Analyse exhaustive des résultats de la récente guerre: L’axe de la Résistance triomphe et perdure, les États-Unis s’affaiblissent
Par AlAhed
Plus de trois mois après la guerre américano-«israélienne» contre la République islamique d’Iran, les répercussions de cette confrontation continuent de peser sur la région et sur le monde. Elles alimentent de nombreux débats portant à la fois sur les résultats réels de la guerre et sur la question de savoir si Washington et «Tel-Aviv» ont réussi à atteindre les objectifs qu’ils avaient déclarés dès les premiers instants de l’offensive.
Dans une analyse juridique, politique et stratégique approfondie des conséquences de ce conflit, le conseiller juridique iranien, le Dr Mostafa Khorram Abadi, affirme — lors d’un entretien exclusif accordé à Al-Ahed — que l’évaluation des résultats d’une guerre ne se fonde pas uniquement sur le nombre de victimes ou l’ampleur des pertes matérielles. Elle dépend surtout de la mesure dans laquelle les belligérants parviennent à réaliser leurs objectifs stratégiques, politiques et militaires.
Khorram Abadi estime que la récente guerre a clairement illustré ce critère. Selon lui, les États-Unis et l’entité sioniste sont entrés dans le conflit avec des objectifs déclarés et explicitement formulés : renverser la République islamique d’Iran, démanteler l’axe de la Résistance et contraindre l’Iran à la soumission. Or, la réalité du terrain — et l’évolution de la scène politique — a montré un échec total de ces objectifs.
Il souligne que, dans les faits, les affirmations de victoire de l’Iran et de l’axe de la Résistance ne relèvent pas d’une simple spéculation politique ou médiatique, mais d’une réalité objective. Il ajoute que le président américain Donald Trump a répété à plusieurs reprises, avant et pendant la guerre, que les États-Unis étaient capables d’éliminer la République islamique d’Iran et l’axe de la Résistance en quelques jours. Il aurait même affirmé, dès le premier jour de la guerre, qu’il ne lui fallait que quatre jours ou une semaine pour renverser la République islamique. Quelques heures plus tard, il publiait sur Truth Social qu’il était temps de capituler.
Pour Khorram Abadi, ces déclarations ne constituent pas de simples paroles médiatiques. Elles auraient reflété les analyses américaines ayant servi de base à la guerre. Pourtant, les événements ultérieurs auraient révélé que ces calculs étaient très éloignés de la réalité.
À ce propos, il cite les propos de Joe Kent, ancien chef de la lutte antiterroriste américaine. Réputé pour sa vaste expérience en matière de sécurité et de domaine militaire, acquise dès son plus jeune âge au sein de l’armée américaine, Kent aurait affirmé que Trump était tombé dans le piège d’un «espoir naïf». Le plan américain, selon lui, reposerait davantage sur des vœux pieux que sur les réalités du terrain, ce qui expliquerait son échec.
Indicateurs de la victoire de l’Iran et de l’Axe de la Résistance
Khorram Abadi pose une question qu’il juge fondamentale pour comprendre l’issue de la guerre: pourquoi penser que l’Iran et l’Axe de la Résistance seraient sortis victorieux de ce conflit malgré le martyre du Leader de la Révolution islamique et de plusieurs hauts commandants militaires iraniens ?
Il répond que la réponse réside dans la compréhension de la trajectoire historique de la République islamique depuis la victoire de la Révolution islamique en 1979 jusqu’à aujourd’hui. Autrement dit, comparer l’Iran d’hier à l’Iran d’aujourd’hui permet de mesurer l’ampleur de la transformation stratégique accomplie au cours des dernières décennies.
Il rappelle qu’au début de la révolution, l’Iran était soumis à un isolement international étouffant, ainsi qu’à un embargo total qui l’empêchait même d’acquérir les équipements militaires et de défense les plus élémentaires.
Dans ce contexte, il cite les propos de l’imam martyr, sayyed Ali Khamenei, lors de sa rencontre avec les commandants des Gardiens de la révolution, le 26 janvier 1993. À cette époque, l’imam évoquait une période où les grandes puissances refusaient de vendre à l’Iran jusqu’au fil de fer barbelé. Il soulignait que beaucoup ignorent l’ampleur des souffrances endurées par la République islamique à ce moment-là.
