Iran: Une nouvelle confrontation avant un accord?
Par Assia Husseini
Le risque d’une nouvelle confrontation militaire avec l’Iran s’accentue. Selon le média américain The Hill, l’armée américaine aurait terminé ses préparatifs en vue de nouvelles frappes. Dans le même temps, Donald Trump continue de menacer Téhéran tout en laissant la porte ouverte aux négociations.
Une nouvelle opération militaire pourrait-elle conduire à un accord plus large dans la région, ou ouvrirait-elle une nouvelle phase d’une guerre sans fin claire ?
Washington entre préparation militaire et négociations
Selon The Hill, le Commandement central américain (Centcom) a élaboré des plans permettant de frapper l’Iran sur ordre du président américain. Le média, qui cite une source proche du dossier, affirme que les forces américaines seraient prêtes à agir, dans l’attente d’une décision politique.
Ces informations interviennent alors que le président américain a évoqué, dimanche à l’aube, une possible attaque dès le lendemain. Interrogé par des journalistes alors qu’il votait aux élections de mi-mandat, dans le comté de Palm Beach, en Floride, Trump a refusé de préciser l’état des préparatifs militaires.
«Vous pensez vraiment que je vais vous le dire ? Il est possible que je le fasse, peut-être demain », a-t-il déclaré, avant d’évoquer une autre issue: «un bon et grand accord».
Trump a également affirmé que les Iraniens souhaitaient négocier, tout en mettant en doute leur volonté de respecter un éventuel accord. «J’ai agi très efficacement face à l’Iran. Je pourrais devoir terminer le travail, ou les Iraniens pourraient parvenir à un accord», a-t-il ajouté.
Des préparatifs militaires qui ne signifient pas nécessairement une attaque imminente
Pour le général Hicham Jaber, expert militaire et stratégique, il n’est pas toujours possible de séparer clairement la menace des préparatifs de guerre. Un pays peut préparer une attaque et utiliser ces préparatifs pour faire pression sur son adversaire, sans avoir encore décidé de passer à l’action.
Il explique que des forces peuvent être déployées et des plans finalisés, puis l’opération annulée au dernier moment.
L’existence de plans militaires montre donc qu’une attaque est possible, mais elle ne prouve pas que la décision a été prise.
Parmi les signes susceptibles d’annoncer une escalade, le général Jaber cite le rappel des réservistes, les consignes adressées aux civils pour rejoindre des abris, ou encore les appels de pays étrangers à leurs ressortissants pour quitter les zones menacées.
De telles mesures renforcent les inquiétudes, sans pour autant rendre la guerre inévitable. Entre la fin des préparatifs et l’ordre d’attaquer, les calculs politiques et les négociations peuvent encore changer la situation.
Les communications, un enjeu stratégique
Le général Jaber souligne également l’importance des réseaux de communication. Leur interconnexion aux niveaux local, régional et international en fait un élément essentiel de la coordination militaire.
En cas de confrontation, chaque camp peut chercher à perturber les communications de son adversaire afin de limiter sa capacité à transmettre des informations et à coordonner ses forces.
Les réseaux de communication font ainsi partie des éléments importants du conflit, aux côtés des opérations militaires directes.
Trump et Netanyahou face à des calculs électoraux différents
Le calendrier électoral américain constitue, selon le général Jaber, un facteur susceptible de peser sur les décisions de Donald Trump. Selon lui, une guerre de grande ampleur contre l’Iran pourrait avoir un coût politique intérieur et affecter les perspectives électorales de son parti.
Les résultats de mi-mandat pourraient également modifier sa marge de manœuvre au Congrès. Cependant, le calendrier électoral ne permet toutefois pas, à lui seul, de prévoir la date d’une éventuelle attaque.
Concernant Benjamin Netanyahou, Jaber considère qu’une escalade pourrait servir ses intérêts politiques. Selon son analyse, le Premier ministre israélien pourrait chercher à obtenir un succès militaire pour améliorer sa position électorale, ou à créer une situation favorisant le report des élections.
Cette interprétation reste une analyse de ses motivations possibles. Une guerre ne provoque pas automatiquement le report des élections «israéliennes» : une telle décision dépend de procédures juridiques et politiques.
Le risque d’un engrenage régional
Le général Jaber met en garde contre un scénario dans lequel «Israël» lancerait une opération militaire ou une opération de renseignement contre l’Iran, provoquant une riposte iranienne susceptible d’entraîner une intervention américaine.
Une telle séquence pourrait élargir rapidement le conflit, même si Washington ne souhaitait pas initialement s’engager dans une guerre de grande ampleur. Le principal danger résiderait alors dans l’enchaînement des frappes et des représailles : chaque opération pourrait susciter une réponse plus importante et rendre l’escalade plus difficile à contenir.
L’ampleur de la riposte iranienne, le bilan humain et le degré d’implication des États-Unis pèseraient sur l’évolution de la confrontation. Une opération présentée comme limitée pourrait ainsi déboucher sur un conflit régional aux conséquences imprévisibles.
Une dernière confrontation avant un accord ?
Selon le général Jaber, une nouvelle confrontation pourrait précéder un cessez-le-feu et de nouveaux arrangements politiques. Il envisage l’hypothèse d’une dernière grande séquence militaire à l’issue de laquelle les parties seraient davantage disposées à rechercher une solution négociée plutôt qu’à poursuivre les affrontements.
Cette perspective demeure néanmoins une hypothèse, et non une issue garantie. Le général Jaber exprime d’ailleurs l’espoir qu’une nouvelle guerre puisse être évitée.
À ce stade, deux scénarios restent envisageables : une intensification de la pression militaire qui déboucherait sur un compromis, ou une nouvelle confrontation dont les conséquences dépasseraient les objectifs initiaux.
Rien ne permet toutefois d’affirmer qu’une guerre déboucherait nécessairement sur une paix régionale. L’issue dépendrait de la capacité des parties à maîtriser l’escalade, à mettre fin aux hostilités et à transformer un éventuel cessez-le-feu en un accord durable.
