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Le martyr imam Khamenei

La propagande de l’extrême droite contre La France Insoumise: vers un monopole mémoriel de la violence

La propagande de l’extrême droite contre La France Insoumise: vers un monopole mémoriel de la violence
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Par Catherine Castro*

Il est illusionné celui qui dissocie la crise existentielle par laquelle passe le droit international et ses institutions et la montée de l’extrême droite. En France, le parti politique de gauche La France Insoumise (LFI) déjà controversé pour ses revendications et positions virulentes subit des propagandes et des sanctions sans précédent depuis le 7 octobre 2023, lorsque le chef du parti Jean-Luc Mélenchon tweete : «Toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu'une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu'elle-même. Le cessez-le-feu doit s’imposer. La France doit y travailler de toutes ses forces politiques et diplomatiques». Alors que le Président Emmanuel Macron s’est hâté d’apporter «un soutien inconditionnel à Israel».

1. La diabolisation de La France Insoumise : quand l’extrême droite et les médias réécrivent l’histoire

Au lendemain du 7 octobre 2023, «une meute de micros» selon la métaphore virulente de Mélenchon s’acharne sur certains députés LFI (Mathilde Panot, Rima Hassan, Jean-Luc Mélenchon, Louis Boyard) pour leur arracher le terme terroriste pour qualifier le mouvement de résistance Hamas (ce qu’a fait le Parti Communiste Français). Mélenchon soutient que l’organisation des Nations Unies (ONU) a classé deux groupes comme mouvements terroristes : «AL Qaida» et «Daech», mettant en cause la classification de l’Union Européenne.  Ce tollé qui soulève des questions d’équité et «d’éthicisation» du droit international serait, selon les détracteurs de LFI, la première cause de la dissolution de l’alliance électorale Nupes (Nouvelle Union Populaire Ecologique Sociale), cause qui écarte les divergences stratégiques de la gauche entre tendance réformiste et radicalité contre les logiques libérales. Dans le même contexte, le député et chef du parti politique de droite Les Républicains, Eric Ciotti demande la levée immunitaire parlementaire de Jean-Luc Mélenchon à cause de son obstination outrageante convertie en apologie du terrorisme, tandis que le sénateur LR Stéphane Le Rudulier demande la dissolution du parti LFI. Cependant, trente-neuf députés de gauche, dont LFI, Parti Socialiste, Parti Les Ecologistes, demandent la levée immunitaire parlementaire du député LR franco-israélien qui se qualifie lui-même de sioniste Meyer Habib, pour avoir qualifié de cancéreuse la population de Gaza, et dit que le travail d’Israel n’est pas encore terminé. La demande de levée a été rejetée par la Présidente macroniste de l’Assemblée nationale, Yael Braune-Pivet qui s’est rendue en «Israel» le 23 octobre 2023 pour réitérer le «soutien inconditionnel» de Macron, avant de regretter son usage du terme inconditionnel, deux ans après à la veille de la reconnaissance de l’Etat (défaillant) de Palestine par la France.

Le mal politique qui ronge la Ve République depuis la montée incontrôlée du libéralisme autoritaire de Macron s’est cristallisé autour de la diabolisation de la LFI. Emmanuel Macron a marqué un tournant autoritaire dans l’histoire de la Ve République, avec des méthodes qui rappellent davantage un régime bonapartiste qu’une démocratie parlementaire. L’article 49.3 de la Constitution permet au gouvernement d’adopter une loi sans vote, sauf si une motion de censure est votée. Macron en a fait un outil de gouvernance ordinaire, contournant ainsi le débat démocratique. Macron a plusieurs fois brandi la menace de dissoudre l’Assemblée nationale pour faire plier l’opposition (2022, 2023, 2024). Le 9 juin 2024, il dissout l’Assemblée nationale en réaction à la perte électorale de son parti au sein du Parlement Européen. La dissolution devenue arme politique de dissuasion affaiblit les contre-pouvoirs et instaure un régime de terreur présidentielle au parlement. Ce contournement légal mais illégitime de l’article 49.3 rappelle la soif du pouvoir exécutif de Donald Trump qui se détourne de la validation du congrès américain, justifiée par l’urgence de la sécurité nationale dit-il.  Il quitte ainsi l’accord nucléaire iranien, et l’accord de Paris sur le climat, frappe l’Iran et kidnappe Nicolas Maduro sans validation parlementaire.

