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Imam des opprimés

Le pacte nucléaire saoudite-américain : Un accord à plusieurs milliards de dollars qui ouvre la voie à une course au nucléaire dans la région

Le pacte nucléaire saoudite-américain : Un accord à plusieurs milliards de dollars qui ouvre la voie à une course au nucléaire dans la région
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Assia Husseini

Moins de vingt-quatre heures après la signature de l’accord de coopération nucléaire entre l’Arabie saoudite et le département américain de l’Énergie, Donald Trump a tenu des propos qui ont rapidement jeté le doute sur deux acquis majeurs que Riyad pensait avoir obtenus au terme des négociations.

Le premier concerne l’enrichissement de l’uranium sur le territoire saoudien. Alors que Riyad avait défendu son droit à développer localement le cycle du combustible nucléaire, l’administration américaine a réaffirmé son opposition à toute activité d’enrichissement dans le Royaume.

Le second porte sur le lien établi entre la mise en œuvre de l’accord nucléaire et l’adhésion de l’Arabie saoudite aux «accords d’Abraham», autrement dit la normalisation de ses relations avec «Israël». Or, Riyad avait jusqu’ici conditionné une telle démarche à un engagement «israélien» en faveur de la solution à deux États et à l’acceptation du principe d’un État palestinien. Une exigence que le «gouvernement israélien» actuel, dominé par l’extrême droite, rejette catégoriquement.

Ainsi, loin de consacrer un accord définitivement acquis, les déclarations de Trump ont révélé la persistance de divergences profondes entre Washington et Riyad, tant sur la question de l’enrichissement que sur le prix politique d’une éventuelle normalisation avec «Israël».

Une signature attendue depuis longtemps

Mercredi après-midi, des responsables américains et saoudiens, se sont réunis au siège du ministère américain de l'Énergie, au centre de Washington, pour assister à un événement attendu par les parties concernées depuis plus de deux décennies : la signature d'un accord de coopération nucléaire civile entre les États-Unis et l'Arabie saoudite.

La cérémonie de signature a été menée par le secrétaire américain à l'Énergie, Chris Wright, tandis que son homologue saoudien, le ministre de l'Énergie Abdelaziz ben Salmane, y a participé via un grand écran en direct de Riyad.

L'accord s'inscrit dans le cadre de ce qui est connu côté américain sous le nom d’«accords 123». Il s'agit d'accords de coopération nucléaire civile permettant aux entreprises américaines de transférer les technologies, les équipements et l'expertise nécessaires à la construction et à l'exploitation de réacteurs nucléaires dans le Royaume.

Cependant, l'importance de l'accord ne se limite pas à la construction de centrales de production d'électricité, elle s'étend à la nature des restrictions imposées au programme nucléaire saoudien, notamment en ce qui concerne l'enrichissement de l'uranium et le retraitement du combustible nucléaire usé.

Les informations disponibles indiquent que l'accord n'a pas adopté de manière explicite ce qu'on appelle la «norme d'or» (Golden Standard), appliquée dans l'accord nucléaire américain avec les Émirats arabes unis, et qui repose sur le renoncement définitif à l'enrichissement de l'uranium et au retraitement du combustible usé sur le territoire national de l'État concerné.

C'est là que réside l'un des points les plus sensibles: maîtriser le cycle du combustible nucléaire ne signifie pas automatiquement posséder une arme nucléaire, mais cela réduit considérablement la distance technique et temporelle requise pour acquérir la capacité d'en produire, si une décision politique en ce sens venait à être prise.

Avec les objections et les positions exprimées par Trump à la suite de la signature, il apparaît que l'accord reste juridiquement et politiquement instable, et ne peut être considéré comme une transaction définitive, aboutie et immédiatement exécutoire.

Les motivations américaines : fermer la porte à la Russie et la Chine ?

La nature de cet accord et son calendrier soulèvent une question fondamentale sur les raisons qui ont poussé les États-Unis à aller de l'avant, malgré les réserves liées à l'enrichissement de l'uranium et les craintes quant à la prolifération des capacités nucléaires dans la région.

Les informations indiquent que l'une des principales motivations américaines réside dans la volonté de fermer la porte à la Russie et à la Chine, et d'empêcher l'Arabie saoudite de développer une coopération nucléaire avec elles. Washington ne souhaite pas que Riyad, avec ses moyens financiers, sa position stratégique et son poids régional, se transforme en un marché ouvert aux entreprises et aux technologies nucléaires russes ou chinoises.

Du point de vue américain, cet accord ne représente pas seulement un choix stratégique et sécuritaire, il constitue également un contrat commercial à long terme. Le programme nucléaire saoudien pourrait s'étendre sur près de trente ans et nécessiter des dépenses de plusieurs milliards de dollars pour la construction de réacteurs, le transfert de technologie, la formation, la maintenance, ainsi que la fourniture de combustible et de services techniques.

Cela permettrait aux entreprises américaines d'obtenir d'immenses contrats, d'injecter des fonds dans l'économie américaine et d'assurer des emplois aux citoyens américains pendant de longues années.

