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Le féminisme d’Etat au Venezuela après le Prix Nobel de la Paix 2025

Le féminisme d’Etat au Venezuela après le Prix Nobel de la Paix 2025
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Par Catherine Castro*

Il semble bien loin le temps du Nobel de la Paix attribué aux femmes durant et après la guerre froide pour leurs luttes en faveur de l’éducation des enfants, et l’autodétermination des peuples comme Bett Wiliams (1976) et Rigoberta Menchu (1992). A l’ère du «Great Again», les institutions internationales, sous couvert de paix et de droit, couronnent les figures féminines alignées à la démocratie occidentale, reproduisant les logiques de domination en leur sein. La paix est alors moins la manifestation de l’émancipation des peuples qu’un dispositif de normalisation avec l’hégémonie culturelle des grands hommes.

Depuis l’attribution du Prix Nobel de la paix en octobre 2025 à Maria Corina Machado, l’ex-députée vénézuélienne et figure majeure de l’opposition au régime de Nicolas Maduro, l’image de la femme vénézuélienne, jusqu’alors invisibilisée, occupe le devant de la scène numérique et médiatique. Avec l’enlèvement de Célia Flores et de son mari Nicolas Maduro, et l’investiture de Delcy Rodriguez présidente par intérim de la république bolivarienne de Venezuela, cette image se démultiplie et s’amplifie dans les miroirs grossissants des débats géopolitiques. Des débats sur le droit international et la souveraineté des nations qui tentent de masquer le rôle de la femme dans la géostratégie du monde latino-américain. 

Trois femmes citoyennes modélisent, chacune à sa manière, les stratégies du pouvoir politique du Venezuela post-Maduro. «Une femme qui maintient la flamme de la démocratie allumée au milieu d’une obscurité grandissante». C’est par cette rhétorique manichéenne de l’âge des ténèbres que le président du comité Nobel, Jorgen Watne Frydness, désigne la lauréate Maria Corina Machado qui par ailleurs avait remporté deux prix distincts décernés par la communauté européenne en 2024 : le prix Sacharov et le prix Vaclav Havel des droits de l’homme. Portant, Mme Machado n’a ni œuvré pour les droits des autochtones à reconnaitre leur diversité ni financé leurs structures sociales par les revenus pétroliers. C’était l’œuvre de Hugo Chavez. Mme Machado n’a pas réglé les causes politiques de la faillite économique du Venezuela, et de Cuba. Elle n’a pas œuvré à l’unification de l’opposition vénézuélienne comme le proclame Monsieur Frydness. Figure de la grande bourgeoisie, elle a participé au coup d’état contre Chavez entre 2002 et signé le décret Carmona qui a dissous l’Assemblée nationale. Mme Machado a donc obtenu le prix Nobel de la paix parce qu’elle porte l’étendard des démocraties libérales occidentales qui considèrent qu’«Israel» est la seule démocratie au Moyen-Orient. Première femme à s’opposer radicalement au régime chaviste, désavouée par Donald Trump, elle est obligée d’accepter son hospitalité calculée. Car qui aurait pu empêcher Trump de la parachuter dans le complexe militaire de Nicolas Madura pour finaliser la scène hallucinante de l’enlèvement ? Deus ex machina version Netflix. 

N’en déplaise au comité Nobel, séniora Machado est exfiltrée correctement du Venezuela. Sa visite express au Vatican n’est qu’une mise en scène d’un blanchiment moral de celle qui a mercantilisé le Prix Nobel, et vendu la paix au Méphistophélès du nationalisme agressif, en lui remettant le trophée de la honte.  Paix et Guerre, circulation de marchandises sur la scène mondiale du leadership carnivore. 

Tel n’est pas le cas de la présidente par intérim camarade Delcy Rodriguez. La sœur du président actuel de l’assemblée nationale a reçu une éducation marxiste intransigeante, elle considère que la révolution bolivarienne est venue «venger» son père Jorge Antonio Rodriguez, combattant mort en détention alors qu’elle n’avait que sept ans. Par-là, elle fait appel à la pensée de Hanah Arendt pour qui l’idéal politique demeure teinté d’affection. Nous ne serons plus jamais la colonie d’un empire’’, a-t-elle lancé pour démentir Trump qui l’a traitée de ‘’gracieuse’’ prétendant qu’elle s’est réunie avec Marco Rubio, secrétaire d’état des Etats-Unis.  Gracieuse et décente est sa participation au ‘féminisme d’État’’ chaviste. Première femme ministre des Affaires Etrangères et puis ministre des Finances et du pétrole, qui a essayé de contourner les sanctions de Trump, Rodriguez représente une figure de résistance géopolitique et une stratégie de survie sans parvenir à réhabiliter la souveraineté de son pays ni à développer un discours féministe autonome. Première femme investie présidente par les forces armées vénézuéliennes, elle vient d’annoncer une ‘’réforme partielle’’ de la loi sur le pétrole en même temps que sa concitoyenne exfiltrée a privatisé la paix à Trump.

Entre ces deux profils construits et déconstruits au gré des circonstances factuelles, émerge le faux-portrait viral de la «Première Combattante» Cilia Flores Maduro. L’ancienne avocate de Hugo Chavez parait avec un bandage sur le front et un hématome sous l’œil gauche, la tête haute devant le micro, et sur le pupitre une bouteille d’eau et un cahier de notes ouvert. Si les signes de violence sont inspirés du plaidoyer de son avocat à la Cour Fédérale de New York, le 5 janvier 2026, les autres éléments relèvent d’une grotesque image palimpseste d’une comparution au conseil de sécurité des Nations Unies. Est-ce l’image du droit international captif de la violence physique ou à l’inverse un féminisme d’Etat fissuré et dont la parole est contrôlée ? Cilia a résisté, a cherché d’abord à protéger son mari ? elle fut tabassée ou victime d’un faux pas ? Isolée des menaces publiques vociférées de Trump, Cilia est manipulée esthétiquement et expose sur les écrans du monde une superpositions d’idéologies contrastées.

Le féminisme d’État vénézuélien, incarné par Delcy Rodriguez et Cilia Flores, révèle une géopolitique féministe captivée par les logiques de pouvoir. Face à la marchandisation de la paix par Maria Corina Machado, ces figures exposent les fissures d’un contrat social brisé : la paix n’est plus un équilibre entre liberté et volonté générale (J.J Rousseau) mais un ordre disciplinaire aliénant et désavoué.

*Analyste et militante libanaise marxiste 
 

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