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Sayyed Hassan Nasrallah, l’homme de parole: Du discours au martyre

Sayyed Hassan Nasrallah, l’homme de parole: Du discours au martyre
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Sayyed Hassan Nasrallah, considéré comme un homme intègre par ses adversaires comme par ses alliés, un homme de parole en toutes circonstances : comment a-t-il bâti sa vie sur la sincérité malgré tous les défis affrontés ? Comment a-t-il conservé cette qualité en politique ? Et comment a-t-il pu terminer sa vie sans compromettre ses principes ?

En politique, les mots abondent, mais la vérité est rare. On fait des promesses en public, on scande des slogans dans les discours, on formule des positions au gré des circonstances. Vient ensuite le moment de vérité, révélant le fossé entre les paroles et les actes.

Pour le martyr Sayyed Hassan Nasrallah, ce fossé était quasiment inexistant. Depuis sa prise de fonction à la tête du Hezbollah en 1992, sa rhétorique a été indissociable de la confrontation avec «Israël», de son engagement à respecter ses déclarations publiques et de sa loyauté envers ses alliés. Cela s'étendait jusqu'à son engagement dans des batailles régionales, qu'il considérait essentielles pour protéger le mouvement de Résistance et la région de la désintégration, culminant avec son martyre lors d'une attaque «israélienne» en septembre 2004. Par conséquent, l'intégrité de l'approche de Sayyed Nasrallah n'était pas simplement un attribut personnel diffusé par ses partisans, mais est plutôt devenue une partie intégrante de son image politique : ce qu'il dit publiquement est ce qu'il fait sur le terrain, ses alliés connaissent leur position à ses côtés et ses adversaires comprennent que ses menaces ne sont pas de simples paroles en l'air.

L'un des facteurs les plus importants qui ont contribué à forger cette image est sans doute la succession d'épreuves qui ont jalonné ses années à la tête du parti.

De la promesse d'affronter «Israël» au martyre du leader

La première de ces «épreuves divines» fut le martyre de son fils aîné, Sayyed Hadi Nasrallah, le 12 septembre 1997, à l'âge de 18 ans, lors d'une confrontation héroïque et directe avec les troupes «israéliennes» à Jabal al-Rafih, dans la région d'Iqlim al-Tuffah, au sud du Liban.

Après le martyre de son fils, Sayyed Nasrallah prit la parole en public pour remercier Dieu de cette grâce et affirmer que le sang des fils de dirigeants n'était pas plus précieux que celui des autres jeunes de la Résistance. Cette déclaration eut un profond écho, tant moral que politique, au Liban.

Depuis qu'il a pris la tête du Hezbollah, le conflit avec «Israël» est au cœur de son projet politique et militaire. En mai 2000, les forces «israéliennes» se retirèrent de la majeure partie du Sud-Liban après des années d'occupation, un événement que le Hezbollah et ses partisans considérèrent comme un tournant décisif dans la trajectoire de la Résistance. Dans son célèbre discours en 2000, Sayyesd Nasrallah déclara qu'«Israël» était plus faible qu'une toile d'araignée, une phrase qui devint par la suite l'une des plus emblématiques de son nom et de sa rhétorique envers l'adversaire israélien. Ce discours ne marqua pas la fin de la confrontation ; le conflit se poursuivit par phases successives, culminant avec la guerre de juillet 2006. Concernant plus particulièrement la question des prisonniers, le lien entre les promesses et leur réalisation devint évident. Nasrallah plaça constamment la libération des prisonniers au cœur du discours de la Résistance, un engagement qui aboutit finalement à deux échanges de prisonniers en 2004 et 2008.

Les Libanais et les Arabes peuvent avoir des opinions divergentes sur la guerre de 2006, tout comme ils en avaient sur la décision de capturer les deux soldats israéliens et ses conséquences. Cependant, du point de vue du rapport entre promesse et acte, l'échange de prisonniers demeure l'une des preuves les plus flagrantes que la question des prisonniers, défendue pendant des années par Sayyed Nasrallah, n'était plus un simple slogan politique.

L'honnêteté face aux risques

Mais la plus grande épreuve pour un homme politique n'est pas de dire ce qu'il pense quand cela ne coûte rien, mais plutôt de s'en tenir à ses déclarations quand le repli devient plus facile.

On peut ici examiner le parcours de Sayyed Nasrallah dans les années qui ont suivi 2000. En Syrie, par exemple, le Hezbollah n'est pas resté un simple observateur lorsque la crise s'est transformée en une guerre menée par des groupes terroristes bénéficiant d'un soutien international. En 2013, Sayyed Nasrallah a publiquement confirmé la participation de combattants du Hezbollah aux combats aux côtés des forces syriennes, la présentant comme une défense de ce qu'il considérait comme la profondeur stratégique de la Résistance.

