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Promesse honnête

Iraniser le Hezbollah pour libaniser le gouvernement de Vichy

Iraniser le Hezbollah pour libaniser le gouvernement de Vichy
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Catherine Castro

«Celui qui te trahit une fois te trahira mille fois. Il est inutile de boire toute l’eau de la mer pour découvrir qu’elle est salée». Ernesto Che Guevara.

Le réalisme politique.

Connaitre son ennemi, selon Hervé Pierre, c’est éviter de l’essentialiser. C’est le reconnaitre comme une réalité militaire et politique. La relation entre Etats ennemis n’est pas forcément figée. L’ennemi peut être un facteur de cohésion sociale et nationale, ou fracture insoupçonnée entre moralisme politique et réalisme politique. Dans l’une de ses apparitions télévisées, feu Sayyed Hassan Nasrallah avait vulgarisé pour le grand public cette réalité polémique en affirmant à bon escient que dans la littérature sioniste «on a mis une croix sur le terme Israel pour le remplacer par le terme Iran». C’est l’Iran qui devient donc l’ennemi des peuples arabes et musulmans, c’est l’Iran qui a des visées expansionnistes islamistes et ce sont les portraits du martyr Imam Khamenei dans la banlieue sud de Beyrouth, et l’autoroute qui conduit à l’aéroport libanais qui «occupent le Liban». Dans ce sens, l’administration de la chaine libanaise MTV désigne l’armée «israélienne» ennemie par l’armée de défense «israélienne», label du sionisme sauvage.

Le réalisme politique est d’abord un paradigme puis une pratique pragmatique qui privilégie l’action à la morale, afin de maximaliser les gains lors d’une possible négociation, collaboration ou revirement militaire. La raison d’Etat raisonne en dehors de la sphère morale ou éthique, ne prenant pas en compte les aspirations et les sacrifices du peuple. Pour certains le réalisme politique appelé encore la politique du pouvoir est une théorie des relations internationales, pour d’autres c’est une vision du monde qui fut incapable de comprendre les changements géopolitiques et économiques qui ont précédé la chute de l’URSS, ce dernier en avait usé pour adhérer au GATT en 1993.

La puissance est donc rationnelle, et serait propice ultérieurement à des aides humanitaires, traités de paix ou autres industries de l’aide et du «théâtre humanitaire» (les conférences internationales à la Macron, le conseil de paix organisé par le génocidaire Donald Trump). Les traités d’Oslo qui ont abouti à la reconnaissance unilatérale de l’état sioniste ennemi, les traités d’Abraham qui ont américanisé les relations diplomatiques du golfe persique sont entre autres l’expression du réalisme politique arabe, tandis que les accords nucléaires de 2015 reconnaissent mutuellement les capacités destructrices des grandes puissances mondiales. Si la puissance rationnelle n’exclut pas la communication directe comme nous l’avons dit (ligne rouge entre Washington et Moscou durant la guerre froide, les relations de l’armée libanaise supplétive Antoine Lahd avec l’entité sioniste occupante) ou indirecte (l’accord 2022 sur les frontières libanaises «israéliennes» maritimes et terrestres), elle peut être soit offensive soit défensive, selon la nature de l’état, défaillant ou puissant. La logique du réalisme défensif selon Kenneth Waltz est celle de la survie qui prime souvent sur celle de la domination. Waltz parle de néoréalisme politique pour désigner les Etats comme seuls acteurs rationnels, dans un système international anarchique : «la texture de la politique internationale reste très constante parce que ce qui a persisté dans le temps est la structure anarchique de l’arène politique internationale». Dès lors, l’émergence d’un facteur non étatique qui se présente comme résistance à une occupation ou collaborateur avec une résistance extraterritoriale pose un problème dans la résolution du conflit.

Quand le moralisme politique prend les armes

«Celui qui agit selon l’éthique de la responsabilité doit prendre en compte les conséquences prévisibles de son action, tandis que celui qui agit selon l’éthique de la conviction suit ses principes sans se soucier des résultats» (Max Weber)

Lorsque le moralisme politique prend les armes en alléguant le droit fondamental à la vie, à se défendre pour rester en vie, rester en vie pour libérer un territoire occupé, ce moralisme transite entre ces deux éthiques, dont chaque extrême détermine le sort de la population.

