Cisjordanie occupée: Une escalade orchestrée par les colons et l’armée «israélienne»
Assia Husseini
La situation devient de plus en plus grave en Cisjordanie occupée. Les colons poursuivent leurs agressions contre la population palestinienne avec l’appui des forces d’occupation, qui mènent parallèlement une vaste campagne d’arrestations.
Cette politique de violence n’est pas récente. Elle se poursuit depuis des années sous couvert d’impératifs sécuritaires. Toutefois, la situation a récemment connu une nouvelle escalade lorsqu’un groupe de colons a pénétré dans le village de Tell, au sud-ouest de Naplouse. Cette localité se trouve dans la zone A, où l’entrée des colons est interdite. Ces derniers ont tenté d’attaquer les habitants et leurs maisons, poussant les villageois à intervenir pour les repousser.
Farouk Ramadan: de victime de l’agression à «terroriste»
Les images vidéo montrent le Palestinien Farouk Ramadan encerclé par des colons et des soldats au cours de l’attaque. Ramadan a arraché l’arme de l’un des «Israéliens» armés, puis a ouvert le feu pour se défendre, tuant un colon.
Les soldats et les colons ont ensuite tiré massivement, tuant Farouk Ramadan ainsi que trois autres Palestiniens. Quatre autres ont été blessés, dont trois grièvement.
Le soldat «israélien» Youval Ezra a également été tué. Toutefois, l’enquête militaire «israélienne» a estimé par la suite qu’il avait probablement été victime d’un tir ami provenant d’un autre soldat «israélien», et non des tirs de Ramadan.
Les médias «israéliens» ont délibérément tronqué une séquence vidéo pour ne retenir qu’une seule image montrant le Palestinien tenant l’arme d’un colon. Ils ont ainsi cherché à imposer un récit mensonger et trompeur, présentant Ramadan comme un «terroriste» ayant pris l’initiative de mener une attaque armée et de tuer des «Israéliens».
À la suite de cet incident, l’armée d’occupation a fermé les entrées de Naplouse et imposé de nouvelles restrictions aux déplacements, marquant le début d’une campagne de punition collective.
Une campagne qui dépasse largement l’incident de Tell
Dans un entretien accordé à Al-Ahed, le journaliste palestinien Abed Nassar estime que la campagne actuelle ne peut pas être considérée comme une opération isolée.
Selon lui, les opérations menées par «Israël» dans les camps du nord de la Cisjordanie en 2025 ont été bien plus vastes et plus dangereuses que l’opération «Rempart» de 2002. Il est désormais question de vider les camps, d’en expulser les habitants et d’en redessiner entièrement la configuration.
Depuis le 7 octobre, poursuit-il, «Israël» agit selon une nouvelle doctrine fondée sur l’élimination totale. Les «Israéliens» parlent eux-mêmes de «nettoyage» : il s’agit de détruire aussi bien les infrastructures que l’environnement humain susceptible de soutenir la résistance, tout en imposant une politique de punition collective renforcée.
Dans ce contexte, le moindre incident, même s’il s’agit d’un simple accrochage comme il peut s’en produire n’importe où, est exploité de manière disproportionnée. «Israël» s’en sert pour accélérer des projets déjà planifiés et imposer des mesures d’une ampleur bien supérieure à celle de l’événement initial.
Il s’agit donc d’une course contre la montre visant à imposer des faits accomplis. Les dirigeants «israéliens» considèrent la période actuelle comme une occasion historique de façonner, conformément à leur vision, l’avenir d’«Israël» pour les prochaines décennies.
Quand un acte de défense devient une «attaque»
Le traitement de l’incident de Tell illustre parfaitement cette logique, ajoute Nassar. Des colons ont pénétré sur des terres palestiniennes et agressé leurs habitants, provoquant un affrontement semblable à ceux qui se produisent régulièrement.
Un Palestinien a alors arraché l’arme de l’un des «Israéliens» présents et ouvert le feu, prenant les assaillants par surprise. Pourtant, l’ensemble des médias «israéliens» a présenté l’événement comme une «attaque palestinienne».
Ainsi, un acte de défense a été transformé en offensive. Cette inversion des rôles révèle non seulement la manière dont «Israël» tente d’imposer son récit au monde, mais également sa propre perception de la réalité : toute réaction palestinienne à une agression est systématiquement présentée comme une attaque.
