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Imam des opprimés

Analyse de l’évaluation stratégique «israélienne» du Hezbollah après deux guerres: De l’illusion de la désintégration au dilemme de l’usure

Analyse de l’évaluation stratégique «israélienne» du Hezbollah après deux guerres: De l’illusion de la désintégration au dilemme de l’usure
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Jihad Haidar*

Les changements d'approche d'«Israël» vis-à-vis du Hezbollah ne peuvent se comprendre uniquement à l'aune des pertes subies lors de la guerre de 2024. Il convient plutôt de les envisager comme un processus dynamique d'évaluations et de réévaluations, influencé par les résultats sur le terrain, les transformations régionales et les enjeux politiques. La guerre de 2024 a initialement fait naître en «Israël» l'idée que les dommages infligés aux systèmes de commandement et de contrôle du Hezbollah ne constituaient pas une simple perte militaire susceptible d'être contenue avec le temps, mais un changement qualitatif qui limiterait la capacité du parti à prendre l'initiative, réduirait sa marge de manœuvre militaro-politique et permettrait à «Israël» de traduire sa supériorité militaire en réalités stratégiques plus durables au Liban.

Cette évaluation se justifiait du point de vue «israélien». Le Hezbollah a subi de lourdes pertes durant la guerre, son commandement, son infrastructure militaire et une part importante de ses capacités ayant été touchés. Il était donc naturel que les institutions militaires et de renseignement «israéliennes» réévaluent leur position face à la menace, compte tenu de ces résultats. Cependant, la difficulté ne résidait pas dans l'évaluation de l'ampleur des dégâts, mais dans le passage de l'estimation des dommages subis par le parti à des conclusions plus générales concernant sa capacité perdue à s'adapter, à se régénérer et à combattre. C'est là que ce que l'on peut appeler le «piège de la surestimation» a commencé à se dessiner : l'hypothèse selon laquelle le succès dans l'affaiblissement de certains éléments de force signifiait nécessairement la désintégration de l'ensemble du système, ou son déclin à un niveau permettant sa subjugation. Par conséquent, la perte de capacités et de commandement se traduirait presque automatiquement par une baisse de l'efficacité opérationnelle, de la volonté et de la résilience.

De l'évaluation des pertes au piège de la surestimation

Les failles de cette évaluation n'ont pas été pleinement mises en évidence immédiatement après la guerre de 2024, mais sont devenues plus évidentes lors de celle de 2026. Cette nouvelle confrontation a servi de test aux hypothèses qu'«Israël» avait formulées concernant le Hezbollah. L'armée a alors constaté que certaines de ses évaluations précédentes étaient inexactes et que le Hezbollah avait su adapter des capacités, des tactiques et des outils que les dirigeants ennemis n'avaient pas correctement pris en compte.

Ce constat s'est traduit par des aveux de hauts responsables militaires «israéliens», notamment du commandant du Commandement Nord, le général de division Rafi Milo, concernant la surestimation de l'issue du conflit précédent. L'importance de cette réévaluation réside non seulement dans ses implications militaires directes, mais aussi dans la révélation d'un problème plus profond : après 2024, «Israël» a évalué le Hezbollah uniquement sur la base de ses pertes, alors que la guerre de 2026 a démontré que son évaluation aurait dû également prendre en compte ce qu'il avait conservé, ce qu'il avait pu remplacer et, surtout, ce qu'il avait pu faire avec ce qui lui restait.

Il s'agit là d'une différence fondamentale en matière d'évaluation stratégique. La capacité militaire ne se mesure pas uniquement au nombre de missiles, de plateformes ou de commandants restants après la guerre, mais plutôt à la capacité du système à convertir les ressources restantes en impact opérationnel, et à apprendre, s'adapter et produire des tactiques qui contraignent l'adversaire à payer un coût croissant pour chaque succès qu'il tente d'obtenir.

La variable syrienne et l'extension des erreurs d'appréciation du militaire au politique

Cependant, le piège de l'exagération ne résultait pas uniquement de l'analyse militaire des résultats de la guerre de 2024. La variable syrienne a renforcé la conviction «israélienne» que l'environnement stratégique du Hezbollah était devenu plus contraignant. La perturbation des voies d'approvisionnement à travers la Syrie, sous toutes ses formes, a consolidé l'impression que le parti avait non seulement des difficultés à compenser ses pertes militaires, mais qu'il était également pris au piège dans un contexte régional plus difficile.

À partir de ce moment, la conclusion «israélienne» s'est étendue du niveau militaire aux niveaux stratégique et politique. Si les capacités du Hezbollah étaient effectivement compromises, et si ses lignes d'approvisionnement étaient coupées ou complexifiées, sa marge d'initiative diminuerait, sa capacité à mener une confrontation prolongée baisserait, et la liberté d'action d'«Israël» augmenterait, à l'inverse.

Cette perception était toutefois couplée à un troisième facteur : la dépendance à l'égard du contexte intérieur libanais. «Israël» a perçu les bouleversements politiques libanais et l'émergence d'une autorité adoptant une position hostile envers la Résistance – position traduite en décisions, plans et actions politiques – comme un facteur supplémentaire susceptible d'amplifier l'impact de la pression militaire. Un système de présuppositions s'est ainsi constitué : le Hezbollah est militairement affaibli, ses lignes d'approvisionnement extérieures sont plus difficiles à sécuriser et son environnement politique intérieur est soumis à des tensions accrues ; par conséquent, toute nouvelle confrontation est censée générer des gains politiques plus importants à moindre coût militaire.