Dans un discours prononcé à cette époque, Sayyed Nasrallah a déclaré que la Syrie était «l'épine dorsale de la Résistance» et que la Résistance ne pouvait rester les bras croisés face à la menace qui pesait sur cette épine dorsale.

Cette position s'est avérée très coûteuse, tant politiquement que militairement, au Liban et à l'étranger. Ce qui est frappant, cependant, c'est que Sayyed Nasrallah ne l'a pas présentée comme une position temporaire ou secrète ; au contraire, il l'a défendue publiquement et en a assumé les conséquences devant ses partisans comme devant ses adversaires.

C'est là l'essence même de la sincérité que ses partisans associent à son expérience : une position ne devient pas sincère parce qu'elle est exprimée avec éloquence, mais parce qu'elle demeure inébranlable, même au prix d'un lourd tribut.

Irak : Se préparer à payer le prix fort

Face à la montée en puissance de «Daech» en Irak en 2014, Sayyed Nasrallah n'a pas dissocié le conflit irakien de la confrontation régionale plus large qu'il considérait comme interconnectée.

Des études et des sources de recherche indiquent que le Hezbollah a apporté son soutien et son entraînement à des membres des factions irakiennes combattant «Daech». En juin 2014, Sayyed Nasrallah a annoncé que le parti était prêt à envoyer davantage de combattants en Irak, déclarant que le Hezbollah était prêt à offrir un grand nombre de martyrs pour défendre les lieux saints qu'il estimait menacés.

Là encore, les interprétations de ce rôle peuvent varier considérablement entre ses partisans et ses opposants. Toutefois, il est certain qu'il n'a pas abordé la question irakienne comme un problème distinct du Liban, mais l'a plutôt inscrite dans une vision régionale globale de la lutte contre les organisations qu'il considérait comme une menace pour la résistance et ses alliés.

Yémen : Quand le sens du combat s'élargit

Au Yémen, Sayyed Nasrallah prit clairement position aux côtés de Sanaa, défendant les Yéménites dans ses discours contre la guerre menée par l'Arabie saoudite, en pleine conscience des conséquences.

Là encore, l'une des caractéristiques de son discours se manifeste : il ne chercha pas à présenter sa position comme neutre ou ambiguë, mais inscrivit le Yémen dans l'équation des «fronts unifiés».

Ainsi, le champ des enjeux auxquels Sayyed Nasrallah se disait lié s'étendit du Sud-Liban à la Palestine, la Syrie, l'Irak et le Yémen, jusqu'à ce que son discours considère ces zones comme des maillons interdépendants de la confrontation avec les puissances hégémoniques.

Palestine : «Sur la route d’Al-Qods»

Mais la Palestine demeura invariablement le thème central auquel Sayyed Nasrallah revenait sans cesse.

Suite au déclenchement de l'agression «israélienne» contre Gaza en octobre 2023, le Hezbollah annonça l'ouverture d'un front de soutien depuis le Sud-Liban contre «Israël». Sayyed Nasrallah déclara que ce combat était lié à la guerre contre Gaza.

Il est à noter que, peu avant son martyre, Sayyed Nasrallah franchit une étape symbolique en publiant une lettre manuscrite demandant que les membres du Hezbollah tombés au champ d'honneur soient appelés «Martyrs sur le chemin d’Al-Qods». Cette lettre fut largement diffusée dans les médias, s'inscrivant dans la rhétorique du parti durant ce nouveau conflit.

Ainsi, l'expression «sur le chemin d’Al-Qods» n'était pas un simple slogan médiatique pour la fin de sa vie, mais bien un témoignage de sa loyauté et de sa sincérité envers la cause pour laquelle il a trouvé la mort.

Moins d'un an plus tard, le 27 septembre 2024 précisément, Sayyed Nasrallah tombait en martyr dans une salle d'opérations de la Résistance, dans la banlieue sud de Beyrouth, où «Israël» déchaînait toute sa fureur sur la zone où il se trouvait. Pour ses partisans, la question n'était plus de la sincérité des paroles, mais la sincérité face au destin. L'homme qui parlait de se préparer à l'affrontement ne s'exprimait pas depuis une position politique sûre, à l'abri du danger. Au contraire, il savait que sa position faisait de lui une cible, et il est resté à son poste jusqu'à son martyre.

Loyauté envers les alliés au Liban

Mais toute analyse de la sincérité de Sayyed Nasrallah serait incomplète si elle se limitait à ses relations avec ses adversaires extérieurs. Une part fondamentale de son expérience politique réside dans sa manière de nouer des alliances au Liban.

L'un des exemples les plus marquants est l'accord de Mar Mikhaël, signé par le Hezbollah et le Courant patriotique libre en février 2006. Cet accord, conclu dans un contexte de profondes divisions politiques au Liban, a réuni deux partis d'horizons politiques et confessionnels différents.

