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Accord sur Gaza: «Israël» torpille les ententes du Caire et bloque la deuxième phase

Accord sur Gaza: «Israël» torpille les ententes du Caire et bloque la deuxième phase
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Assia Husseini

Un accord progressif sur les armes et le retrait «israélien»

Le président américain Donald Trump a annoncé, le 30 juillet, que les discussions menées au Caire entre le Hamas et les médiateurs égyptiens, qataris et turcs avaient abouti à une entente concernant la mise en œuvre de la deuxième phase de l’accord sur Gaza, comprenant un processus progressif destiné à régler la question des armes des factions palestiniennes.

Selon les informations disponibles, le Hamas aurait accepté que les armes lourdes soient regroupées, entreposées et placées sous la supervision d’une instance palestinienne, tout en refusant qu’elles soient remises à «Israël» ou transférées hors de la bande de Gaza. Le plan prévoit également le démantèlement des tunnels, des dépôts d’armes et des installations de production militaire.

Une administration civile palestinienne composée de technocrates serait chargée de gérer le territoire, parallèlement au déploiement d’une force internationale de stabilisation et à la création d’une nouvelle force de police palestinienne. Le plan prévoit, en outre, une augmentation de l’aide humanitaire, le lancement d’opérations d’hébergement d’urgence et le début de la reconstruction.

L’approche convenue au Caire reposait sur deux principes : la simultanéité et la progressivité. Autrement dit, à mesure que progresseraient le regroupement des armes lourdes et le démantèlement des infrastructures militaires, les forces «israéliennes» se retireraient progressivement de nouvelles zones de la bande de Gaza. Le Hamas s’en tient à cette articulation, affirmant qu’il ne commencera pas à mettre en œuvre les dispositions relatives aux armes sans un arrêt effectif des attaques «israéliennes» et des garanties claires concernant le retrait de l’armée «israélienne».

«Israël» refuse le principe de simultanéité

«Israël» n’a toutefois pas officiellement et définitivement approuvé la feuille de route. Il a, au contraire, transmis ses objections au «Conseil de paix», estimant que le document en quinze points ne répondait pas à ses exigences sécuritaires. Le «Premier ministre israélien», Benjamin Netanyahou, a également déclaré sans ambiguïté que les forces «israéliennes» ne se retireraient pas de la bande de Gaza avant le désarmement complet du Hamas et la destruction de ses tunnels et de ses infrastructures militaires.

Cette condition revient, dans les faits, à transformer la présence militaire «israélienne» dans le territoire en un moyen de pression permanent, sans calendrier contraignant pour le retrait. Elle permet aussi à «Israël» d’empêcher le retour des personnes déplacées, de poursuivre les frappes et les assassinats, d’étendre les zones tampons et de subordonner tout retrait futur à une évaluation sécuritaire décidée unilatéralement par «Israël».

La première phase toujours inappliquée par «Israël»

Dans ce contexte, l’analyste politique palestinien Saleh Abou Azza estime que le problème fondamental de l’accord, depuis son entrée en vigueur le 11 octobre 2025, réside dans le fait que les factions palestiniennes ont respecté les dispositions de la première phase, tandis qu’«Israël» n’a pas honoré ses principaux engagements.

Abou Azza explique que cette première phase reposait sur la libération, par la résistance palestinienne, de tous les captifs «israéliens», vivants ou morts, en contrepartie d’un cessez-le-feu global, de l’entrée de l’aide humanitaire dans les quantités convenues, de la fourniture d’abris d’urgence et de mesures destinées à répondre à la situation humanitaire catastrophique dans le territoire.

Cette phase devait également maintenir la présence militaire «israélienne» dans les limites de la «ligne jaune», qui permettait à «Israël» de contrôler environ 53 % de la superficie de la bande de Gaza.

Or, selon Abou Azza, la résistance palestinienne a respecté les obligations qui lui incombaient, tandis que seulement 30 % environ du volume convenu de l’aide humanitaire est entré dans le territoire. Au lieu de se retirer, «Israël» a par ailleurs étendu sa zone de contrôle militaire, passée d’environ 53 % à une proportion comprise entre 65 et 70 % de la superficie de Gaza.

Le cessez-le-feu vidé de sa substance

Le cessez-le-feu global ne s’est pas non plus matérialisé. Selon le bilan du ministère de la Santé de Gaza, repris par plusieurs agences internationales, plus de 1 250 Palestiniens ont été tués par «Israël» depuis l’entrée en vigueur de l’accord. Abou Azza évoque, pour sa part, un bilan d’environ 5 000 Palestiniens tués, blessés ou arrêtés durant cette même période, ce qui témoigne de la poursuite des bombardements, des tirs et des arrestations malgré l’annonce de l’arrêt de la guerre.

Depuis l’annonce de la nouvelle feuille de route, 34 Palestiniens ont été tués et 134 autres blessés, parmi lesquels des femmes et des enfants, au cours de plusieurs journées de frappes et de bombardements. Les attaques «israéliennes» ont visé la ville de Gaza, Deir al-Balah, Khan Younès et d’autres régions du territoire.

Les frappes ont également touché des entrepôts de médicaments et de fournitures médicales situés à proximité de l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa, à Deir al-Balah. Ces entrepôts contenaient notamment du matériel indispensable aux séances de dialyse, selon le ministère palestinien de la Santé.

