«Hasbara»: Comment «Israël» tente de remodeler l’opinion mondiale
Assia Husseini
La guerre «israélienne» déclenchée dans la région ne se mène pas uniquement sur le plan militaire. Elle se déploie également sur les plans psychologique et médiatique, à travers plusieurs organismes sionistes qui s’efforcent de défendre l’entité «israélienne», de promouvoir son discours et de légitimer ses politiques.
Au cours de l’année 2025, le budget de la campagne de propagande «israélienne» a atteint 150 millions de dollars, soit vingt fois son niveau d’avant 2023.
Face à la détérioration de l’image d’«Israël» dans le monde, provoquée par le génocide dans la bande de Gaza et au Liban-Sud, ainsi que par les guerres régionales et les frappes aériennes ayant visé la Palestine, le Liban, la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Qatar et le Yémen, le «gouvernement israélien» de droite a décidé d’allouer une enveloppe sans précédent de 730 millions de dollars à la «Direction nationale de la diplomatie publique».
Cette institution, connue sous son appellation hébraïque de «Hasbara», supervise l’appareil de propagande «israélien», selon des informations publiées précédemment par le quotidien «The Jerusalem Post».
La «Hasbara», terme hébreu signifiant littéralement «expliquer», constitue un système intégré de communication politique. Elle vise à construire l’image d’«Israël», à la défendre, à justifier ses politiques et à remodeler la perception que les publics international et arabe ont des événements en Palestine, au Liban et dans l’ensemble de la région.
La «Hasbara» n’est pas née avec les réseaux sociaux. Ses racines sont bien plus anciennes. L’introduction de ce terme dans le discours sioniste remonte au début du XXᵉ siècle et est associée à Nahum Sokolow, l’un des dirigeants du mouvement sioniste. À cette époque, celui-ci devait s’adresser à l’Europe et la convaincre du projet visant à établir un foyer national juif en Palestine.
Après la création d’«Israël», la «Hasbara» s’est davantage institutionnalisée. Elle ne se limitait plus à des discours ou à des articles, mais est devenue partie intégrante du travail des ministères, de l’armée, des ambassades, des organisations juives et des groupes de pression.
Son importance augmente chaque fois qu’«Israël» traverse une crise d’image.
La «Hasbara» ne fonctionne donc pas à partir d’un seul compte ou d’une seule institution : elle repose sur un vaste réseau institutionnel.
Des institutions officielles et non officielles participent à ses efforts, notamment le ministère des Affaires étrangères, le Bureau du «Premier ministre», l’unité du porte-parole de l’armée, le «ministère des Affaires stratégiques», les organisations de la société civile favorables à «Israël», les groupes de pression et les organisations universitaires.
Cela signifie que le message ne provient pas uniquement de l’armée. Il peut être diffusé par une ambassade, une organisation étudiante, un influenceur, un centre de recherche, une association, une publicité sponsorisée, une tribune d’opinion ou une courte vidéo.
Nous arrivons ici à une question essentielle: que cherche la «Hasbara» à accomplir ?
La «Hasbara» poursuit plusieurs objectifs complémentaires. Elle cherche d’abord à améliorer l’image d’«Israël» en le présentant comme un «État démocratique», moderne, développé et pacifique, appartenant pleinement au monde occidental. Cette représentation est essentielle pour préserver le soutien politique, militaire et médiatique des pays occidentaux.
Le discours est toutefois adapté au public visé. En Occident, «Israël» met en avant la démocratie et les valeurs libérales, tandis que dans le monde arabe, il insiste davantage sur la «paix», la technologie, l’économie, la coopération et la normalisation.
La «Hasbara» vise également à justifier l’usage de la force. Lorsque des images de victimes civiles et de destructions circulent, elle présente les opérations militaires «israéliennes» comme des «actions défensives» imposées par les circonstances. «Israël» affirme alors qu’il ne fait que protéger sa sécurité, qu’il ne vise pas les civils mais le terrorisme, et qu’il n’a pas d’autre choix que de recourir à la force.