Sous Macron, la France a abandonné l’héritage gaulliste d’indépendance et d’équilibre au Proche-Orient, pour adopter une politique alignée sur les États-Unis et Israël. Charles De Gaulle avait instauré une politique équilibrée et autonomiste : le droit des Palestiniens à l’autodétermination, la critique de l’impérialisme américain au Proche-Orient, et la reconnaissance du rôle de la France comme médiateur (ex. : discours de 1967 sur le «peuple palestinien »). La France de Macron a bloqué les résolutions de l’ONU appelant à un cessez-le-feu à Gaza, s’alignant sur la position américaine. Elle a participé aux sanctions contre la Syrie et diabolise toute critique d’Israel qui devient formatée par le label antisémitisme. En février 2026, Emmanuel Macron estime que l’affaire Epstein concerne surtout les Etats Unis d’Amérique, alors que le parquet de Paris examine encore les dossiers qui citent des personnalités ressortissantes françaises.

Dans ce contexte, La France Insoumise incarne une résistance, non seulement contre le libéralisme économique, mais aussi contre l’autoritarisme macroniste, le monopole mémoriel de l’extrême droite (qui veut imposer sa lecture sécuritaire et pro-«israélienne» des conflits), et l’abandon de la souveraineté française au profit d’un alignement atlantiste. Le renversement des valeurs devient la valeur ajoutée des médias privatisés.

Ainsi, les passagers de la flottille de la Liberté (dont la députée européenne Rima Hassan) pour Gaza deviennent des sympathisants de Hamas, qui occupent leur temps en prenant des vidéos selfie à bord.  Les propos gaullistes de Dominique de Villepin sur l’occupation israélienne et son accusation du régime de Netanyahou de commettre un génocide à Gaza sont vilipendés par Gilles William Goldnadel, le juif président des Avocats sans frontières qui y répond : «Israel n’a pas à écouter la communauté internationale qui ne condamne jamais ni le Qatar ni l’Iran» (14 novembre 2023) ou encore : «vous avez été applaudis par les insoumis qui répètent vos rengaines».

Le député insoumis Sebastien Delogu fut exclu de l’Assemblée nationale pour 15 jours de séances, et privé de son indemnité parlementaire pendant deux mois. C’est la sanction maximale permise par le règlement intérieur de l’Assemblée nationale (la gauche a voté contre). Motif : avoir brandi le drapeau palestinien, geste jugé déclencheur de «trouble à l’ordre» et ayant provoqué «un trouble et une situation tumultueuse» (article 70 du règlement intérieur). Dans le droit disciplinaire, la sanction est proportionnée aux gestes et à ses conséquences. Dès lors, faut-il interroger l’autorité politique pourquoi le drapeau d’un Etat pas encore reconnu par la France (en mai 2024) provoque un rappel à l’ordre, alors que le drapeau ukrainien brandi par le sénateur Gerard Larcher au Sénat (la chambre haute du Parlement français) est considéré un geste de solidarité et donc pacifique par la communauté parlementaire ? Contextualiser un geste est un acte de jurisprudence.

Les dérives judiciaires des institutions françaises font partie hélas du mal politique dont souffre la Ve République depuis une décennie. En témoigne tout récemment l’usage du ministère de l’Intérieur de la fonction de nuançage pour classer LFI un parti d’extrême gauche le 4 février 2026 à la veille des municipales. Réaction spontanée de J.L Mélenchon : «lettres dignes d’une république bananière», démarche sage de LFI : appel au Conseil d’Etat dont la fonction est d’examiner la légalité de la circulaire. Pour les élections sénatoriales de 2023, le Conseil d’Etat avait estimé qu’il n’y avait pas de rupture du principe d’égalité entre le RN, placé dans le bloc de clivage extrême droite, et LFI, placée dans le bloc de clivage de gauche (CE, 11 mars 2024, n°488378).