Parallèlement, les forces «israéliennes» poursuivent les bombardements d’artillerie, les tirs et les opérations de démolition dans les zones qu’elles contrôlent. La majorité des habitants de Gaza vit toujours sous des tentes ou au milieu des décombres, confrontée à une pénurie d’eau, de médicaments et de matériel d’hébergement, tandis qu’aucune véritable opération de reconstruction n’a encore commencé.

Ces violations ont conduit l’Égypte, le Qatar et la Turquie à publier une déclaration commune appelant «Israël» à mettre fin à ses attaques et à respecter ses engagements.

Les ententes du Caire remises en cause

Selon Abou Azza, l’incapacité des médiateurs et de la communauté internationale à contraindre «Israël» à appliquer la première phase constitue le principal obstacle menaçant l’ensemble de l’accord. Malgré cela, les factions palestiniennes ont adopté une attitude positive à l’égard des négociations sur la deuxième phase, tout en exigeant qu’«Israël» honore les engagements pris lors de la première avant de passer à de nouvelles dispositions.

D’après son récit, une entente avait été conclue au Caire entre Nikolaï Mladenov, représentant du «Conseil de paix», les médiateurs et les factions palestiniennes. Le projet prévoyait qu’«Israël» applique intégralement ses engagements de la première phase, que les armes lourdes — et uniquement celles-ci — soient regroupées et placées sous la supervision d’une instance palestinienne, et que l’armée «israélienne» commence à se retirer progressivement.

Ces mesures devaient instaurer un minimum de stabilité permettant l’entrée en fonction du comité palestinien de technocrates, ainsi que le lancement des opérations d’hébergement d’urgence et de reconstruction.

Le projet restait néanmoins soumis à l’approbation d’«Israël». Après s’être rendu en «Israël» et avoir rencontré Netanyahou, Mladenov serait revenu, selon Abou Azza, avec une position contredisant les dispositions convenues au Caire. Il n’était plus question de regrouper les seules armes lourdes et de les placer sous la responsabilité d’une instance palestinienne, mais de désarmer entièrement les factions et de détruire leurs armes.

Les retraits «israéliens» et l’obtention d’une garantie contraignante concernant un cessez-le-feu global avaient également disparu du discours. Les négociations semblent ainsi avoir été ramenées à la situation antérieure aux ententes du Caire, après que le «Conseil de paix» s’est rapproché de la condition «israélienne» exigeant un désarmement complet avant tout retrait.

Une telle évolution inverse la logique de simultanéité et de progressivité, en transformant les engagements palestiniens en conditions préalables, sans contrepartie israélienne précise ou garantie.

Les élections «israéliennes» au cœur des calculs de Netanyahou

Abou Azza ne pense pas que Netanyahou ait véritablement l’intention d’appliquer l’accord durant la période actuelle, même s’il devait être soumis à des pressions américaines limitées. Il relie cette position à l’approche des élections à la «Knesset», prévues en octobre 2026 et considérées comme décisives pour Netanyahou, alors que celui-ci recule dans les sondages.

Toute véritable désescalade ou tout retrait «israélien» de Gaza, mais également du Liban ou de la Syrie, pourrait conduire Netanyahou à perdre une partie de sa base électorale «d’extrême droite» au profit de ses concurrents, parmi lesquels Gadi Eisenkot, Naftali Bennett et Yaïr Lapid.

Abou Azza estime donc que Netanyahou cherchera probablement à repousser toute solution fondamentale jusqu’après les élections et la formation d’un nouveau «gouvernement israélien» «on ne s’attend pas, par conséquent, à des changements majeurs dans la bande de Gaza avant le mois d’octobre».

Washington demande, mais ne contraint pas «Israël»

Abou Azza distingue néanmoins les demandes formulées par Washington de véritables pressions américaines, considérant que les États-Unis n’ont jusqu’à présent exercé aucune pression sérieuse sur «Israël». Selon lui, une intervention américaine contraignante pourrait toutefois amener «Israël» à réduire ses frappes et ses opérations de ciblage, à diminuer le bilan humain payé par la population de Gaza et à permettre une amélioration relative de l’entrée de l’aide humanitaire.

En revanche, il exclut que de telles pressions puissent conduire, au cours de la période à venir, à des retraits israéliens substantiels ou à un cessez-le-feu global et définitif. Israël a en effet redéfini le cessez-le-feu conformément à sa nouvelle doctrine sécuritaire : celui-ci ne l’empêche pas de conserver sa liberté d’action militaire ni de poursuivre ce qu’il qualifie de « menace imminente » ou de « bombe à retardement ».

Un accord transformé en instrument de gestion de l’agression

Le danger qui menace l’accord sur Gaza ne se limite donc pas au blocage du passage à la deuxième phase. Il réside surtout dans la reformulation de cette phase de manière à permettre à «Israël» de conserver son contrôle militaire et sa liberté de mener des frappes et des assassinats, tout en exigeant de la résistance qu’elle remplisse préalablement ses engagements.

Au lieu de constituer une voie vers l’arrêt de la guerre, le retrait «israélien» et la reconstruction, l’accord risque ainsi de devenir un instrument de gestion de l’agression et d’imposition de nouvelles réalités sécuritaires dans la bande de Gaza.

 

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