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L’humanisme bolivarien, otage de l’impérialisme terroriste

 L’humanisme bolivarien, otage de l’impérialisme terroriste
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Par Catherine Castro

A l’aube du 3 janvier 2026, le peuple latino-américain s’est confronté à nouveau à son terrible sort : l’oppression Yankee, un cauchemar impuni.

Que l’opération Détermination Absolue (Absolute Resolve) divise la communauté internationale sans vraiment l’ébranler n’a rien de surprenant. Ceux qui qualifient le Hamas d’organisation terroriste sont les mêmes qui se sont réjouis de la «capture» du «tyran» Nicolas Maduro. Inutile de les citer, président par président, état par état. Le mutisme arabe est un choix stratégique pour ne pas déstabiliser la présence militaire américaine dans la région. Maduro, camarade intercontinental du feu sayyed Hasan Nasrallah, n’a pas le droit d’être défendu, soutenu, protégé. Le soutien d’Emmanuel Macron est honteux, d’autant plus qu’il est une réaction ubuesque et défaitiste aux singeries de Donald Trump à son égard. Le glissement sémantique est l’emballage rhétorique de la complicité des médias avec l’impérialisme terroriste : Le chef d’Etat Maduro n’est pas enlevé, kidnappé depuis son complexe militaire à Caracas, il est «arrêté», «capturé», «exfiltré».  En d’autres termes, c’est un barbare qui mérite d’être civilisé sur le territoire américain. Un néo colonialisme déterritorialisé.

Certains dirigeants se sont indignés au nom du droit international : en réalité, ils appréhendent de subir le même sort de Maduro. Tous les dirigeants arabes et musulmans, occidentaux, africains, et latino-américains peuvent être à la place de Maduro et de sa femme Cilia Flores, murmure tout bas la communauté internationale. Oui, mais Maduro le chaviste peut-il être à la place de tout le monde ? Nicolas Maduro, le christ panaméricain crucifié pour sauver le monde de l’impérialisme vampirique ?

Maduro, chauffeur routier puis syndicaliste né à Caracas en 1962, est héritier, à sa manière, des idéaux du général Simon Bolivar (1783-1830), réhabilités par le général Hugo Chavez (1954-2013), sous le nom du Socialisme du XXIe siècle.

Au niveau politique, les dérives autoritaires de Maduro ressemblent à une contre-révolution bolivarienne. Tel n’est pas le cas au niveau culturel, militaire et surtout au niveau des alliances panaméricaines (ALBA, TCP, UNASUR) et les mobilisations populaires au Mexique, au Venezuela, en Colombie, à Cuba, au Brésil sont la preuve réjouissante que ces alliances militaires, économiques, basées surtout sur l’échange des services et que l’Occident a discréditées, sont toujours en vigueur.

Et c’est là que se révèlent expressivement, massivement, l’héritage bolivarien et la nostalgie de la Grande Colombie (1819-1831) ; le chant chilien scandé aujourd’hui : «El pueblo Unido jamas sera vencido!» (Le peuple uni ne sera jamais vaincu !) sur le continent latino-américain est la version populiste de cette unité stratégique pluri-étatique, que fut la Grande Colombie contre la Couronne Espagnole.

Simon Bolivar, issu de la race créole aristocratique, stratège militaire d’envergure et homme d’Etat rêveur, président du Venezuela, fut le libérateur de l’Amérique Espagnole et non son conquérant- comme le seront également Emiliano Zapata, Fidel Castro, Ernesto Che Guevera mais à petite échelle. Il avait la conscience des classes comme Salvadore Allende et Hugo Chavez. Bien avant Lénine, Bolivar a œuvré pour l’autodétermination des peuples et des nations.

El Libertador est l’homme de tous les contrastes : il a libéré les esclaves multiraciaux pour les envoyer mourir au front contre les royalistes qui les ont asservis, les Espagnols et Canariens récalcitrants à intégrer son armée patriotique furent tués sur le champ, c’est le fameux Décret de Guerre à mort (1813) ratifié au Venezuela. La libération a exigé une extrême violence, et cette violence a fondé les Nations des Etats d’Amérique Latine. Tel semble le déséquilibre des forces aujourd’hui entre les Etats Unis d’Amérique et les nations de l’Amérique Latine. L’Etat violent de Max Weber contre le refus du déterminisme historique de Franz Fanon. Derrière cette asymétrie idéologique, se profile l’inégalité des forces de production.

De point de vue marxiste, la force motrice de l’histoire n’est pas l’action des grands hommes (que l’on vient de citer, à titre d’exemples) mais le développement des forces productrices. Or le Venezuela sous les sanctions américaines n’arrive plus à consommer comme avant (pénuries chroniques, 70% de la population sous le seuil de pauvreté en 2023) et les Etats Unis d’Amérique n’arrivent plus à produire comme avant (dette brute qui dépasse les 38000 milliards de dollars en 2025). Ce développement inégal (Trotski) de toutes sortes de cumulations (dettes, sanctions) s’est implosé dans un impérialisme terroriste qui s’impose à l’Histoire en «suant le sang et la boue par tous les pores» (Marx). L’enlèvement de Maduro, acte fondateur d’un internationalisme post-messianique ? L’histoire le dira avec ou sans emballage rhétorique.

Face à l’impérialisme terroriste et à ses coups de force, l’héritage bolivarien doit survire dans les luttes populaires. Les Misiones educativas, la révolution des Barrios, inspirées par la pédagogie des opprimés de Paulo Freire restent les remparts de la dignité latino-américaine. Ces espaces d’émancipation, forgés par Chavez et portés par les mouvements sociaux, et des coalitions transnationales (CLOC) sont la preuve vivante que là où les États échouent, le peuple, uni et conscient, incarne la seule garantie de l’idéal bolivarien.

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