L’objectif est de faire apparaître l’acteur militaire non comme l’agresseur, mais comme un camp contraint d’agir.
Un autre objectif central consiste à présenter «Israël» comme une victime. Malgré sa puissance militaire, technologique et diplomatique, il est décrit comme un petit «État» menacé par un environnement hostile et par un danger existentiel. Ce récit de peur permet de susciter de la compassion envers le camp le plus puissant et de masquer l’ampleur de sa capacité de destruction.
La «Hasbara» cherche aussi à supprimer le contexte historique et politique. Elle commence souvent le récit au moment qui sert les intérêts «israéliens», par exemple lors d’un tir de roquette ou d’une opération palestinienne, sans revenir sur l’occupation, le blocus, la colonisation, les arrestations, les assassinats ou les violations antérieures.
Or, celui qui choisit le point de départ de l’histoire détermine également qui apparaîtra comme l’agresseur et qui sera présenté comme la victime.
Enfin, la «Hasbara» s’emploie à diaboliser l’adversaire. Elle réduit le Palestinien, le Libanais ou le résistant à une simple menace sécuritaire, en effaçant son histoire, ses droits et son humanité. La résistance n’est alors plus présentée comme la conséquence d’une occupation ou d’une agression, mais comme la cause principale du conflit.
On ne peut nier qu’au fil des années, la «Hasbara» a réussi à s’intégrer dans les sociétés arabes et musulmanes, et qu’une partie importante de leurs populations se trouve sous l’influence de la propagande sioniste, parfois sans même en avoir conscience.
Comment expliquer, autrement, que ces peuples ne se soient pas massivement révoltés face à la guerre génocidaire menée contre Gaza, qui s’est prolongée pendant plus de deux ans et dont les atrocités ont été retransmises presque en direct sur les réseaux sociaux ?
Comment expliquer les voix qui s’élèvent quotidiennement pour rendre les résistances palestinienne et libanaise responsables des atrocités commises par l’entité «israélienne» ?
Comment expliquer également l’acceptation des projets de normalisation, qui accordent une légitimité à «Israël» et conduisent, par conséquent, à une forme de consentement à ses politiques criminelles ?
Contrairement à ce qui s’est produit dans plusieurs pays arabes, le génocide à Gaza a profondément touché une partie importante des populations occidentales. «Israël» est aujourd’hui considéré comme l’un des «États» suscitant le plus de rejet dans le monde.
Même aux États-Unis, principal pays soutenant «Israël», la colère est devenue visible et les voix dénonçant le génocide se sont multipliées.
À présent, avec la poursuite de la guerre contre l’Iran, certains courants qui soutenaient traditionnellement «Israël», notamment au sein de l’extrême droite américaine, commencent eux aussi à s’opposer aux politiques «israéliennes», et plus particulièrement à celles du «gouvernement d’extrême droite» de Benjamin Netanyahou. Celui-ci est accusé par ses adversaires d’avoir entraîné les États-Unis dans une guerre coûteuse et sans issue favorable.
Face au recul du soutien à «Israël» au sein des différentes composantes de l’opinion publique américaine, y compris parmi les électeurs républicains, le «gouvernement» d’occupation a décidé de doubler le budget consacré à la «Hasbara» aux États-Unis, portant son montant à plus de 40 millions de dollars.
L’enjeu principal aujourd’hui ne consiste pas seulement à dénoncer la «Hasbara», mais à apprendre à reconnaître ses mécanismes, à rétablir le contexte historique et politique, et à construire un discours capable de restituer aux peuples concernés leur humanité, leurs droits et leur propre récit. Face à une guerre des armes se mène aussi une guerre du sens, et celui qui renonce à raconter son histoire laisse à son adversaire le pouvoir de la raconter à sa place.
