Élections «israéliennes»: L’impasse politique ouvre trois scénarios pour former le «gouvernement»
Par Assia Husseini
Les résultats définitifs des élections «israéliennes» ne permettent à aucun des deux principaux camps de réunir les 61 sièges nécessaires à la formation d’un «gouvernement». Entre négociations avec les partis arabes, risque de nouvelles élections et éventuel gouvernement d’union nationale, trois scénarios se dessinent.
Le «Likoud» de Benjamin Netanyahu et ses alliés de la «droite radicale» ont obtenu 53 sièges à la «Knesset», un résultat inférieur aux 61 sièges requis pour disposer de la majorité absolue.
Le camp de Netanyahu recule ainsi par rapport aux 64 sièges qu’il avait remportés lors des élections de 2022.
De son côté, le camp de l’opposition associé à Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée «israélienne», a obtenu 48 sièges. Les deux listes arabes, la Liste arabe unie et la Liste commune, ont remporté ensemble 19 sièges, un résultat historique pour les Palestiniens qui vivent à l’intérieur des frontières de 1948 et qui possèdent la «citoyenneté israélienne».
Pour l’analyste politique palestinien Saleh Abou Azza, ce scrutin a réservé plusieurs surprises. Il avance trois scénarios possibles pour la formation du prochain «gouvernement».
Les surprises du scrutin
La première surprise concerne le résultat du Likoud. Selon Saleh Abou Azza, les sondages publiés au cours des six mois précédant les élections annonçaient un score bien plus faible pour le parti.
Durant le dernier mois, voire les deux derniers mois de la campagne, les enquêtes d’opinion lui accordaient entre 17 et 21 sièges. Elles plaçaient également le parti «Yashar», dirigé par Eisenkot, devant le «Likoud».
Le résultat final a toutefois inversé cette tendance : le «Likoud» a obtenu 27 sièges, soit six de plus que le parti d’Eisenkot.
La deuxième surprise concerne le vote arabe. Selon l’analyste, la participation des électeurs arabes a avoisiné les 80 %. Il présente ce taux comme historique, à l’image des 19 sièges remportés au total par les deux listes arabes.
Le Likoud en tête, mais son camp privé de majorité
Saleh Abou Azza distingue le résultat du «Likoud» de celui de l'ensemble du camp de Netanyahu. Si le parti est arrivé en tête, ses alliés ne disposent plus de la majorité nécessaire pour former seuls un «gouvernement».
Le principal changement politique réside donc dans la perte de la majorité parlementaire du camp de Netanyahu, malgré la première place du «Likoud».
Trois scénarios pourraient dès lors se présenter.
Premier scénario: un «gouvernement» dirigé par Eisenkot avec le soutien des listes arabes
Dans cette première hypothèse, Eisenkot pourrait être chargé en priorité de tenter de former le «gouvernement».
Saleh Abou Azza estime qu’il pourrait recueillir davantage de recommandations de députés que Netanyahu lors des consultations menées par le «président de l’entité israélienne» Isaac Herzog.
Le chef du «Likoud» pourrait compter sur les recommandations des 53 députés de son camp. Eisenkot, qui dispose de 48 députés, aurait besoin d'au moins six recommandations supplémentaires pour le devancer.
Ces voix pourraient provenir des listes arabes, notamment de la Liste arabe unie, dirigée par Mansour Abbas. Avec ses huit députés, celle-ci porterait à 56 le nombre de recommandations en faveur d’Eisenkot, contre 53 pour Netanyahu.
Eisenkot pourrait alors se voir confier la mission de former le «gouvernement». Il disposerait d'un délai de 28 jours, susceptible d'être prolongé de 14 jours supplémentaires, selon les règles applicables.
Il pourrait chercher à obtenir le soutien des listes arabes sans les intégrer directement au «gouvernement». Les formations de son camp constitueraient alors la coalition gouvernementale, tandis que les députés arabes lui apporteraient leur soutien afin de mettre fin au pouvoir de Netanyahu.