L'accord abordait des questions extrêmement sensibles, telles que la lutte contre la corruption, la loi électorale, les relations avec la Syrie et l'armement du Hezbollah.

Cette alliance, loin d'être éphémère, a perduré pendant de nombreuses années et est devenue l'une des alliances politiques internes les plus importantes du Liban.

Ceci nous aide à comprendre la notion de loyauté que les partisans de Sayyed Nasrallah emploient pour décrire ses relations avec ses alliés : non pas l'absence de désaccord, mais le refus d'abandonner un allié simplement parce que les circonstances ont changé. Les alliances politiques reposent généralement sur des intérêts, mais ce qui distinguait la relation du Hezbollah avec le Courant patriotique libre, selon diverses descriptions de l'accord, était sa continuité malgré l'évolution des rapports de force et la transition de l'opposition au pouvoir, aboutissant à l'élection de Michel Aoun à la présidence en 2016.

Cette alliance, ses objectifs et ses résultats peuvent donner lieu à des interprétations très diverses, mais son existence, sa continuité et son poids dans la vie politique libanaise sont indéniables.

L'honnêteté qui a un prix

En fin de compte, la raison la plus convaincante expliquant pourquoi Sayyed Nasrallah continue de faire l'objet de discussions parmi ses partisans est peut-être que cette qualité n'a pas été mise à l'épreuve uniquement dans des circonstances favorables.

Il a dirigé la Résistance lors de la guerre de 2006, le parti s'est engagé dans des confrontations prolongées avec «Israël», a déclaré son soutien à ses alliés en Syrie, a soutenu des factions irakiennes contre «Daech», a adopté une position favorable à Sanaa, puis a intégré le Front du Sud-Liban à l'effort de guerre pour soutenir Gaza.

À chaque étape, il y avait un prix à payer sur les plans politique, militaire et populaire.

Nasrallah n'a pas été épargné par ce prix. Depuis la guerre de 2006, il vit sous la menace constante d'un assassinat et ses apparitions publiques sont devenues rares en raison des risques sécuritaires.

L'Associated Press décrit sa carrière comme s'étendant sur plus de trois décennies, période durant laquelle le Hezbollah s'est transformé en une force politique et militaire régionale, tandis que des rapports indiquent que le traquer et le cibler est une priorité absolue pour «Israël» depuis des années.

Ici, la notion de vérité atteint son épreuve ultime.

Dire qu'on est prêt à mourir pour ses convictions est une chose, mais savoir que cette possibilité nous hante depuis des années et persévérer dans cette voie en est une autre.

Pour le mouvement de résistance, son martyre n'était pas une conclusion à son discours, mais bien le moment où les paroles ont rejoint les actes : un leader qui a brandi l'étendard de la confrontation avec «Israël», mené une lutte de plusieurs décennies contre cette entité et fini sa vie en martyre lors d'une attaque «israélienne».

Que reste-t-il ?

Après son martyre, le mouvement de résistance, qui considérait Sayyed Nasrallah comme «l'arbre ancestral» à l'ombre duquel il trouve refuge, s'obstine à poursuivre le chemin du droit et à rester fidèle à ses principes, tout en se vengeant de son assassin.

Ce mouvement, cette société qui a toujours puisé auprès de Sayyed Nasrallah l'importance de la sincérité en paroles et en actes, l'a traduite en actes lors de la récente guerre israélienne contre le Liban, où elle a offert tout ce qu'elle possédait : son sang et ses pierres.

On peut avoir des opinions divergentes sur cet héritage, ainsi que sur les guerres, les choix et les alliances qui l'ont façonné. Mais pour ceux qui croyaient en son message, sa valeur fondamentale réside dans le fait qu'il n'a jamais instrumentalisé ses slogans à des fins politiques.

Il a lancé un slogan, puis s'est battu pour lui.

Il a fait une promesse, puis s'est efforcé de la tenir.

Il a choisi un allié, puis en a payé le prix.

Il a déclaré que la Palestine était au cœur de son projet, puis a qualifié ses fils de « martyrs sur le chemin d’Al-Qods» et a donné sa vie pour elle.

C'est pourquoi ses partisans ne commémorent pas son martyre uniquement comme celui du secrétaire général du Hezbollah, mais comme celui d'un modèle de dirigeant qui, à leurs yeux, ne dissociait pas la sincérité de sa parole de celle de son appartenance, de son engagement et de sa volonté d'assumer les conséquences de ses actes. Il était, en réalité, «la promesse tenue».

Et c'est là, pour ses partisans, la distinction qui a fait la différence entre un politicien qui brandit un slogan et un leader qui a fait de ce slogan un chemin qu'il a suivi jusqu'au bout.

Article paru sur le site web d’al-Mayadeen, traduit par l’équipe du site

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