L’Iran et ses alliés se préparent à une guerre comme si elle aura lieu immédiatement
Par Ibrahim al-Amine*
Il est rare que les pays soient confrontés à des échéances où les intentions s'équilibrent avec les actions. C'est le cas avec Donald Trump concernant le dossier iranien en ce moment. Tandis que ceux qui le craignent préfèrent interpréter les choses afin d'obtenir des résultats qui les satisfassent, ceux qui sentent qu'il cherche à les anéantir ont décidé de quitter le cadre des calculs basés sur les messages. L'idée de la guerre n'est plus une question théorique.
Dans le cas de l'Iran, comme pour le reste de ses alliés dans la région, le débat porte sur les expériences difficiles vécues dans la région depuis plus de deux ans, où les ennemis américain et israélien ont eu recours à la tromperie et à la désinformation, ce qui leur a fourni des éléments de surprise dans de nombreuses opérations militaires ou militaro-sécuritaires.
Selon cette logique, l'Iran, par exemple, agit sur la base de l'idée que les États-Unis se préparent à une guerre violente contre la République islamique. Ainsi, il n'a pas fermé sa porte; quiconque souhaite venir pour négocier a son opportunité, et s'il recherche une issue de secours à la dernière minute, la porte n'est pas fermée. Cependant, c'est une pièce vide en ce moment. Les autres pièces, qui débordent de monde, sont celles de la guerre, où l'alerte est maintenue sur la base que la guerre peut éclater à tout moment.
Selon ce qui parvient de la capitale iranienne, ce qui renforce l'hypothèse de la guerre est l'échec de deux grandes tentatives de changement sérieux en Iran. La première a eu lieu pendant la guerre de 12 jours, lorsqu’«Israël» a estimé que ce qu'il avait réalisé dans les 48 premières heures aurait dû suffire à contraindre l'Iran à se rendre à la table de Trump.
La seconde s'est produite à travers une vague de manifestations, où les faits sont devenus nombreux, concernant les actions de groupes liés aux services de renseignement israéliens et à certains organismes occidentaux. Les meurtres, les incendies et les destructions ont dépassé toute expectative, conduisant les autorités à adopter une fermeté accrue, ce qui a finalement permis d'étouffer ce qui semblait être une révolte armée, orchestrée par des groupes organisés à certains endroits, accompagnés de réseaux d'agents ayant commis des actes criminels dans les villes, notamment à Téhéran.
Pour l'Iran, les événements de juin ou de décembre, ainsi que le déploiement militaire américain actuel, sont amplement suffisants pour justifier un changement de comportement. Par conséquent, travailler selon la logique des intentions nous indique que tout le monde est en état d'alerte pour faire face à une situation dont personne ne sait comment elle se terminera.
Le nouveau dans tout cela est que l’alerte iranienne est également une réalité chez les alliés de l’Iran dans toute la région. Pour chacun d'eux, croire qu'il est possible de renverser le régime en Iran signifie infliger un coup dur à tout l’axe de la Résistance dans la région. Ainsi, les avertissements émis de part et d'autre, mettant en garde le Liban, l'Irak ou le Yémen contre l'intervention dans la guerre, ne suffisent pas à modifier la direction décidée par les forces alliées de l'Iran. Cela a contraint les Américains et leurs alliés dans la région à adopter un nouveau niveau de prudence et d'alerte. L'idée du chaos total est désormais sur la table.
«Réunion sécuritaire mondiale à Washington, réunissant des Américains, des Européens, des Israéliens et certains Arabes, avec des questions sur les objectifs clairs de la guerre»
Certains acteurs de la région, qui n'éprouvent pas de sympathie pour l'Iran et ne seraient pas contrariés par la chute de son régime, envisagent qu'une guerre aux contours flous, avec des incertitudes quant à ses résultats, les oblige à agir avec une extrême prudence face à son déroulement.
La conclusion sérieuse exprimée par les présidents de la Turquie, de l'Arabie saoudite et de l'Égypte est qu'une telle guerre pourrait conduire à de grandes catastrophes et que la région pourrait connaître une nouvelle forme de "chaos sécuritaire organisé", dont le champ d'action s'élargirait, surtout avec la haute motivation des alliés de l'Iran à riposter contre les Américains d'abord, puis contre «Israël» et même certaines capitales de la région. Cela semble être d’une intensité telle qu’un responsable du Golfe aurait déclaré : «Les partisans de l'Iran nous considéreront comme des partenaires dans leur sang, ce qui signifie que nous pourrions faire face à une menace sérieuse et à long terme.»
Cependant, les communications et réunions politiques professionnelles et techniques, gérées directement par les États-Unis, se poursuivent. Parmi elles, la grande réunion sécuritaire qui a récemment eu lieu dans la capitale Washington, réunissant au cours de deux jours, des chefs et des responsables des services de renseignement de plusieurs pays, y compris les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, «Israël», l'Arabie saoudite et d'autres membres de l'OTAN. On mentionne également une participation jordanienne, car tout le monde est convaincu que l'énorme déploiement de chasseurs de la flotte américaine à la base «Silver Star» en Jordanie joue un rôle crucial dans la guerre, et que les espaces aériens jordanien et syrien seront utilisés même sans l'accord des dirigeants des deux pays, comme c'est le cas en Irak et dans d'autres pays.