Selon le récit de l’imam Khamenei, les puissances internationales ne refusaient pas seulement de vendre à l’Iran des armes et des munitions. L’ancienne Union soviétique aurait même bloqué le transit, sur son territoire, d’équipements de base achetés par l’Iran auprès d’autres pays. À ce stade, il ne s’agissait ni d’armes stratégiques ni de technologies de pointe : seulement d’équipements défensifs de base, qui ne dépassaient pas en importance le fil de fer barbelé et quelques fournitures essentielles.
Khorram Abadi insiste sur le fait que se souvenir de cette période est indispensable pour comprendre la situation actuelle de l’Iran. Il affirme que ce pays, autrefois incapable d’obtenir ne serait-ce qu’un fusil ou des munitions de base, est devenu — en moins d’un demi-siècle — capable de produire des systèmes de missiles avancés, des armes stratégiques et des technologies militaires qui constituent désormais une véritable force de dissuasion face à deux puissances nucléaires mondiales.
Il ajoute que ce succès est d’autant plus remarquable que l’industrie de défense iranienne repose presque entièrement sur des capacités nationales. Environ 97 % des équipements de défense iraniens seraient produits dans le pays. Autrement dit, l’Iran n’aurait pas bâti sa puissance militaire en s’appuyant sur des sources étrangères, mais sur l’autosuffisance et un développement national continu.
D’après lui, la récente guerre aurait fourni une preuve concrète de l’efficacité de cette approche. Après plus de trois mois de confrontation, les États-Unis — première puissance militaire mondiale — n’auraient atteint aucun de leurs principaux objectifs contre l’Iran. Ils n’auraient même pas réussi à établir un contrôle total sur l’un des points de passage maritimes les plus importants au monde: le détroit d’Ormuz.
Khorram Abadi souligne que cette question revêt une importance stratégique profonde. Il rappelle, à ce titre, que le pays incapable de fabriquer une seule balle il y a 47 ans possède aujourd’hui suffisamment d’éléments de puissance pour dissuader les États-Unis eux-mêmes et contrecarrer leurs projets militaires et politiques.
L’expérience libanaise
Dans son analyse de l’Axe de la Résistance, Khorram Abadi met l’accent sur l’expérience libanaise, qu’il considère comme un tournant majeur dans l’histoire du conflit israélo-arabe.
Il affirme qu’une étude de l’histoire arabe moderne montre que plusieurs grands États arabes, malgré leurs armées régulières, leurs avions de chasse et leurs importantes capacités militaires, n’ont pas résisté durablement à l’agression sioniste. Il cite notamment la guerre de 1967 et d’autres moments historiques.
La situation aurait cependant été différente au Liban. Là, la Résistance islamique — représentée par le Hezbollah — aurait réussi à tenir tête à l’armée d’occupation israélienne, pleinement soutenue par les États-Unis et l’Europe, pendant plus de quatre-vingt-dix jours.
Il soutient que cet exploit a surpris les experts militaires du monde entier. En effet, la Résistance ne disposait ni d’une force aérienne, ni d’une flotte navale, ni de chars d’assaut modernes. Pourtant, elle aurait affronté l’une des armées les plus lourdement armées au monde.
Il ajoute que l’occupation israélienne a historiquement réussi à occuper des villes et des villages palestiniens et arabes, malgré la présence d’armées arabes régulières dotées d’armements variés. Mais, selon lui, la Résistance libanaise aurait réussi à imposer une réalité entièrement différente, obligeant l’adversaire à se heurter à une opposition capable de freiner ses objectifs.
Dans ce cadre, il estime particulièrement significatif que la Résistance ne se soit pas engagée dans cette confrontation pour défendre ses propres intérêts, mais pour défendre le Liban, sa souveraineté et son territoire contre l’occupation et l’agression.