LFI ne veut pas l’abolition de la République comme domination bourgeoise, il déplore la Ve République devenue «une monarchie présidentielle», son programme électoral depuis 2022 est de proposer un referendum pour une nouvelle constitution qui fonde la VI République, garante de la ‘’souveraineté du peuple’’ (formule pacifiant le dogme marxiste de la dictature du prolétariat). LFI propose une assemblée constituante que la Ve République a remis en cause et qui s’inspire de la convocation du peuple chilien d’une assemblée constituante. Ce serait un dispositif juridique transitionnel vers la 6e République, régulé par des modalités de désignation des membres. Depuis 2012, Mélenchon veut déclencher une ‘’révolution citoyenne’’ comme stratégie de rupture radicale par en bas avec le néo-libéralisme. Ce nouveau paradigme déplace le centre de gravité des ouvriers et paysans de la révolution bolchévique vers celui du peuple, qu’il définit comme ’ensemble de ceux qui dépendent des réseaux collectifs (eau, énergie, transports) pour vivre. Trotskyste dans sa jeunesse, Mélenchon s’inspire à la fois des penseurs de la «démocratie radicale» (Etienne Balibar) et de Rosa Luxembourg qui refusait l’opposition binaire entre reforme et Revolution. LFI n’a pas cessé d’exiger d’«Israel» de se retirer vers les frontières d’avant 1967, selon la résolution 242 de l’ONU. Depuis 2012, il ne cesse de condamner l’embargo américain contre Cuba, le qualifiant de politique génocidaire. Il y a un mois, Mélenchon se prononce radicalement sur la souveraineté du peuple cubain : «Si les Etats-Unis d’Amérique s’aventurent à aller faire la guerre à Cuba, ils vont tomber sur une population éduquée, organisée, disciplinée qui leur brisera les reins». Les gardes cotes cubains ont effectivement déjoué avec violence une tentative d’infiltration d’un bateau immatriculé en Floride. Résultat : quatre infiltrés cubains abattus, et six autres arrêtés. Décidément le peuple cubain est dur à cuire : pour les libéraux et leurs complices, il reste un os bien trop coriace à ronger.

LFI est sans cesse attaqué par les élites françaises, qu’elles soient de droite ou de gauche libérale parce qu’il est plus arabe que les arabes, et plus marxiste que les communistes, et un réformateur plus radical que les socialistes. LFI est une proie croquée à pleines dents par les médias institutionalisés par les affairistes Vincent Bolloré et Rodolphe Saadé. À la suite du lynchage du militant extrême droite Quentin Deranque le 14 février à Lyon, en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan, LFI est l’objet d’une conspiration, médiatique, politique et idéologique sans précédent, un appel au cordon sanitaire autour de Mélenchon, son cou et sa langue fourchue devient vite viral. Deranque assurait la garde du groupe identitaire Némésis (déesse grecque de la vengeance). Ce collectif d’extrême droite aurait organisé une perturbation de la conférence de Rima Hassan, selon des échanges sur Telegram publiées par l’Humanité le 22 février 2026. L’intention était de piéger des antifascistes dans des guet-apens, «pour choper les gauches», dans un tunnel adjacent à la salle. Onze personnes ont été interpellées dont deux collaborateurs du député LFI Raphael Arnault, fondateur de la Jeune Garde, groupe d’extrême gauche aujourd’hui dissous. Mais faut-il rappeler que la dissolution est encadrée par le décret -loi de 1936 promulgué par le Front Populaire pour pouvoir dissoudre des groupes violents d’extrême droite après les émeutes sanglantes du février 1934, en guise de protestation contre le limogeage d’un préfet de police ?