C'est précisément à ce stade qu'un ensemble d'indicateurs partiellement exacts s'est transformé en une conclusion stratégique qui dépassait largement la capacité de ces indicateurs à la justifier.

La guerre de 2026 et la reconstruction de l'image de la menace

La guerre de 2026 a entraîné une réévaluation de ce système d'hypothèses. L'échec d'une guerre contre l'Iran à produire les résultats stratégiques escomptés, conjugué à la résilience et à l'efficacité avérée de la Résistance sur le terrain, a relancé la question «israélienne» de la véritable place du Hezbollah dans le cadre de la sécurité nationale.

La question n'était plus simplement de savoir dans quelle mesure les capacités du Hezbollah d'avant 2024 avaient été restaurées, mais plutôt, pour «Israël», s'il pouvait encore perturber ses objectifs stratégiques. C'est là le tournant fondamental de cette évaluation.

L'establishment militaire et sécuritaire «israélien» considère toujours le Hezbollah comme une menace majeure, non pas nécessairement parce qu'il a recouvré toutes ses capacités d'avant 2024, mais parce que la récente opération «Bordure protectrice» a démontré que son arsenal actuel est suffisant pour générer un niveau de menace élevé, infliger des pertes à l'armée, à la population civile et aux colons, et entraver la capacité d'«Israël» à traduire sa puissance de feu en un résultat politique stable.

L’attrition comme dilemme stratégique

L’un des aspects les plus significatifs de l’expérience «israélienne» récente réside peut-être dans la capacité du Hezbollah à imposer l’usure à son armée. Il ne faut pas, dans ce contexte, appréhender l’attrition comme une simple accumulation de pertes, mais plutôt comme un mécanisme stratégique visant à empêcher la conversion d’une supériorité militaire en un contrôle politique et territorial stable.

Une force supérieure peut pénétrer un territoire, détruire des positions et s’emparer de points stratégiques, mais l’occupation ne se transforme pas en succès stratégique par la simple levée d’un drapeau. Une occupation durable exige la capacité de maintenir le contrôle à un coût acceptable. Si l’adversaire demeure capable de cibler les forces, d’imposer un déploiement et une protection continus, de perturber leurs lignes et de les contraindre à consacrer des ressources croissantes à la défense de leur présence, alors le contrôle territorial, d’atout stratégique, devient un handicap stratégique.

De ce point de vue, la capacité d'usure du Hezbollah devient plus dangereuse que certaines formes d'agression directe, car elle remet en cause une condition fondamentale de tout projet israélien d'occupation stable et sécurisée. Le problème pour «Israël» n'est plus simplement de savoir si l'armée peut occuper un territoire, mais plutôt si elle peut s'y maintenir, à quel prix, pendant combien de temps et si sa présence militaire peut se transformer en une réalité politique permanente.

C'est là la différence entre la capacité à remporter une victoire opérationnelle et celle à produire un résultat stratégique.

Le Hezbollah comme «obstacle stratégique»

Dans cette perspective, on comprend mieux la réévaluation de la place du Hezbollah dans les analyses israéliennes. Le parti n'a pas besoin de retrouver son image d'avant 2024 pour redevenir une menace majeure. Il lui suffit de posséder la force, la flexibilité et la capacité d'usure nécessaires pour empêcher «Israël» d'atteindre ses objectifs à un coût acceptable.

Ainsi, dans les calculs «israéliens», le Hezbollah n'est plus seulement une force militaire susceptible d'être affaiblie par une série de frappes, mais un obstacle redoutable à une stratégie plus vaste visant à remodeler le paysage libanais et régional. L'existence d'une force capable d'empêcher la consolidation de l'occupation, d'accroître le coût des opérations terrestres, de menacer le front intérieur et de poursuivre ses activités malgré des pertes importantes, limite la capacité d'«Israël» à traduire sa supériorité militaire en gains politiques.

En conclusion, la trajectoire entre les guerres de 2024 et 2026 révèle, en substance, une évolution des évaluations «israéliennes» en trois étapes : une évaluation réaliste des dommages infligés au Hezbollah, suivie d’une exagération des implications stratégiques de ces dommages, et enfin, une révision imposée par les réalités du terrain.

Le problème fondamental de l’évaluation après la guerre de 2024 ne résidait pas dans une mauvaise appréciation des pertes du Hezbollah, mais plutôt dans l’hypothèse que les pertes militaires entraîneraient linéairement un déclin de l’efficacité stratégique, et que les perturbations d’approvisionnement et les pressions politiques internes amplifieraient ce déclin au point de modifier radicalement l’équilibre des forces.

Or, l’expérience de 2026 a démontré les limites de cette équation. L’adversaire peut être plus faible qu’auparavant en termes d’effectifs et de ressources, mais il peut encore être plus puissant que nécessaire pour empêcher «Israël» d’atteindre ses objectifs. C’est là le nœud du problème : dans un conflit stratégique, le Hezbollah n’a pas besoin de posséder la capacité de vaincre militairement «Israël» pour constituer une menace pour la sécurité nationale ; il lui suffit de pouvoir empêcher «Israël» de transformer sa puissance militaire en une victoire politique durable. En ce sens, le principal enseignement de la réévaluation «israélienne» n’est pas seulement la constatation que le Hezbollah ne s’est pas affaibli autant qu’on le pensait, mais plutôt la prise de conscience que la notion même de puissance devait être revue. La question cruciale n’est plus : que reste-t-il du Hezbollah ? Elle est devenue : que peut encore accomplir «Israël» tant que le Hezbollah est capable de mener des combats d’usure et d’empêcher l’établissement d’un pouvoir de fait sur le terrain ?

Traduit de l'arabe (original)

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