Il fait aussi remarquer que le chef du gouvernement d’occupation, Benjamin Netanyahu, n’a pas hésité à évoquer des projets expansionnistes allant du Nil à l’Euphrate, sans que cette rhétorique rencontre une opposition concrète comparable à celle des forces de la résistance. Ces dernières auraient affronté le projet sioniste à la fois sur les plans militaire et politique.
Les répercussions dépassent les frontières iraniennes
Au niveau régional, Khorram Abadi affirme que les effets de la guerre ne se sont pas limités à l’Iran. Ils auraient également touché plusieurs États arabes du Golfe, qui auraient traversé une phase sans précédent de pertes économiques et de pressions sécuritaires et militaires provoquées par l’implication des États-Unis dans le conflit.
Il indique que, selon des estimations du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), les pertes économiques dans plusieurs pays arabes accueillant des bases et des forces militaires américaines se situeraient entre 120 et 194 milliards de dollars. Il attribue ces pertes aux répercussions de l’escalade militaire dans la région.
Il ajoute que ces pertes n’auraient pas seulement affecté les gouvernements. Elles auraient aussi eu un impact direct sur le secteur privé, les investissements et les marchés financiers et commerciaux. Cela aurait alimenté une inquiétude croissante au sein des milieux économiques du Golfe.
Dans ce contexte, il cite la position adoptée par l’éminent homme d’affaires émirati Khalaf Ahmed Al-Habtoor, président du conseil d’administration de la Commercial Bank of Dubai. Celui-ci aurait critiqué la guerre menée contre l’Iran et aurait posé des questions directes au président américain Donald Trump : qui l’aurait autorisé à entraîner la région dans une nouvelle guerre ? L’administration américaine aurait-elle pris en compte l’ampleur des pertes que subiront les populations de la région avant de décider d’entrer en guerre ?
Mécontentement croissant face à la politique américaine dans la région
Khorram Abadi estime que ces positions reflètent le mécontentement croissant dans la région face à une politique américaine imposant de lourds coûts économiques et sécuritaires aux pays concernés.
Aux États-Unis, il affirme que la guerre aurait engendré une crise politique et institutionnelle sans précédent. Il souligne que ces derniers mois, les États-Unis auraient connu la démission ou le limogeage de plus de vingt hauts responsables militaires et politiques. Parmi eux : le chef d’état-major de l’armée de terre américaine, Randy George ; la procureure générale Pam Bondi ; le chef d’état-major des armées Charles Brown ; la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem ; ainsi que le commandant du Commandement de la formation et du développement de l’armée de terre américaine, David Howden — et d’autres personnalités importantes.
Il soutient que ces événements témoignent de l’ampleur des bouleversements au sein des institutions gouvernementales américaines. Selon lui, il s’agirait de conséquences liées à l’échec des objectifs déclarés de la guerre.
Il note également que le Sénat et la Chambre des représentants américains, malgré la majorité républicaine, auraient adopté des mesures visant à limiter les pouvoirs de guerre du président. Elles se seraient appuyées sur la résolution sur les pouvoirs de guerre, qu’il qualifie d’évolution exceptionnelle et sans précédent aux États-Unis depuis des décennies.
Il ajoute que ces mesures témoignent d’une crise de confiance grandissante au sein du système politique américain à l’égard de l’administration Trump. Elles confirment aussi, selon lui, que le président américain fait face à une crise croissante de sa popularité et de son acceptation politique.
Dans ce cadre, il cite un sondage de Newsweek selon lequel le taux d’approbation de Trump ne serait que de 34 %, contre environ 66 % d’Américains se déclarant insatisfaits de sa gestion du gouvernement et de la guerre.
Il mentionne aussi les déclarations de la députée américaine Yasmin Ansari. Celle-ci aurait évoqué des représentants estimant que Trump devrait être destitué en vertu du 25e amendement de la Constitution américaine, au motif qu’il ne disposerait pas des facultés mentales nécessaires pour gouverner.
Les erreurs de calcul de l’ennemi
Concernant les affaires intérieures iraniennes, Khorram Abadi affirme que l’une des plus grandes erreurs de l’occupation israélienne aurait été de croire que la guerre provoquerait des troubles internes en Iran, voire un soulèvement populaire contre la République islamique.