Il le faut bien lorsque l’extrême droite politique réécrit l’histoire en temps réel : occultation médiatique sur les violences des groupuscules d’extrême-droite. Six membres AFO, groupe anti musulmans, condamné à deux ans de prison ferme pour avoir préparer au meurtre de «200 imams radicalisés» en 2017. En mai 2025, le parquet national antiterroriste déclare que le terrorisme d’ultradroite est la seconde menace derrière le djihadisme en France. Sur proposition du député d’extrême droite Eric Ciotti, une minute de silence en mémoire de Deranque observée dans l’Assemblée nationale. Des saluts nazis et des croix celtiques traversent la marche en hommage de Deranque, le 21 février 2026, sous haute surveillance policière. Les images de ces gestes ont alerté les autorités préfectorales. La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Aurore Bergé a qualifié LFI d’«anti-France», reprenant un vocabulaire digne de Charles Maurras (théoricien de l’Action Française, mouvement d’extrême droite des années 1900-1940). Cette expression, chargée d’histoire, vise à délégitimer LFI en l’assimilant à une menace pour la nation. Elle s’inscrit dans une stratégie de criminalisation des mouvements de gauche, déjà utilisée contre les communistes ou les anarchistes par le passé.

2. Libéralisme autoritaire et médias complices : les leçons oubliées de Weimar.

Dans son livre les Irresponsables, qui a porté Hitler au pouvoir ? Johan Chapoutot explique que les élites affairistes au pouvoir, les libéraux autoritaires, préfèrent un régime autoritaire pour la stabilité économique. Perdant les élections présidentielles à répétition, ils s’allient avec l’extrême droite, c’est à dire les nazis, ne voulant pas risquer un coup d’état. Les partis socialiste et communiste, leurs adversaires communs, sont ainsi écartés du pouvoir.

Dans cette perspective, Mélenchon appelle à l’émancipation des médias des élites affairistes, ces médias émancipés il les appelle les nouveaux médias, ceux affranchis des milliardaires et de l’Etat’’ : les créateurs de contenu politique, les influenceurs politiques, les médias indépendants et alternatifs, les nouveaux médias de droite. France Info, AFP, TF1 et Libération furent exclus de sa conférence du 23 février. En revanche, Mediapart, Blast, Reporterre, HuffPost furent les bienvenus.

En 1933, les médias allemands, contrôlés par les industriels et les conservateurs, ont diabolisé le SPD et les communistes, tout en minimisant la menace nazie. Résultat: Hitler a pu se présenter comme un «rempart contre le chaos», un récit repris aujourd’hui par l’extrême droite française ("Macron ou le chaos").

3. Résister à l’inversion mémorielle : LFI et la bataille pour un récit alternatif

Or l’écosystème médiatique pluraliste crée par Mélenchon, où les idées ne sont pas filtrées par les intérêts des milliardaires, soutient un front populaire politique contre le fascisme. Car, juge -t-il, si LFI ne prend pas le contrôle des récits médiatiques, comme a fait le Front Populaire en 1936, la France pourrait basculer dans un scénario à la Weimar. Certes, l’histoire ne se répète pas à l’identique, mais les mécanismes qui ont permis l’arrivée d’Hitler au pouvoir (alliance des élites avec l’extrême droite, diabolisation de la gauche, contrôle des médias) se retrouvent aujourd’hui en France.

À l’heure où l’extrême droite gagne du terrain en France et en Europe, les mots de Simon Gronowski, rescapé de la Shoah, résonnent avec une urgence particulière : «Il y a deux manières de lutter contre le fascisme : le devoir de mémoire et les élections. Il ne faut jamais voter pour un parti d’extrême droite, surtout lorsqu’il est dédiabolisé».

Cette phrase, simple et puissante, synthétise l’enjeu central de notre époque : la mémoire comme arme contre l’oubli, et le vote comme rempart contre la barbarie. Dans le contexte actuel, où La France Insoumise (LFI) est diabolisée tandis que le Rassemblement National (RN) est normalisé, ce message prend une dimension prophétique.

 

 

 

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