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Imam des opprimés

De la propagande aux algorithmes: Comment «Israël» cherche à influencer les réponses de l’intelligence artificielle

De la propagande aux algorithmes: Comment «Israël» cherche à influencer les réponses de l’intelligence artificielle
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Assia Husseini

Il semblerait que la guerre menée contre Gaza a fortement détérioré l’image d’«Israël» dans l’opinion publique occidentale, surtout aux États-Unis. Face à cette situation, «Israël» cherche désormais à agir sur un nouveau terrain : les réponses produites par les outils d’intelligence artificielle comme ChatGPT, Gemini, Claude et Perplexity.
L’objectif n’est plus seulement d’influencer les informations publiées dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Il s’agit aussi d’agir sur les sources utilisées par les systèmes d’intelligence artificielle pour construire leurs réponses.

Cette stratégie marque une nouvelle étape dans la communication «israélienne». «Israël» ne cherche plus uniquement à parler directement au public. Il tente également d’influencer l’outil auquel le publicpub demande aujourd’hui de lui expliquer l’histoire, la politique et les guerres.

Un «institut de recherche» sans chercheurs

Selon une enquête de Politico basée sur des documents déposés auprès du département américain de la Justice, l’agence de publicité américaine Piro a créé un site appelé Hanover Institute for Public Policy.
Le projet a été réalisé à travers le groupe français de communication Havas Media, pour le compte de «l’Agence gouvernementale israélienne de publicité».

À première vue, le site ressemble à celui d’un véritable centre de recherche américain. Il présente des rapports longs, des statistiques, des notes, des références et des tables des matières. Pourtant, les rapports ne portent pas les noms de leurs auteurs.

Une petite mention légale placée en bas du site précise que ces documents sont diffusés par Piro pour le compte de Havas Media Germany et de «l’Agence gouvernementale israélienne de publicité».

Depuis le 6 août, le «Hanover Institut » a publié plus de cent rapports portant sur des questions très sensibles, comme :
- «Qu’est-ce qui a provoqué le déplacement des Palestiniens en 1948 ?»
- «Existe-t-il une politique de famine à Gaza ?»
- «L’armée israélienne est-elle l’armée la plus morale au monde ?»
- «Quelle est la situation actuelle dans la bande de Gaza ?»

La formulation de ces titres n’est pas un hasard. Elle ressemble directement aux questions que les utilisateurs posent à ChatGPT et aux autres outils d’intelligence artificielle.

Les rapports utilisent également une langue calme, des chiffres, des références et des notes. Ces éléments peuvent donner au contenu une apparence sérieuse et indépendante, et augmenter ses chances d’être utilisé comme source par les systèmes d’intelligence artificielle.

Un contenu conçu pour les machines

Piro présente ce type de service comme une forme d’«optimisation du récit pour l’intelligence artificielle». L’entreprise

explique qu’elle produit un contenu adapté à la manière dont les grands modèles de langage évaluent la crédibilité d’une source.

Selon «Responsible Statecraft», Piro a reçu environ 900 000 dollars pour ses activités au service du «gouvernement israélien». Le travail est réalisé comme une sous-traitance à travers Havas Media.
Une somme d’environ 100 000 dollars aurait été consacrée à une partie précise du projet liée à la création et à la diffusion de certains contenus du Hanover Institute.
Les deux chiffres ne se contredisent donc pas. Les 100 000 dollars concernent une opération particulière, tandis que les 900 000 dollars représentent un ensemble plus large de services fournis par Piro.

Comment peut-on influencer l’intelligence artificielle?

«Israël» n’a pas signé de contrat avec OpenAI et ne contrôle pas directement ChatGPT. La méthode utilisée est plus indirecte.

Elle consiste à publier une grande quantité de contenus bien organisés et faciles à trouver sur Internet. L’objectif est d’augmenter les chances que les moteurs de recherche et les outils d’intelligence artificielle trouvent ces documents, les utilisent et les citent dans leurs réponses.

