attaque qui, n'ayant pu atteindre tous leurs objectifs, ont finalement été contraintes de se retirer de la ville.

Plus précisément, le bombardement «israélien» durant l'opération a compté plus de trois mille obus et des dizaines de frappes aériennes. Malgré cela, l'armée d'occupation n'a pas réussi à prendre le contrôle total de la ville et s'est retirée le soir même après avoir détruit plusieurs maisons et tué plus de dix-huit résistants.

Cette bataille a profondément marqué la conscience militaire «israélienne», révélant la difficulté de remporter une victoire terrestre décisive contre la Résistance islamique. Maydoune bénéficiait d'avantages militaires et tactiques considérables, étant située à plus de 1 100 mètres d'altitude, offrant une vue imprenable sur les environs. Sa position géographique lui permettait également de contrôler plusieurs points de passage et voies d'accès, lui conférant ainsi un avantage considérable pour tendre des embuscades.

Al-Rihane : La Résistance perce les fortifications ennemies

En 1999, la résistance parvint, en moins de dix jours, à percer le dispositif de sécurité israélien et à engager de violents combats avec l'ennemi.

L'opération fut menée selon une stratégie complexe autour de la caserne d’al-Rihane, visant un convoi de commandement «israélien» à l'entrée. S'ensuivirent des attaques contre les forces de soutien et les renforts, lancées depuis plusieurs directions, ciblant simultanément la caserne elle-même, les positions de Lahed et la position de Zafata.

L'opération survint alors que la libération du Sud-Liban approchait, démontrant que l'intensification des frappes aériennes n'avait pas empêché la résistance d'atteindre les forces «israéliennes» au sol. À l'époque, l'ennemi reconnut des pertes humaines et matérielles, mais la portée symbolique de l'opération était immense. Elle eut lieu moins de dix jours après une précédente opération de la résistance dans la région contre les collaborateurs de Lahed, et fut menée malgré le renforcement des mesures de sécurité israéliennes. Elle prouva également l'échec de la stratégie de «frappe aérienne», car l'intensification de la puissance aérienne israélienne n'empêcha pas la résistance de mener une opération terrestre complexe et d'atteindre les forces d'occupation et leurs commandants.

L'opération a également démontré la capacité de la Résistance à pénétrer des dispositifs de sécurité renforcés et à cibler un convoi de dirigeants «israéliens» dans une zone sensible.

Concernant la nature multiforme de l'attaque, le convoi, les forces de soutien, les postes frontières et d'autres sites militaires ont été visés simultanément, ce qui a désorienté les forces d'occupation «israéliennes».

L'utilisation d'armes antiaériennes par la Résistance contre les aéronefs de l'occupation a donné une dimension significative à l'opération, renforçant la conviction que la dépendance croissante d'«Israël» à l'égard de la puissance aérienne est insuffisante pour protéger ses forces et empêcher les opérations de résistance.

Les faiblesses et les lacunes de la doctrine de combat de l'armée «israélienne»

Une étude de 2009, publiée par «l'Institut israélien d'études de sécurité nationale (INSS)», a mis en évidence les faiblesses et les lacunes des tactiques de combat de l'armée «israélienne» au Sud-Liban entre 1985 et 2000.

S'appuyant sur quinze années de combats au Liban, l'étude conclut que le coût du maintien sur place et de la confrontation avec le Hezbollah a été supérieur aux avantages sécuritaires que la «zone de sécurité» était censée apporter.

L'étude cite les éléments suivants :

La «zone de sécurité» n'a pas atteint son objectif ; conçue pour protéger «Israël», elle a désormais nécessité une protection «israélienne» permanente.

L'incapacité à transformer la supériorité militaire en victoire décisive.

Le problème des positions fortifiées : le déploiement de l'armée «israélienne», qui consistait en un réseau de positions fortifiées, est devenu une faiblesse plutôt qu'un moyen de protection. Entre 1992 et 2000, le Hezbollah a intensifié ses attaques contre les positions de l'armée «israélienne» et de «l'Armée du Sud-Liban» (ALS), en plus de tendre des embuscades aux convois circulant entre ces positions. Le dilemme était le suivant : si les forces restaient sur leurs positions, elles étaient vulnérables à l'attrition ; si elles les quittaient, elles s'exposaient à des embuscades sur les routes.

* Le problème des convois et des routes : il s'agissait du point le plus sensible, car l'armée «israélienne» devait transporter des soldats, des munitions, des vivres et du matériel entre des dizaines de positions disséminées dans tout le Sud-Liban. Au fil du temps, ces convois sont devenus une cible directe pour le Hezbollah.

* La supériorité technologique n'a pas permis de résoudre le problème ni d'éliminer la menace du Hezbollah.

* Le blocus militaire n'a pas étouffé la résistance : l'expérience a montré que ces mesures n'ont pas permis d'isoler le Hezbollah de son environnement ni d'empêcher sa capacité à reproduire ses opérations. Selon l'étude, le développement du Hezbollah indique des progrès significatifs dans ses capacités opérationnelles au cours des années 1990, avec une augmentation du nombre de ses opérations au fil des ans.