Dans un État failli, l’État ne contrôle plus l’usage de la force (Weber), puisqu’il n’assure pas la sécurité de ses frontières. Des groupes armés (milices, gangs, mouvements de résistance) émergent pour protéger des communautés, imposer un ordre local, ou combattre des ennemis (occupants, groupes rivaux). Cette faillite peut avoir plusieurs causes : l’état est né défaillant parce qu’il est toujours en période de crise prolongée, le Liban en est un exemple triste car depuis son indépendance il n’a jamais pu défendre ses frontières sud bien avant la création de l’entité sioniste en 1948. Il fallait attendre la venue du Sayyed Moussa Sadr en 1974 pour réagir contre cette injustice. L’Etat devient faillant après la chute d’un régime non démocratique (Libye, Irak), l’Etat dont l’économie est fragile et peu industrialisée (Vénézuéla post Maduro, Haiti) crée un vide sécuritaire.

Tous les groupes armés ne peuvent prétendre à un moralisme politique. «Daech» rejette l’état-nation au profit d’un califat, les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) qui sont des guérillas d’autodéfense paysanne (pas de résistance contre un pays étranger) d’inspiration trotskyste ont fini par imposer des accords de paix (2016) au gouvernement. En vertu de ces accords, les FARC, qui ont pratiqué des enlèvements de candidats présidentiels et des prélèvements sur les commerçants sont désarmés et reconnus comme acteur politique. En 2022, Gustavo Petro, ex-guérillero et candidat de gauche, est élu Président de la Colombie. En 2025, des dissidents des FARCS qui ont refusé le désarmement se battent pour contrôler un axe narcotrafic. Certains membres furent tués par l’armée régulière.

Ces deux cas se situent dans un hors contexte d’occupation du territoire par une force étrangère devant laquelle l’État est impuissant. C’est dans ce vide du pouvoir et d’autorité que se développe la collaboration avec l’ennemi.

«C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal»

Dans La Banalité du mal (1963), Arendt analyse comment l’absence de réflexion critique — le «vide de la pensée» — permet l’émergence de comportements monstrueux, non pas par une malveillance exceptionnelle, mais par une obéissance aveugle, une déshumanisation de l’autre, et une incapacité à juger moralement. Dans un État fonctionnel, les institutions (justice, éducation, médias) encadrent la pensée collective et limitent les dérives (corruption, violence, collaboration). En revanche, dans un État failli les institutions ne remplissent plus leur rôle : la justice est corrompue, l’éducation défaillante, les médias muselés ou partisans. Les individus et les groupes agissent selon des logiques de survie ou de pouvoir, sans référence à un bien commun. Les conflits identitaires (ethniques, religieux) remplacent la citoyenneté : l’autre n’est plus un concitoyen, mais un membre d’un groupe rival. Les individus collaborent avec l’ennemi (ou avec des forces extérieures) non par conviction, mais par peur (répression, représailles), intérêt (accès à des ressources, protection), habitude (normalisation de la corruption ou de la violence).

C’est ce qu’a résumé feu le martyr Sayyed Hasan Nasrallah dans l’une de ses apparitions télévisées : «Pourquoi les gens ont peur ? pourquoi les gens se taisent ? parce qu’ils s’attachent à la vie. Si cet attachement est ignoré, le droit de résister contre l’ennemi devient une vérité brillante comme le soleil de midi» (traduction libre). Dans ces temps de crise politique et de revirement stratégique, les déclarations du feu Sayyed Nasrallah résonnent comme des prophéties réalisées, et une vérité universelle intarissable. Dans notre contexte, il y a un discours public qui retient notre attention. «Lorsque ‘’vous’’ deviendrez un Etat, venez ‘’nous’’ réclamer que nous nous deviendrions plus un ‘’Etat dans l’Etat’’. L’Etat qui permet l’invasion du Liban, et l’occupation de sa capitale, n’est pas Etat. L’Etat qui n’a Rien fait pour libérer son territoire n’est pas un Etat. L’Etat qui collabore avec l’ennemi, contre son peuple et sa résistance n’est pas un Etat» (traduction libre). C’est cet Etat dont la chaine MTV fait la propagande : «La Patrie existe, mais où est l’Etat ?» depuis le 2 mars.