Certains systèmes répondent à partir des données utilisées pendant leur entraînement. D’autres peuvent effectuer des recherches récentes sur Internet avant de répondre. Dans les deux cas, la quantité des contenus disponibles, leur organisation, leur visibilité et le nombre de références qu’ils contiennent peuvent influencer leur apparition dans les résultats.

«Israël» tente donc d’appliquer aux outils d’intelligence artificielle une méthode proche de celle qui est utilisée pour améliorer la visibilité d’un site sur Google.
Il ne s’agit pas nécessairement de forcer ChatGPT à répéter mot pour mot une déclaration israélienne. L’objectif est plutôt d’introduire des sources favorables à «Israël» parmi les documents consultés par les machines. Les mots, les idées et la manière israélienne de présenter les événements peuvent alors apparaître dans les réponses.

Le danger vient du fait que ce contenu ne se présente pas comme une publicité ou une communication officielle. Il apparaît sous la forme d’un rapport de recherche. L’utilisateur peut donc recevoir un message politique sans savoir qu’il a été produit dans le cadre d’une campagne financée par un gouvernement.

La campagne a-t-elle réussi ?

Politico a posé des questions neutres à ChatGPT et à Perplexity. Les deux outils ont cité des documents publiés par le Hanover Institute dans leurs réponses sur Gaza, l’antisionisme et l’antisémitisme.

Cela montre qu’un contenu produit dans le cadre d’une campagne financée par un gouvernement étranger a réussi à entrer dans les sources utilisées par des outils consultés par des millions de personnes.

Cependant, cela ne prouve pas qu’«Israël» a réussi à modifier de manière générale et durable toutes les réponses de l’intelligence artificielle. Le fait qu’un site soit cité dans quelques tests ne signifie pas que la machine adopte automatiquement toutes ses affirmations.

Les réponses peuvent également changer selon la question posée, la date de la recherche et les autres sources disponibles.

Il est donc plus juste de dire que la campagne a réussi à faire entrer certains contenus «israéliens» dans les sources consultées par les plateformes. Mais on ne peut pas encore parler d’un contrôle total sur leurs réponses.

Cette opération montre une évolution importante de la propagande «israélienne»

La communication traditionnelle cherche à produire un message et à convaincre directement le public. La nouvelle méthode cherche d’abord à produire les sources que les machines utiliseront ensuite pour fabriquer leurs réponses.
La bataille ne porte donc plus seulement sur le message reçu par l’utilisateur. Elle concerne aussi les informations à partir desquelles ce message est construit.

La campagne utilise pour cela une apparence de sérieux: un nom d’institut, une langue calme, des statistiques, des notes et de nombreuses références. Le contenu politique est ainsi présenté sous la forme d’un travail académique supposé indépendant.

La propagande ne disparaît pas. Elle change simplement de forme. Elle entre dans une réponse automatique qui peut paraître neutre aux yeux de l’utilisateur.

Une bataille pour la mémoire numérique

Ces investissements ne garantissent pas qu’«Israël» réussira à réparer son image. Quelques sites ne peuvent pas effacer les images de Gaza, les rapports des organisations internationales, les enquêtes des journalistes ou les documents des organisations de défense des droits humains.

Mais cette campagne montre qu’«Israël» a compris très tôt l’importance de ce nouveau terrain et qu’il est prêt à investir des millions de dollars pour y imposer sa présence.

Le problème dépasse d’ailleurs le cas «israélien». Si les gouvernements, les groupes politiques et les grandes entreprises peuvent créer de faux centres de recherche et produire des centaines de documents destinés aux machines, Internet risque de devenir un espace dominé par ceux qui ont le plus de moyens financiers.

«Israël» ne contrôle pas directement ChatGPT. Il essaie plutôt de construire une partie de l’Internet que ChatGPT consulte. C’est une nouvelle étape de la guerre de l’information : après avoir cherché à influencer directement l’opinion humaine, les États tentent désormais d’influencer les machines auxquelles les humains demandent de les informer.

 

 

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