Mondial 2026: La victoire de l’Espagne célébrée comme celle de la Palestine
Assia Husseini
Les réactions qui ont accompagné la finale de la Coupe du monde 2026 ont montré que les grandes compétitions sportives dépassent désormais leur dimension purement compétitive pour devenir, bien souvent, un espace où les supporters expriment leurs positions politiques et humanitaires.
Après que le «Premier ministre israélien» Benjamin Netanyahou, ainsi que deux «ministres de son gouvernement d’extrême droite», Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, eurent annoncé leur soutien à l’équipe d’Argentine en finale de la Coupe du monde, les réseaux sociaux ont été inondés de messages favorables à la sélection espagnole.
De nombreux internautes ont rappelé les positions de l’Espagne en faveur de la Palestine durant la guerre génocidaire menée contre Gaza, ainsi que le vaste mouvement de solidarité populaire avec la cause palestinienne qu’a connu le pays pendant cette période. Des images du joueur espagnol Lamine Yamal brandissant le drapeau palestinien ont également été largement relayées.
La finale de la Coupe du monde s’est ainsi transformée en un espace de polarisation politique et populaire manifeste : d’un côté, un camp soutenant l’Argentine et l’État sioniste ; de l’autre, un camp solidaire de la cause palestinienne et, par conséquent, favorable à l’Espagne lors de cette rencontre.
Ce phénomène n’est pourtant pas nouveau. De nombreuses compétitions sportives ont, au cours de l’histoire, été investies d’une forte dimension politique : des Jeux olympiques de Berlin en 1936, utilisés comme instrument de propagande par le régime nazi, au salut historique de Tommie Smith et John Carlos contre le racisme à Mexico en 1968, en passant par le boycott sportif de l’Afrique du Sud durant l’apartheid et les boycotts croisés des Jeux olympiques de Moscou en 1980 et de Los Angeles en 1984. Les stades ont ainsi régulièrement cessé d’être de simples lieux de compétition pour devenir des tribunes politiques, diplomatiques et humanitaires.
Ce qui s’est produit lors de cette rencontre revêt toutefois une signification particulière : une partie du public a exprimé son rejet de la politique agressive d’«Israël» en soutenant l’adversaire de l’Argentine, un pays qui a appuyé «Israël» à plusieurs reprises, notamment durant la guerre génocidaire menée contre Gaza.
Avant même le coup d’envoi, puis après la fin du match, de nombreuses réactions ont été publiées sur les réseaux sociaux, en particulier sur la plateforme X, sous le mot d’ordre : «La voix de la Palestine triomphe». Une formule largement reprise par les internautes, qui ont exprimé leur joie après la victoire de la sélection espagnole face à son homologue argentine en finale de la Coupe du monde de football 2026, disputée dans le New Jersey, aux États-Unis.
Un autre épisode a joué en faveur de l’équipe espagnole : la manière dont ses joueurs ont réagi à la présence du président américain Donald Trump, chargé de leur remettre le trophée. Il était manifeste que les joueurs espagnols n’accueillaient pas favorablement sa présence à leurs côtés sur la pelouse, ni sa participation aux célébrations. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, lui aurait alors demandé de se retirer, mais Trump aurait insisté pour rester et apparaître sur la photo de la victoire aux côtés de l’équipe sacrée championne du monde.
La Fédération internationale de football (FIFA) et la Fédération espagnole de football ont ensuite fait disparaître Donald Trump de leurs photos officielles du sacre de l’Espagne à la Coupe du monde 2026. Quelques heures après la cérémonie, la Fédération espagnole a publié sur ses comptes officiels une photo de l’équipe soulevant le trophée sur laquelle le président américain n’apparaissait plus. De son côté, la FIFA a diffusé une autre version, recadrée de manière à l’exclure également de l’image.
A Gaza, le couronnement de la sélection espagnole à la Coupe du monde 2026 n’a pas constitué un simple événement sportif pour de nombreux de ses habitants. Il s’est transformé en une rare occasion de joie et en une manière d’exprimer leur reconnaissance, comme l’ont témoigné plusieurs Palestiniens lors d’un reportage réalisé par Al Jazeera Mubasher dans les rues de l’enclave afin de rendre compte de l’atmosphère des célébrations.
Le reportage a montré des dizaines de jeunes et de familles rassemblés dans plusieurs secteurs, attendant le coup de sifflet final avant de célébrer la victoire. Pour eux, le succès de l’Espagne revêtait une signification allant bien au-delà du football, en raison des positions prises ces derniers mois par plusieurs joueurs et responsables espagnols en faveur de la cause palestinienne.
Plusieurs participants aux célébrations ont expliqué qu’ils soutenaient la sélection espagnole depuis le début du tournoi. Ils ont souligné que les prises de position de joueurs espagnols, notamment Lamine Yamal, ainsi que l’apparition du drapeau palestinien lors de manifestations sportives, avaient profondément marqué de nombreux Palestiniens et conféré au sacre espagnol une importance particulière à Gaza.
Des participants ont également exprimé leur gratitude pour ce qu’ils ont qualifié de manifestations de solidarité avec le peuple palestinien. Ils ont affirmé ne pas oublier ceux qui se tiennent à leurs côtés et expliqué que leurs célébrations constituaient aussi un message de remerciement adressé à l’Espagne et à ses joueurs, au premier rang desquels Lamine Yamal.
Malgré les conditions humanitaires extrêmement difficiles dans lesquelles vit la population de Gaza, plusieurs habitants ont déclaré que les matchs de la Coupe du monde avaient offert aux familles un rare moment de répit et la possibilité d’échapper, pendant quelques heures, à l’atmosphère de guerre et de destruction. Le football demeure ainsi l’un des rares espaces capables de leur procurer quelques instants de joie et d’espoir.
Certains supporters historiques de l’Argentine ont tenté d’affirmer que le football n’avait rien à voir avec la politique et qu’il ne s’agissait que d’un jeu reposant sur le talent et le professionnalisme des joueurs. Mais les faits se sont révélés plus forts que toutes ces considérations.
Le soutien de l’État argentin à «Israël», incarné par son président Javier Milei — que Benjamin Netanyahou a lui-même présenté comme un ami personnel — a fini par peser davantage que les qualités sportives de sa sélection. Dans l’imaginaire d’une partie du public, la finale opposait ainsi une «Argentine sioniste» à une «Espagne palestinienne».
La victoire espagnole est dès lors devenue une source de joie pour de nombreux peuples, reconnaissants envers l’Espagne et son Premier ministre pour leurs positions courageuses. Des prises de position qui ont défié les plus grandes puissances mondiales afin de se tenir aux côtés des opprimés de la bande de Gaza
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