«Il est possible que, selon le contexte, nous ayons besoin de plusieurs Deir Yassine»

Cette déclaration génocidaire de Béchir Gemayel qui aspire à devenir président de la République libanaise sonne comme un mot d’ordre à l’invasion de Beyrouth en juin 1982. Il se serait entretenu avec le chef du «Mossad» de l’époque Nahum Admoni avec en commun le champ lexical du massacre des civils. Le massacre de Deir Yassine perpétré en 1948 par les milices de la «Haganah» (réinsérés dans l’armée de l’ennemi ‘’israélien’’), sous le regard complice des Britanniques, était la porte d’entrée à la déclaration officielle de la naissance de l’état sioniste. Mais lorsque Béchir Gemayel demande aux sionistes de couvrir une entrée des bulldozers au camp, ils répliquèrent : «ceci n’est pas notre affaire» (voir l’article de Leila Seurat : Relire Sabra et Chatila aujourd’hui.). La commission d’enquête «israélienne» sur les massacres conclut parodiquement : «Ce sont des non juifs qui ont tué des non juifs, cela n’est pas notre affaire». Diraient-ils, à Dieu ne plaise, «c’est un non-musulman libanais qui a normalisé avec des chrétiens sionistes ?»

En juin 2022, le journaliste d’investigation «israélien» Ronan Bergmam, publie un rapport dans «Yedeot Ahronot» stipulant que le massacre aurait été prémédité bien avant l’assassinat de Gemayel. Dès juillet 1982, Ariel Sharon aurait exprimé sa volonté d’anéantir le sud de Beyrouth. Selon le même journaliste, la démission de Sharon qui a occupé Beyrouth-Ouest sans prévenir le gouvernement sioniste, aurait ouvert la voie à «l’établissement au Liban du bras long de l’Iran et la propagation de la révolution islamique, par le biais du Hezbollah». La diabolisation de l’Iran, principale source d’appui financier et miliaire du Hezbollah était déjà commencée.

Libérer les chrétiens du Liban ou les Libanais ?

Depuis 1982, «Israël» justifie ses interventions militaires au Liban par un discours de «libération» dont l’objet varie selon le contexte, mais dont la structure reste inchangée. En 1982, il s’agissait de «libérer les chrétiens» des forces palestiniennes et musulmanes (opération «Paix en Galilée»), pour fabriquer un Etat chrétien allié marionnette d’un «Etat Hébreu».

En 2024, il s’agit de «libérer les Libanais» du Hezbollah. Dans les deux cas, le prétexte humanitaire ou salvateur masque une logique géopolitique et sécuritaire constante : affaiblir les acteurs hostiles à «Israël» (OLP hier, Hezbollah aujourd’hui) et imposer une domination régionale sous couvert de «protection» des populations locales. Changer la désignation de l’ennemi est la vitrine brisable d’un changement stratégique autour d’une même constante qui trahit l’échec. En 1982, il fallait éradiquer OLP (par un massacre qui compense l’échec stratégique), en 2006 il fallait liquider le Hezbollah pour libérer deux soldats israéliens. Stratégie risible. En 2024, il fallait décapiter une résistance dont l’idéologie religieuse se nourrit de la décapitation de l’iman Hussein Ibn Ali dans la bataille de Karbala. En 2026, c’est l’ambassadeur américain qui garantit de protéger les villages chrétiens du sud. En 2028, «Israël», s’il a toujours les mêmes capacités militaires- annoncerait sans doute qu’il doit «libérer les Libanais de leur propre ombre». Peut-être que la prochaine menace existentielle serait leur attachement excessif aux cèdres du Liban.

Yehya Senouar et Sayyed Nasrallah n’ont jamais caché au monde entier le soutien financier, logistique et militaire de l’Iran à Hamas et au Hezbollah, contrairement aux autres composantes «post-miliciennes» et politiques de l’Etat défaillant libanais qui démentent l’implication directe des Etats-Unis d’Amérique (appliquant la feuille de route de Tom Barrack) dans la décision express du 5 aout 2025 de désarmer la résistance, ou leur connaissance d’une imminente frappe sioniste en 2026 qui explique leur empressement à passer à des pourparlers directs avec l’ennemi non essentialisé.

Comme l’a expliqué le martyr Sayyed Hassan Nasrallah, mettons une croix sur les termes qui désignent le véritable ennemi et remplaçons-les par des ennemis réservistes : René Bousquet (chef de la police de Vichy, 1942) «Les Juifs étrangers [proxys iraniens] seront évacués vers l’Est [Israel].» (Euphémisme pour la déportation vers Auschwitz). Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy, lors d’un discours en juin 1942) : «Je souhaite la victoire de l’Allemagne [Israel], car sans elle [lui], le bolchévisme [la doctrine de la tutelle du Guide Supreme] s’installerait partout».

 

 

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