noscript

Please Wait...

sayyed-martyre2026

L’Égypte face à la guerre au Yémen: Défendre l’Arabie au risque d’une confrontation avec Ansarullah ?

L’Égypte face à la guerre au Yémen: Défendre l’Arabie au risque d’une confrontation avec Ansarullah ?
folder_openRapports access_timedepuis 18 heures
starAJOUTER AUX FAVORIS

Par Assia Husseini

La demande du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi visant à obtenir l’autorisation du Parlement pour un éventuel soutenir militaire à l’Arabie saoudite ouvre un débat sur le rôle du Caire dans le conflit avec Ansarullah. Elle soulève une question centrale : une mission présentée comme défensive pourrait-elle entraîner l’Égypte dans une confrontation directe au Yémen ?

Al-Sissi demande l’autorisation de prendre des mesures destinés à soutenir et à défendre l’Arabie saoudite, à la demande de Riyad. En vertu de la Constitution égyptienne, l’envoi de forces armées dans une mission de combat à l’étranger nécessite l’avis du Conseil de défense national et l’approbabtion des deux tiers des députés.

Mais la qualification de «mission défensive» ne suffit pas à dissiper les interrogations. Les forces égyptiennes seraient-elles chargées uniquement d’intercepter des missiles et des drones, ou devraient-elles également protéger les installations stratégiques et les frontières saoudiennes ? Quelle serait leur réponse en cas d’attaque ? Et quelles garanties permettraient d’éviter que leur mission ne débouche sur des frappes contre le territoire yéménite ?

Le report des discussions parlementaires au lundi 26 octobre renforce ces interrogations. Aucune décision définitive n’a encore été annoncée. Si les partis de la majorité affichent leur soutien à l’initiative, certains députés expriment leur opposition ou des réserves, notamment concernant les objectifs, la durée et le coût d’un éventuel engagement militaire.

Des objectifs militaires encore flous

Pour Gamal Zahran, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université du canal de Suez, les annonces publiques ne permettent pas de saisir l’ensemble des raisons de cette initiative. Il rappelle que la mission annoncée consiste à repousser les attaques et à protéger les frontières saoudiennes, sans prendre part à des opérations offensives contre le Yémen.

L’universitaire s’interroge toutefois sur l’existence d’éventuels accords en coulises susecptibles de modifier le périmètre de l’engagement égyptien.

Il s’agit de son analyse politique. Gamal Zahran évoque des discussions possibles en coulisses, sans présenter de preuves confirmant un accord précis. Cette hypothèse relève de son analyse : aucun élément présenté ne permet, à ce stade, de confirmer l’existence d’un accord précis non rendu public.

Selon lui, les prochains jours pourraient permettre de mieux comprendre les raisons de l’initiative égyptienne et la nature de l’engagement attendu du Caire.

Gamal Zahran voit également dans le report du vote comme le signe de difficultés autour de la décision. Estimant que le Parlement suit généralement les orientations de l’exécutif, il envisage plusieurs possibilités : la révision de l’autorisation, l’ajout de conditions à son adoption ou un éventuel abandon de l’initiative par la voie parlementaire.

Cependant, le report ne suffit pas à confirmer ces hypothèses ni à prouver l’existence de désaccords au sein de la direction égyptienne. À ce stade, l’autorisation n’a pas été définitivement adoptée et les limites de la mission restent au centre des objections exprimées.

Pour justifier son opposition à une intervention, Zahran met en avant les défis sécuritaires auxquels l’Égypte est déjà confrontée: la guerre au Soudan au sud, l’instabilité en Libye à l’ouest, ainsi que la situation à Gaza et les enjeux liés à la frontière orientale. Selon lui, ces priorités imposent au Caire de privilégier la sécurité nationale et de faire preuve d’une extrême prudence  avant d’engager ses soldats à l’étranger.

Il plaide également pour un cadre clairement défini, privilégiant une action arabe commune, reposant sur des forces conjointes et des objectifs précis, plutôt qu’un engagement bilatéral susceptible de s’étendre au gré de l’évolution du conflit.

Ansarullah entre mise en garde et volonté de préserver les relations avec l’Égypte

Les déclarations de Mohammad al-Bukhaiti, dirigeant d’Ansarullah, éclairent la manière dont le mouvement pourrait réagir à une éventuelle participation militaire égyptienne.

Interrogé sur la chaîne Al Araby au sujet d’une possible intervention de l’armée égyptienne pour défendre l’Arabie saoudite, al-Bukhaiti a d’abord averti que tout pays apportant un soutien militaire à Riyad, y compris dans un cadre défensif, serait considéré comme une partie hostile.

Questionné plus précisément sur le cas de l’Égypte, il a toutefois adopté un ton plus nuancé. Il a souligné la place particulière de ce pays et affirmé ne pas imaginer son armée attaquer le Yémen aux côtés des États-Unis et d’«Israël».

Le dirigeant d’Ansarullah a également évoqué les liens d’amitié entre les peuples égyptien et yéménite. Selon sa lecture de la situation, le Caire aurait refusé de participer aux attaques contre le Yémen et resterait attaché à cette position.

Al-Bukhaiti a ainsi laissé entendre qu’un éventuel soutien égyptien à Riyad ne signifierait pas nécessairement une entrée en guerre contre Ansarullah. Il a par ailleurs affirmé respecter les efforts de médiation visant à mettre fin au conflit et parvenir à la paix.

Ces propos restent cependant marquer par une une ambiguïté. D’un côté, il met en garde tout pays qui apporterait un soutien militaire à l’Arabie saoudite ; de l’autre, il cherche à préserver les relations avec l’Égypte.

Ses déclarations ne constituent donc pas aucune garantie claire quant à la réaction du mouvement si des forces égyptiennes participaient effectivement à des opérations militaires.

Le poids de l’histoire et les intérêts stratégiques égyptiens

L’histoire des relations entre l’Égypte et le Yémen confère une dimension particulière à ce débat. Gamal Zahran rappelle les liens anciens entre les deux pays ainsi que le souvenir des soldats égyptiens morts au Yémen. Selon lui, cet héritage rend une nouvelle confrontation difficilement acceptable pour une partie de la population égyptienne.

De leur côté, les partisans de l’autorisation avacent que la sécurité de l’Arabie saoudite et des pays du Golfe est étroitement liée aux intérêts startégiques du Caire. Les députés qui expriment des réserves s’interrogent néanmoins sur les répercussions d’un engagement militaire : risques pour les soldats égyptiens, conséquences pour les ressortissants du pays vivant dans la région, menaces sur la navigation en mer Rouge et effets potentiels sur les revenus du canal de Suez.

L’enjeu dépasse ainsi la seule question du soutien à Riyad. Tout dépendra de la nature exacte de la mission : un appui politique, la protection du territoire saoudien ou une participation à des opérations militaires contre le Yémen n’auraient ni la même portée ni les mêmes conséquences.

Pour éviter une escalade, Le Caire devra préciser les objectifs de la mission, sa durée, les règles d’engagement de ses forces et les conditions du retrait.

Les déclarations d’al-Bukhaiti soulignent, en définitive, une limite essentielle : qualifier une intervention de «défensive» ne suffit pas à garantir qu’elle sera perçue comme telle par Ansarullah, ni à écarter le risque d’un affrontement direct si l’engagement militaire égyptien venait à s’étendre.

//