Selon des sources concernées, les délibérations se concentrent sur le mécanisme de travail contre l'Iran, où les États-Unis rassemblent de nombreuses cibles sécuritaires, militaires, économiques et civiles. Les représentants des services de renseignement du monde ont apporté leurs données et les ont remises au côté américain.
Cependant, selon ces mêmes sources, le plus important est la discussion pratique sur ce que pourrait accomplir cette guerre, ce qui est connu sous le nom de «évaluation» pratique de tous les aspects de la bataille. L'administration de la Maison Blanche, qui reçoit des briefings sécuritaires continus, vise à mettre le décideur au courant des spécificités de l'ennemi, mais elle souhaite obtenir des réponses claires sur la prochaine étape.
Selon les mêmes concernés, un acteur régional a pu rassembler ce qu'il considère comme des conclusions préliminaires sur les réunions de Washington, où il y a plus de questions que de réponses, parmi lesquelles figurent les suivantes :
Premièrement : Comment gérer les conditions politiques et militaires actuelles, qui diffèrent beaucoup de celles de juin dernier, et les décisions politiques ne sont pas claires assez, de plus, aucune indication précise n'a encore été donnée par la Maison Blanche concernant le type d'objectifs militaires à frapper.
Deuxièmement : Le transfert continu par les États-Unis de grandes capacités militaires vers la région n'est pas suffisant pour affirmer qu'il y a une correspondance avec la situation de juin dernier, lorsque Washington déployait effectivement un ensemble différent de porte-avions, en plus de systèmes de défense aérienne à plusieurs niveaux. Les améliorations dans le déploiement restent inférieures à ce dont Washington a besoin si la décision politique d'initier une opération militaire à grande échelle est prise, et cela pourrait nécessiter un long temps de confrontation. Cela impose la nécessité de fournir des renforts plus importants que ceux qui existent actuellement.
Troisièmement : une différence sérieuse existe entre ce qui est discuté aujourd'hui et l'objectif de juin dernier. Car, à l'époque, l'objectif était de réduire les capacités nucléaires de l'Iran, ainsi que de détruire ses systèmes de défense aérienne. Il n'y avait pas de point à l'ordre du jour concernant le changement du régime. Mais aujourd'hui, les choses semblent entièrement différentes, où il n'y a pas de clarté totale sur l'objectif de la campagne, et par conséquent, il sera difficile d'estimer les résultats à l'avance, et il n'y a pas de vision opérationnelle de ce que sera la situation en cas de succès de l'opération, ni quel sera le rôle des forces militaires ou comment agir et contrôler la situation en cas de chaos non prévu.
«L'armée américaine a besoin de renforts supplémentaires si elle décide de lancer une opération militaire à grande échelle, avec des avertissements concernant le risque que les alliés des États-Unis subissent de lourds frappes»
Quatrièmement : Il faut considérer que les Iraniens agissent avec une clarté totale, en ce sens que leur réponse sera grande voire très grande. Les forces concernées savent que l'Iran possède un immense arsenal de missiles et a la capacité d'agir à travers ses alliés répartis dans toutes les régions où l'armée américaine opère. Ces forces sont capables d'infliger de lourdes frappes aux troupes américaines présentes au Moyen-Orient, ainsi qu'à des infrastructures vitales, comme les sources et les raffineries de pétrole, ce qui pourrait entraîner des répercussions régionales plus larges.
Peut-être c’est ce qui pousse les forces régionales alliées des États-Unis à agir et à demander de faire preuve de prudence, sachant que tout le monde a entendu dire, en particulier de la part des États du Golfe, qu'elles sont extrêmement inquiètes des risques d'une explosion militaire à grande échelle qui pourrait mener à des troubles affectant le cycle économique.
Pour les concernés eux-mêmes, ces avertissements ne suffisent pas à empêcher une décision d'entrer en guerre, et il faut prendre en compte que les entités qui assistent le président américain dans la prise de décision aujourd'hui ne sont pas à la hauteur de ce que les États-Unis connaissent habituellement.
Ils font, par exemple, référence à un plan d'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro qui avait été proposé par les services de renseignement militaires américains il y a quatre ans, et que l'équipe entourant l'ancien président Joe Biden avait empêché sa mise en œuvre. Lorsque ce plan a été de nouveau présenté au président actuel en relation avec les développements au Venezuela, il s'est empressé de l'adopter, tout en répétant ce qu'il disait au sujet de l'hésitation et de la confusion de l'administration précédente.
Cet exemple est donné pour dire qu'il n'y a désormais personne aux côtés de Trump pour le contrôler, et que tout ce que font ses proches, c'est de le convaincre de retarder sa décision jusqu'à ce qu'il ait épuisé les chances d'obtenir ce qu'il veut sans une guerre à grande échelle.
Effectivement, tout le monde vit des jours et des heures de tension extrême, et l'idée qu'une guerre puisse avoir lieu est pratiquement présente dans les esprits, alors que la possibilité qu'elle ne se produise pas reste conditionnée à un facteur qui n'apparaît que dans les calculs des Américains. Il n'y a aujourd'hui personne dans le monde capable de lever la carte rouge devant le fou du monde.
*Article paru dans le quotidien libanais al-Akhbar, traduit par l’équipe du site