Selon lui, cette croyance reposerait sur des analyses erronées diffusées par Netanyahu. Elles auraient servi à convaincre Trump et seraient fondées sur l’idée que le peuple iranien se rangerait du côté de l’ennemi en cas d’attaque militaire de grande ampleur.
Or, affirme-t-il, il s’est produit l’inverse. L’Iran aurait connu une unité nationale largement consolidée autour de ses dirigeants et autour de l’État.
À cet égard, il rappelle les propos de l’Imam Khomeiny dans son testament. Il y affirmait que le peuple iranien, à l’époque de la Révolution islamique, possédait une foi, une conscience et un esprit de sacrifice tels qu’il est devenu un modèle exceptionnel dans l’histoire islamique contemporaine.
Il ajoute que la guerre aurait confirmé la justesse de cette vision. Les Iraniens seraient descendus massivement dans la rue et auraient fait preuve d’une forte cohésion nationale, malgré un contexte économique difficile et des sanctions déjà en vigueur.
Il note également que près de quarante millions de personnes se seraient inscrites à l’initiative «Janfeda» ou «Feda’iyin» — terme désignant des kamikazes — lancée pour exprimer la volonté de défendre la patrie, l’islam et l’axe de la Résistance.
Selon lui, les pressions économiques et la hausse des prix n’auraient pas affaibli la volonté populaire. Elles auraient au contraire renforcé la résilience et la cohésion nationale.
Une guerre sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU
Sur le plan juridique et international, Khorram Abadi souligne que la guerre américano-israélienne contre l’Iran était illégale et illégitime. Il avance qu’elle ne bénéficiait d’aucun mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies et qu’elle n’était pas fondée sur le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.
Il estime que les positions européennes ayant commencé à émerger contre cette guerre proviendraient non seulement d’arguments juridiques, mais aussi d’une compréhension politique et stratégique. Pour lui, les États-Unis n’auraient pas eu la capacité de soumettre l’Iran ni de renverser la République islamique.
Il ajoute que les Européens auraient également compris qu’une victoire décisive de Trump contre l’Iran lui donnerait un pouvoir accru pour faire pression sur l’Europe elle-même. Cela pourrait concerner, selon lui, des sujets comme le Groenland et d’autres questions politiques, économiques et militaires.
Il note que plusieurs responsables occidentaux auraient commencé à exprimer ces préoccupations avec une fréquence croissante ces derniers mois.
Il cite également les déclarations du président français Emmanuel Macron. Selon Khorram Abadi, Macron aurait affirmé à plusieurs reprises que la guerre américano-«israélienne» contre l’Iran n’est pas une guerre européenne. Il aurait soutenu que la solution devait être recherchée par la diplomatie et le dialogue, et non par la force militaire.
Khorram Abadi considère que ces positions auraient été formulées après que les pays occidentaux auraient pris conscience de l’ampleur des conséquences économiques de la guerre. Il mentionne notamment l’impact sur le transport maritime dans le détroit d’Ormuz et sur les marchés mondiaux de l’énergie.
La hausse des prix du carburant, de l’énergie, des transports et des assurances aurait exercé une pression croissante sur les économies européennes et américaines. Cela serait devenu, selon lui, un facteur déterminant dans l’opposition grandissante à la guerre aux États-Unis et en Occident.
Une nouvelle ère de puissance et de dissuasion
Khorram Abadi conclut en soulignant que la guerre récente aurait démontré l’entrée de la République islamique et de l’Axe de la Résistance dans une nouvelle ère de puissance et de dissuasion. Il affirme que les États-Unis et l’entité sioniste auraient échoué à atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés dès le premier jour de l’agression.
Selon lui, la leçon principale de cette guerre serait la disparition de l’illusion de pouvoir soumettre l’Iran par la force militaire. Il observe aussi qu’une conviction se renforcerait au sein de la communauté internationale : l’équilibre des forces dans la région ne serait plus déterminé uniquement par la volonté américaine.
Désormais, il serait façonné par un nouvel équilibre des puissances, imposé — d’après lui — par les sacrifices et la détermination des forces de résistance à travers toute la région.
