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Imam des opprimés

Liban: La Résistance face à la tentative d’imposer l’occupation comme un fait accompli

Liban: La Résistance face à la tentative d’imposer l’occupation comme un fait accompli
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Jihad Haïdar*

Il n'est pas nouveau pour les États-Unis et «Israël» d'adopter une politique fondée sur l'imposition de faits par la force, puis de tenter de les ériger en réalités politiques et sécuritaires immuables que la partie adverse doit accepter et utiliser comme base pour déterminer ses positions et ses choix. Cette méthodologie, très présente dans l'expérience palestinienne, où les réalités de l'occupation, de la colonisation et du contrôle territorial sont progressivement devenues des éléments à intégrer à tout futur accord, semble se reproduire au Liban, bien qu'avec des outils et dans des circonstances différentes.

Dans ce contexte, on comprend l'accusation du Département d'État américain selon laquelle le Hezbollah refuse de dialoguer avec les Américains, les «Israéliens» et l'État libanais, associant cette position à ce que Washington qualifie d'adhésion à une décision iranienne. Selon cette logique, il ne s'agit pas simplement d'appeler au dialogue, mais bien du cadre politique inhérent à un tel appel et des réalités que la Résistance est censée accepter au préalable.

Concrètement, l'objectif est que la Résistance accepte l'occupation «israélienne» de certains territoires et points stratégiques libanais comme un fait accompli, découlant d'un impératif sécuritaire «israélien», tel que présenté dans la rhétorique officielle. Le débat porterait alors sur la gestion de cette réalité, plutôt que sur sa légitimité ou la nécessité d'y mettre fin. Ainsi, la question se transforme : une occupation territoriale, dont le retrait devrait être le point de départ, devient un problème de sécurité sujet à négociation, lié à un ensemble d'exigences réciproques, dont la principale concerne l'armement et le rôle de la Résistance.

Ceci explique également la tentative de faire des accords et cadres de négociation existants le seul plafond politique des positions et options de la Résistance. Celle-ci est alors tenue non seulement d'adhérer à des arrangements spécifiques, mais aussi d'accepter la vision américaine plus large du prétendu plan de paix. Selon l'interprétation de la Résistance, cela implique un renversement complet des priorités : au lieu que l'occupation et l'agression israéliennes soient à l'origine du problème, l'armement de la Résistance devient l'enjeu central, et la fin de l'occupation ou la prise en compte de ses conséquences est conditionnée par le désarmement de cet armement.

En d'autres termes, cette approche légitime indirectement l'occupation en la transformant en monnaie d'échange liée à la privation du Liban d'une de ses capacités de défense. Accepter cette équation revient à passer du principe selon lequel «Israël» doit se retirer et cesser ses attaques à celui selon lequel le Liban doit d'abord fournir des garanties sécuritaires, politiques et militaires avant même d'envisager un retrait «israélien» incertain. De plus, le cadre tripartite coupe la voie au retrait «israélien» en le remplaçant par un redéploiement. C'est là le cœur du désaccord.

À l'inverse, le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, présente un point de vue opposé, arguant que reculer face à «Israël» n'atténue pas la pression, mais l'encourage au contraire à s'intensifier. Il estime que la fermeté, malgré son prix, est ce qui limite la progression du projet «israélien». De ce point de vue, il affirme que «toute retraite face à l'ennemi entraînerait notre anéantissement» et que la fermeté, quel qu'en soit le prix, peut stopper l'avancée ennemie et nous permettre de reprendre ultérieurement nos positions et nos capacités. Il estime également que la sévérité des sanctions ou d'une agression militaire ne change rien à cette situation, car l'objectif ultime demeure la fermeté, qui pourrait à terme déjouer les objectifs du projet adverse.

Par conséquent, l'intensité des critiques américaines à l'égard de la Résistance, dans cette perspective, est indissociable de la frustration née de l'échec des tentatives visant à influencer ses décisions et à l'intégrer au processus politique souhaité. Les attaques contre la Résistance ne portent pas tant sur son rejet du dialogue que sur son refus d'accepter les conditions préalables imposées pour le régir.

De même, on peut interpréter le récit d'un haut responsable libanais à Al Jazeera concernant les messages envoyés par les autorités libanaises au Hezbollah en vue de consultations. Le problème ne réside pas dans la consultation elle-même, mais plutôt dans la nature du rapport de force que ces consultations pourraient consolider, notamment sur des questions sensibles, y compris le traitement de problèmes locaux spécifiques, en créant un précédent qui instaure une nouvelle règle : «Israël» menace, et l'État libanais agit pour persuader la Résistance de se retirer ou d'évacuer telle ou telle position, telle ou telle vallée, tel ou tel village. Ce précédent devient alors un modèle généralisable à d'autres lieux.

Ainsi, la menace «israélienne» devient un outil permettant de remodeler le déploiement et la prise de décision des Libanais sans qu'«Israël» n'offre de véritables concessions en retour. Plus dangereux encore est le fait que la Résistance se trouve confrontée à une double équation politique : si elle défend le territoire et utilise ses capacités, elle est décrite comme exécutant une décision iranienne ; mais si elle s'abstient de riposter et continue de recevoir des coups, la même question de souveraineté et de décision nationale n'est pas soulevée, et le silence peut même être présenté comme une «attitude responsable».

En résumé, l'essence du conflit actuel ne se résume pas à un simple enjeu militaire, à une série de négociations ou à un canal de communication entre le Hezbollah et l'État. Il s'agit plutôt de définir le cadre qui régira la phase suivante : l'occupation et l'agression «israéliennes» seront-elles le point de départ à éliminer, ou deviendront-elles une réalité permanente à laquelle le Liban et la Résistance devront s'adapter en échange de promesses non seulement incertaines, mais aussi peu susceptibles de se concrétiser ? Dès lors, la confrontation apparaît autant politique que militaire, car elle porte sur la définition même du problème avant toute recherche de solution. Lorsque l'occupation est requalifiée de «nécessité sécuritaire» et la Résistance d'«obstacle», l'objectif pratique devient de faire passer le Liban de la position exigeant la fin de l'occupation à celle où l'on lui demande de faire des concessions. C'est précisément le piège que la Résistance estime devoir éviter pour préserver ce qui reste de la puissance et de la capacité de dissuasion du Liban.

Traduit de l’arabe (original)

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