
La République de papier: Comment le mandat de Trump a révélé les défauts fatals de la démocratie américaine
Par Mohamad Hamoud*
Pendant des générations, les Américains ont appris que leur démocratie ne reposait pas sur les vertus des dirigeants, mais sur des institutions conçues spécifiquement pour contenir leur pouvoir. Les pères fondateurs ont rejeté les titres royaux et ont choisi le titre de «président», en référence à un rôle administratif limité plutôt qu'à celui d'un souverain. Comme l'a averti John Adams, la république doit être «un gouvernement de lois, et non d’hommes». Cependant, le début de l'année 2026, avec l'expérience de Donald Trump, a révélé que cette promesse était conditionnelle et qu'elle reposait moins sur la force de la loi que sur la retenue présidentielle. Une fois cette retenue disparue, il est devenu apparent que le système, dans sa structure actuelle, était incapable de se protéger.
Trump n'a pas renversé la démocratie américaine par la force, mais a mis à jour le vide qui l'érodait depuis longtemps. Les failles juridiques, l'immobilisme du Congrès et l'impunité des élites n'étaient pas de simples événements temporaires, mais des caractéristiques structurelles ancrées dans le système. Sa présidence a révélé que la crise ne se résumait pas à un comportement individuel inapproprié, mais qu'elle représentait un échec systémique profond touchant au cœur de la gouvernance américaine.
Loi sur la rébellion : une faille qui ouvre la porte à l'occupation intérieure
L'échec le plus manifeste réside dans les pouvoirs quasi absolus que confère la loi sur la rébellion de 1807 au président de la République. Cette législation, qui n'a jamais fait l'objet d'une mise à jour substantielle, permet à une seule personne de définir unilatéralement ce que signifie «rébellion» et d'ordonner le déploiement de forces militaires sur le territoire national.
En janvier 2026, suite au meurtre de Renée Nicole Good par un agent de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) à Minneapolis, Trump a dépassé l'autorité de l'État et a menacé d'intervention militaire. Selon des rapports de PBS News, il a promis d'activer la loi de la rébellion pour mettre fin aux manifestations, traitant effectivement les villes américaines comme des territoires occupés. La menace seule suffisait à décourager l'opposition. Le message était clair : le droit de se rassembler n'existe que si le président le permet.
Ce n'était pas un échec d'exécution, mais un échec de conception. Un système qui permet à une seule personne d'armer le gouvernement intérieur appelle sans aucun doute à un régime autoritaire.
Protestations à l'étranger et terrorisme à l'intérieur!
La vision sélective de Trump sur l'opposition a mis en lumière l'hypocrisie du système. Alors qu'il louait les manifestants anti-gouvernementaux en Iran, son administration qualifiait les manifestants locaux de «terroristes». Après le meurtre de Renée Good, la ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a justifié la fusillade en qualifiant la victime de «terroriste locale», selon des rapports de PBS News.
Cette double distinction était une politique et non simplement un discours. La manifestation est considérée comme démocratique lorsqu'elle affaiblit des adversaires étrangers, mais devient un crime lorsqu'elle défie l'autorité fédérale à l'intérieur. Une fois que l'exécutif prend le contrôle des forces de l'ordre et de l'armée, les protections constitutionnelles deviennent inapplicables.
La vengeance comme nouvelle loi
Ce qui est également frappant, c'est la facilité avec laquelle le «Département de la Justice» a été transformé en outil de pouvoir personnel. Reuters a rapporté qu'à la fin de 2025, l'administration Trump avait ciblé plus de 470 individus et organisations, dans ce qu'elle a publiquement qualifié de campagne de représailles claire.
Trump a veillé à ce que le pouvoir personnel remplace les normes juridiques en nommant des alliés, tels qu'Alina Habba, à des postes judiciaires clés. Selon des rapports du Guardian en janvier 2026, son refus des contraintes légales au profit de «son propre esprit» n'était pas qu'un discours, mais était devenu une doctrine officielle. Et même lorsque les poursuites judiciaires échouaient, leur simple existence imposait une punition – allant de la destruction financière à l'intimidation et à la dissuasion. La loi est devenue totalement subordonnée à ce que le président considère comme moral.
La capitulation du Congrès
L'échec le plus profond réside dans le Congrès, la branche destinée à contrôler le pouvoir exécutif. Le Congrès n'a pas perdu son pouvoir, mais l'a, au contraire, cédé de son plein gré. L'argent, et non le devoir constitutionnel, est devenu le critère déterminant du comportement des législateurs.
Cela se manifeste clairement à travers l'influence de l'AIPAC et de son immense fonds politique : le projet de démocratie unifiée. Selon des rapports d'Al Jazeera et du Guardian, plus de 100 millions de dollars ont été injectés dans les courses du Congrès pour garantir la conformité. Lorsque Trump contourne le Congrès pour envoyer des milliards de dollars d'armes à «Israël» ou pour mener des actions militaires sans déclaration de guerre, les députés restent muets, craignant de faire face à des défis électoraux primaires bien financés. Dans ce climat, les contrôles et les équilibres ne sont plus que des formalités.
Le vide moral au sein du pouvoir
La dernière preuve de cet échec est la double discrimination institutionnelle en matière de confiance. Un employé ordinaire dans une installation nucléaire est soumis à un examen psychologique rigoureux, tandis que la personne détenant le pouvoir de lancer des armes nucléaires n'est soumise à aucun contrôle. Comme l'a signalé le Brennan Center for Justice, le système repose entièrement sur «l'honneur» de la personne en charge – une hypothèse fragile que Trump considérait comme une faiblesse.
Conclusion : Trump, une preuve non une exception
Trump n'a pas détruit la démocratie américaine, mais a prouvé qu'elle ne fonctionne plus comme elle le devrait.
Un système qui permet au président de réprimer les manifestations, de menacer d'occupation militaire, de poursuivre ses détracteurs, de s’enrichir au pouvoir et de déclarer qu'il est soumis uniquement à sa propre moralité, tout en laissant le Congrès silencieux, n'est pas une démocratie efficace. C'est une démocratie sur papier, et un pouvoir autoritaire dans la réalité.
Les fondateurs craignaient la royauté. Ce que Trump a révélé est encore plus grave : une présidence légale avec des pouvoirs semblables à ceux d’un roi, protégée par des failles juridiques et un Congrès financé et asservi. L'échec n'est plus théorique ; il a été éprouvé. C’est un échec flagrant.