* Le recours à l'Armée de Lahed n'a pas résolu le problème. Le passage de l'armée israélienne d'opérations proactives à des opérations réactives constitue l'une de ses principales faiblesses, reconnue même par la littérature militaire «israélienne». L'étude souligne que la nature des combats dans la «zone de sécurité» a imposé de nombreuses contraintes aux forces terrestres régulières, les empêchant d'opérer conformément à la doctrine traditionnelle de l'armée en matière de guerre terrestre complexe.

* L'impact psychologique et politique des pertes parmi les soldats «israéliens» a été considéré par l'étude comme un facteur décisif, transformant le problème militaire en problème politique au sein de l'entité.

Conclusion : Le retrait «israélien» n'était pas la conséquence d'une défaite militaire traditionnelle, c'est-à-dire l'effondrement de l'armée lors d'une seule bataille ou la perte de sa capacité de combat. Il résultait plutôt de l'échec d'une stratégie de sécurité à long terme à atteindre son objectif, conjugué au coût croissant de sa poursuite.

En termes «israéliens», cela signifie que l'entité a pu contrôler le territoire, fortifier ses positions et exploiter sa supériorité aérienne, d'artillerie et de renseignement, mais qu'elle n'a pas pu utiliser ces atouts pour éliminer la capacité de combat du Hezbollah.

L'avantage appartient à celui qui a la possibilité d'user ses troupes.

Au vu de ce qui précède, la bataille d'Ali al-Taher et les combats qui ont précédé la libération du Sud permettent de mieux comprendre le dilemme auquel était confrontée l'armée d'occupation au Sud-Liban : le problème ne résidait pas dans la possession d'une puissance de feu ou d'une supériorité technologique, mais plutôt dans la capacité à transformer cette supériorité en un résultat militaire et politique décisif. Ce dilemme s'est répété à maintes reprises. Plus l'affrontement se prolonge, plus l'avantage bascule progressivement de l'armée disposant de la puissance de feu à la résistance capable de patience, de persévérance, d'épuisement et de se reconstituer après chaque coup dur.

La victoire ne se résume pas à l'occupation d'un territoire

Dans ce type de guerre, il ne suffit pas à une armée d'occuper un territoire pour remporter la victoire. Elle doit pouvoir le conserver au moindre coût, empêcher son adversaire d'y opérer et briser sa volonté de poursuivre le conflit. C'est précisément ce que l'occupation n'a pas permis d'accomplir dans le sud. Les positions fortifiées n'ont pas empêché les attaques, la puissance aérienne n'a pas stoppé les opérations terrestres, les bombardements n'ont pas mis fin à la résistance, les points de contrôle et les mesures de sécurité n'ont pas empêché les infiltrations, les opérations de grande envergure n'ont pas abouti à une victoire durable et le recours à l'Armée du Sud-Liban n'a pas offert à «Israël» une solution définitive.

Ceci met en lumière l'un des dilemmes majeurs des forces israéliennes au Liban : une armée peut obtenir la supériorité tactique sur le champ de bataille, détruire une cible ou occuper une position, mais elle est confrontée à un défi bien plus grand lorsqu'il s'agit de mener une guerre prolongée contre un ennemi qui ne lui accorde pas le combat à son avantage. Plus elle s'efforçait d'établir sa présence, plus son existence même devenait une cible d'usure. Plus elle étendait ses opérations, plus ses pertes s'alourdissaient. Et plus elle misait sur les tirs à longue portée, moins elle parvenait à empêcher la résistance de reprendre le combat.

La bataille d'Ali al-Taher amènera l'ennemi à se demander : comment se sortir d'affaire ?

Par conséquent, la bataille d'Ali al-Taher ne doit pas être interprétée comme un simple affrontement dans une zone géographique précise, ni comme une confrontation isolée de son contexte, mais plutôt comme un maillon d'un schéma de confrontation plus vaste : une Résistance qui accumule l'expérience et porte des coups, face à une armée supérieure en puissance de feu, mais confrontée à une guerre qu'elle ne peut gagner par la seule force.

En fin de compte, c'est ce paradoxe qui a caractérisé l'expérience de l'occupation dans le sud : l'armée «israélienne» est entrée au Liban avec une force militaire écrasante, puis s'est redéployée à l'intérieur de la «zone de sécurité», s'est ensuite retranchée derrière ses positions, a intensifié son recours à la puissance aérienne, à l'artillerie et au renseignement, a ensuite tenté des opérations d'envergure limitée et de grande ampleur, puis a renforcé les mesures de sécurité. Pourtant, la Résistance est restée capable de l'atteindre et de l'affaiblir. Au fil des années et des pertes, la question n'est plus «Comment protéger la zone tampon ?» mais «Comment sortir de la zone tampon ?»

Lire l'histoire du conflit au Sud ne doit pas se limiter à la question de savoir qui a gagné une bataille particulière, mais plutôt s'intéresser à la question plus vaste : qui a réussi à imposer à l'autre la fin de la guerre qu'il souhaitait ? En mai 2000, la réponse était claire au Sud : l'armée d'occupation s'est retirée et la terre est restée entre les mains de ses propriétaires légitimes.

*Traduit de l’arabe (original)

Comments

//