Documenter les enfants martyrs pour lutter contre l’effacement: Plus de 700 enfants martyrs recensés au Liban depuis 2023
Assia Husseini - AlAhed
Par souci de préserver la mémoire des enfants et nourrissons tués par l’ennemi «israélien» au Liban, une initiative a été créé, par des volontaires, intitulée «Habat al-Qouloub» («Les Graines du cœur»). Cette initiative a lancé son site internet, le mardi 14 juillet, destiné à préserver la mémoire des enfants martyrs âgés de moins de 18 ans en recensant leur nombre, leur identité et leurs rêves, et ceci depuis l’automne 2023.
Ces informations ont été collectées en coordination avec le ministère de la Santé publique, ainsi qu’auprès des familles vivant dans les villes et villages touchés par l’agression «israélienne» contre le Liban. Les bénévoles ont également procédé à la vérification de plusieurs contenus médiatiques ayant publié des données sur les enfants martyrs.
Jusqu’à présent, l’initiative «Habat al-Qouloub» a recensé plus de 700 enfants martyrs depuis l’automne 2023, parmi lesquels des Libanais, des Syriens et des Palestiniens. Son objectif est de faire de ce site une première plateforme d’information destinée aux juristes, aux journalistes, aux artistes et aux chercheurs, sous le slogan : «Nous nous souvenons. Nous résistons. Nous nous relevons.»
Le site offre également aux enfants blessés un espace leur permettant d’exprimer leurs sentiments et de témoigner de leur expérience. Il se veut aussi une référence scientifique permettant de compléter les informations relatives aux enfants martyrs et blessés, grâce à la réception de nouvelles données venant enrichir celles déjà recueillies par les bénévoles de l’initiative «Habat al-Qouloub».
La cérémonie d’ouverture a été organisée mardi 14 juillet à Beyrouth, sous le patronage du ministre de la Santé publique, le docteur Rakan Nassereddine, et de la présidente de la commission parlementaire de la Femme et de l’Enfant, la docteure Inaya Ezzeddine.
Elle s’est tenue en présence d’Amani Sami Bazzi, qui a été témoin de l’assassinat de ses trois enfants et de son époux lors d’une agression «israélienne» au sud du Liban, et de sa fille Assil, la seule survivante de l’incident, ainsi que du député et médecin Elias Jaradi, du fondateur de l’initiative, le docteur Houssam Matar, ainsi que de nombreuses familles d’enfants martyrs et blessés, et de représentants de la société civile, des milieux juridiques et des médias.
Le fondateur de l’initiative, le docteur Houssam Matar, a souligné que l’un des objectifs du colonialisme consiste à dépouiller les peuples de leur humanité et à les réduire à de simples chiffres. C’est pourquoi, a-t-il expliqué, une dimension essentielle de cette initiative vise à préserver la dignité humaine.
Il a déclaré : «Chaque martyr doit faire l’objet d’une mémoire et d’un suivi permanents, car notre humanité n’est inférieure à celle de personne dans ce monde.»

Il a précisé que l’initiative bénévole «Habat al-Qouloub» avait vu le jour durant la guerre. Ses membres ont recueilli des informations à partir des listes du ministère de la Santé publique, des réseaux sociaux et des sites d’information. Ils ont également contacté les familles des martyrs dans les villes et les villages afin de vérifier les informations et les photographies. Cette démarche s’est heurtée à de nombreuses difficultés dans la recherche de données exactes et fiables.
Il a ajouté que ce travail de documentation avait constitué une véritable épreuve émotionnelle, déclarant : «À travers les photographies, nous avons vu tant de beauté, d’innocence et de joie. Nous avons vu des garçons et des filles vêtus de leurs tenues de remise de diplômes, participant à des activités sociales, célébrant leurs anniversaires ou souriant aux côtés de leurs familles. Nous avons vu des enfants brillants dans leurs écoles, dont les regards et les sourires reflétaient les valeurs et l’éducation reçues. Israël a délibérément et méthodiquement tué ces rêves et cette enfance.»
Le docteur Houssam Matar a appelé les citoyens à contribuer à la documentation des informations relatives aux martyrs et aux blessés. Cette participation permettrait, d’une part, d’établir le nombre complet des victimes et, d’autre part, d’offrir à la société un moyen de s’exprimer, contribuant ainsi à son processus de guérison.
Il a également appelé les familles des enfants martyrs à créer une structure commune et à lancer une action collective, se déclarant prêt à leur apporter son soutien dans ce domaine.
Enfin, le docteur Matar a invité les organisations juridiques et les organismes de défense des droits humains à exploiter les informations recueillies par l’initiative. Il a indiqué que ces données seraient disponibles en anglais dans un délai d’une semaine.
Selon lui, ces chiffres montrent que, dans les différents districts, villes et villages, nous sommes confrontés à un axe d’extermination et de mal. Toutefois, nous voulons que ces souffrances renforcent au Liban l’unité de l’identité et du destin commun, tout en isolant les discours de haine.
Il a assuré qu’il était important de se souvenir des atrocités de l’ennemi afin de construire une identité commune, consciente de son ennemi et de l’interdépendance de son destin, indiquant que cette mémoire fait également partie du processus de guérison. «Nous résistons afin de donner un sens à la douleur, car celle-ci peut devenir une énergie au service d’un avenir meilleur. Quant au relèvement, il constitue la véritable revanche sur l’ennemi et le plus grand hommage rendu aux martyrs» a-t-il conclu.
À travers ce travail de mémoire, l’initiative «Habat al-Qouloub» entend ainsi restituer à chaque enfant son nom, son visage, son histoire et ses rêves. Au-delà du recensement des victimes, elle cherche à transformer la douleur collective en conscience, en solidarité et en engagement, afin que la mémoire des enfants martyrs demeure vivante et contribue à construire une société plus unie, plus résiliente et plus attachée à la justice.
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