Quant au calendrier de l'accord, dans le contexte de la guerre continue contre l'Iran et des tensions liées à son programme nucléaire, il pourrait refléter la volonté de Washington d'instaurer une sorte d'équilibre nucléaire et technique entre l'Iran et les pays du Golfe. Cela implique de permettre à l'Arabie saoudite de se rapprocher du statut de « seuil nucléaire » en termes d'infrastructures, de connaissances et de capacités techniques, même sans posséder physiquement d'arme nucléaire.

En ce sens, l'objectif américain pourrait être d'offrir à Riyad une capacité de dissuasion technique ou politique face à l'Iran, sans lui donner formellement les moyens de produire une arme nucléaire, tout en maintenant le programme sous la supervision et le contrôle des États-Unis.

Les risques du pari sur la stabilité du régime saoudien

Mais cette politique américaine comporte de grands risques, dont le principal est le suivant : autoriser un État du Golfe à détenir des capacités d'enrichissement d'uranium au motif que son régime dirigeant est un allié de Washington suppose que ce régime restera stable et allié sur le long terme.

Cette hypothèse ne tient pas compte des mutations potentielles au sein des régimes du Golfe, en particulier en Arabie saoudite, où la situation socio-politique indique l'existence de défis internes impossibles à ignorer.

Sur le plan populaire, le Royaume fait face à des problèmes liés au chômage, à la pauvreté et à l'élargissement des fractures sociales, de même qu’à de sévères pratiques répressives à l'encontre des opposants, des militants et des citoyens qui critiquent les politiques du pouvoir.

De même, des contestations existent au sein de certaines branches de la famille dirigeante quant aux politiques du prince héritier Mohammed ben Salmane, bien qu'elles ne s'expriment pas publiquement en raison de la nature du régime et de la fermeté de l'appareil sécuritaire.

D'où l'émergence d'une question fondamentale : comment l'administration américaine peut-elle faire confiance au transfert de capacités nucléaires sensibles à un État alors que celui-ci pourrait être confronté à l'avenir à des troubles internes, à des mutations politiques ou à des luttes au sein de la structure du pouvoir dont personne ne peut prédire la trajectoire ou les résultats ?

Les installations et capacités nucléaires ne sont pas liées à la seule personne du dirigeant actuel ; elles subsistent pendant des décennies et leur gestion peut passer à des forces, des dirigeants ou des régimes politiques totalement différents de ceux qui ont conclu l'accord initialement.

Fouad Ibrahim : Le projet nucléaire saoudien est ancien et ne s'est pas concrétisé

Le chercheur politique et opposant saoudien, le Dr Fouad Ibrahim, estime que le projet nucléaire saoudien n'est pas nouveau mais remonte à de nombreuses années, Riyad ayant tenté à maintes reprises de convaincre les administrations américaines d'y donner leur accord.

Ibrahim a indiqué que les tentatives saoudiennes ont commencé de manière évidente sous le mandat de l'ancien président américain George W. Bush, précisément en 2008, lors de l'annonce d'une série d'accords entre Washington et Riyad, parmi lesquels figurait le programme nucléaire civil.

D'après Ibrahim, les États-Unis ont veillé dès le début à rassurer «Israël» en affirmant que tout projet nucléaire saoudien resterait sous strict contrôle et surveillance américains. Cependant, ces tentatives n'ont pas conduit au lancement d'un programme effectif.

Il a expliqué que l'Arabie saoudite avait tenté, lors d'étapes ultérieures, de faire pression sur Washington en brandissant la menace d'une coopération avec la Russie ou la Chine dans le domaine nucléaire, mais les États-Unis ont posé une ligne rouge face à toute orientation de Riyad vers un autre partenaire international.

Il a ajouté que la question du programme nucléaire avait été soulevée de nouveau lors de la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane aux États-Unis, où il avait été question de signer un ensemble d'accords comprenant la coopération nucléaire, mais ce qui avait été annoncé ne s'est pas traduit par de véritables mesures d'exécution.

«Une bulle médiatique plus qu'un véritable accord»

Ibrahim a considéré que la réintroduction de cet accord dans un climat de guerre et de tensions régionales s'apparente plus à la présentation d'une réussite médiatique pour l'Arabie saoudite qu'au lancement d'un projet nucléaire sérieux.

Il a précisé que les discussions ont débuté autour d'un accord nucléaire sans conditions politiques directes, avant qu'il ne devienne clair par la suite que le projet était lié à l'adhésion de l'Arabie saoudite aux «accords d'Abraham» et à la normalisation des relations avec «Israël».

Il a souligné que les déclarations de responsables américains ont confirmé de manière explicite qu'il n'y aurait pas d'accord nucléaire applicable à moins que l'Arabie saoudite ne signe l'accord de normalisation, ce qui révèle, selon Ibrahim, le manque de sérieux de la première annonce.

Il a estimé que ce qui s'est produit jusqu'à présent ne dépasse pas le stade d'une «bulle médiatique», bien plus que d'un projet intégré ou d'un accord définitif, d'autant plus qu'«Israël» ne semble pas disposé à accorder à l'Arabie saoudite une marge de manœuvre étendue dans le domaine nucléaire.

Il a conclu en expliquant que la formule liée aux accords «123» américains suppose, à l'origine, que l'enrichissement du combustible nucléaire s'effectue hors de l'Arabie saoudite ; malgré cela, Riyad n'a toujours pas réussi à surmonter les objections américaines et «israéliennes» qui entourent ce projet.

 

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