Une autre possibilité serait celle d'un «gouvernement» minoritaire. Dans le scénario avancé par Abou Azza, Eisenkot pourrait s'appuyer sur les 56 recommandations obtenues avec le soutien de la Liste arabe unie, tandis que la Liste commune s'abstiendrait. Cette configuration ne lui garantirait toutefois pas une majorité absolue de 61 sièges.
Cette option se heurterait à deux difficultés majeures.
La première serait le refus de certains partenaires d’Eisenkot de dépendre des partis arabes. Saleh Abou Azza cite notamment Avigdor Lieberman. Eisenkot devrait donc convaincre ses alliés d'accepter cette coopération.
La seconde difficulté concernerait la stabilité du «gouvernement». Son maintien au pouvoir dépendrait du soutien des listes arabes et de sa capacité à répondre à leurs revendications.
Selon l'analyste, si le «gouvernement» ne satisfaisait pas certaines de leurs demandes essentielles, ces listes pourraient retirer leur soutien et contribuer à sa chute. Eisenkot devrait donc à la fois rallier ses partenaires à cette formule et préserver l'appui des députés arabes.
Deuxième scénario : l'échec des négociations et de nouvelles élections
Dans cette deuxième hypothèse, Eisenkot échouerait à former un «gouvernement». La mission pourrait alors être confiée à Netanyahu, qui disposerait à son tour d'un délai pour tenter de réunir une coalition.
Si ce dernier échouait également, le pays pourrait se diriger vers de nouvelles élections.
Saleh Abou Azza estime que les tentatives successives de formation d'un «gouvernement», suivies de l'organisation d'un nouveau scrutin, pourraient s'étendre sur plus de six mois. Durant cette période, Netanyahou resterait à la tête du «gouvernement» en place.
Selon l'analyste, cette impasse politique ne l'empêcherait pas, sur le plan institutionnel, de prendre des décisions militaires ou de conclure des accords avec les États-Unis, notamment sur une éventuelle guerre contre l'Iran ou d'autres dossiers régionaux.
L'absence d'un nouveau «gouvernement» ne priverait donc pas Netanyahu de sa capacité à engager des opérations militaires ou à prendre des décisions majeures en matière de sécurité.
Troisième scénario: Un «gouvernement d'union nationale» avec une rotation à sa tête
Le troisième scénario serait la formation d'un «gouvernement d'union nationale» réunissant exclusivement des partis sionistes.
Selon Saleh Abou Azza, les États-Unis chercheraient à favoriser cette option. Netanyahou pourrait également y trouver son intérêt, puisqu'elle lui permettrait de conserver le pouvoir.
Dans cette configuration, Eisenkot rejoindrait une coalition avec Netanyahu. Les deux hommes se partageraient le poste de «Premier ministre» selon une formule de rotation : Netanyahu dirigerait le «gouvernement» durant les deux premières années, avant de céder la place à Eisenkot pour les deux années suivantes.
Selon l'analyste, Netanyahu chercherait à mettre à profit ces deux années pour régler les problèmes auxquels il est confronté, notamment ceux liés à son procès.
Cette période coïnciderait également avec les deux dernières années du mandat du président américain Donald Trump. Saleh Abou Azza estime ainsi qu'un tel accord pourrait convenir à la fois à l'administration américaine et à Netanyahu, qui conserverait la direction du «gouvernement» pendant la première moitié de la législature.
Une impasse politique aux multiples issues
Ces élections n'ont donc pas permis de trancher la bataille politique. Malgré sa première place, le camp de Netanyahu a perdu sa majorité et ne peut gouverner seul. Les listes arabes pourraient ainsi devenir les arbitres des négociations, alors que certains responsables de l'opposition refusent toute dépendance à leur égard.
Entre la formation d'un gouvernement minoritaire, un accord de partage du pouvoir et de nouvelles élections, l'issue dépendra des négociations et des concessions que chaque camp sera prêt à accepter.