Les Palestiniens se trouvent contraints de réagir car, si cette évolution se poursuit, les forces «israéliennes» et les colons finiront par atteindre jusqu’aux portes de leurs maisons. Même certains responsables «israéliens» reconnaissent que le comportement de la population palestinienne est en train de changer. À force de provocations, la situation pourrait atteindre un point où une mobilisation populaire deviendrait inévitable, explique Nassar.
Les colons, instruments de l’appareil sécuritaire
«Israël» présente généralement cette hypothèse sous la forme d’«alertes émises par les services de sécurité». Cette présentation est toutefois trompeuse. On affirme souvent que l’armée et les services de sécurité protègent les colons, mais une analyse plus précise montre que l’appareil sécuritaire «israélien» instrumentalise également ces derniers pour atteindre ses propres objectifs.
Nassar explique que, malgré leurs conseils locaux et leurs mouvements, les colons ne disposent pas des mêmes capacités de planification et d’organisation qu’une institution militaire expérimentée. Celle-ci administre la Cisjordanie depuis des décennies, d’abord à travers le «gouverneur militaire», puis «l’Administration civile» et, aujourd’hui, le «Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires».
Il serait donc plus juste de considérer que l’armée utilise les colons dans les zones où elle ne souhaite pas intervenir directement ou dans lesquelles elle ne dispose pas d’effectifs suffisants. Elle les laisse alors attaquer les Palestiniens. En revanche, lorsqu’une opération militaire ou sécuritaire précise est jugée nécessaire, elle intervient directement au moyen d’unités spécialisées ou de forces de police.
Une lutte de façade contre la violence des colons
Pour préserver l’image d’un «État respectueux du droit», «Israël» prétend combattre le «terrorisme des colons» et présente les auteurs de ces violences comme quelques éléments incontrôlés.
Les autorités annoncent parfois des arrestations ou des mesures administratives, mais celles-ci restent essentiellement formelles. Elles débouchent rarement sur de véritables procès ou sur des sanctions dissuasives.
Même lorsque des colons s’en prennent à des soldats, les affaires sont généralement étouffées. Après l’incident de Tell, les critiques adressées à l’armée ont surtout porté sur son incapacité à protéger les «Israéliens» présents et sur ses erreurs d’appréciation, alors que plusieurs Palestiniens avaient été tués au même moment.
«Israël» prépare-t-il le récit d’une nouvelle Intifada ?
Les avertissements «israéliens» concernant une prochaine Intifada doivent être examinés avec prudence. «Israël» affirme depuis plusieurs années que la Cisjordanie est sur le point d’exploser, alors qu’il contribue lui-même à créer toutes les conditions d’un soulèvement : il affaiblit l’Autorité palestinienne et l’économie locale, laisse les colons agir librement, morcelle le territoire par les barrages et poursuit l’expansion des colonies.
En évoquant régulièrement le scénario d’une Intifada, «Israël» prépare l’opinion publique à sa possible réalisation et cherche à l’encadrer avant même qu’elle ne commence. Il transforme ainsi une éventualité future en une menace sécuritaire déjà identifiée, afin de légitimer par avance ses mesures répressives, ajoute le journaliste palestinien.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’une nouvelle Intifada organisée soit imminente. En revanche, la situation pourrait provoquer des réactions populaires plus larges et spontanées. Lorsque plusieurs membres d’une même famille ou d’un même village sont tués, chaque famille, chaque localité ou chaque communauté peut se sentir contrainte de défendre son existence avec les moyens dont elle dispose.
De Gaza à la Cisjordanie le plan est identique : éliminer le peuple palestinien
Après plus de deux années de guerre génocidaire dans la bande de Gaza, «Israël» semble désormais prêt à mettre en œuvre ses projets expansionnistes en Cisjordanie occupée. L’affaiblissement de Gaza constituait, à cet égard, une étape essentielle : pendant des années, les factions de la résistance palestinienne de Gaza se sont mobilisées en soutien à la Cisjordanie occupée et à la mosquée Al-Aqsa.
Aujourd’hui, la Cisjordanie se retrouve largement isolée face aux colons et à l’armée d’occupation, sous l’autorité d’une administration palestinienne affaiblie qui, malgré les violences infligées à son propre peuple, poursuit sa coordination sécuritaire avec l’occupation. Cette situation ouvre la voie à l’accélération de la colonisation, à l’annexion progressive des terres palestiniennes et à l’imposition de nouveaux faits accomplis.
