Entre feuille de route et reprise de la guerre: le nouveau bras de fer entre Sanaa et Riyad
Assia Husseini
Sanaa a relevé le niveau de la confrontation avec l’Arabie saoudite après le ciblage de la piste de l’aéroport international de Sanaa et l’interdiction faite à un avion iranien transportant une délégation yéménite d’atterrir. En réponse, les forces armées yéménites ont visé l’aéroport d’Abha à l’aide de missiles et de drones, dans ce qui constitue la plus importante escalade directe entre les deux parties depuis le début de la trêve en 2022.
Dans ce contexte, sayyed Abdel-Malek al-Houthi, chef du mouvement d’Ansarullah, a accordé à Riyad un délai de 48 heures pour prendre des mesures concrètes visant à lever les restrictions imposées à l’aéroport de Sanaa. Il a averti que la poursuite du blocus entraînerait une riposte fondée sur le principe suivant : «les aéroports contre les aéroports, et les ports contre les ports».
Les menaces de Sanaa ne se limitent pas aux aéroports. Sayyed al-Houthi a indiqué que les ports ainsi que les installations pétrolières et stratégiques saoudiennes pourraient également devenir des cibles si Riyad choisissait d’élargir la confrontation ou poursuivait ses pressions sur Sanaa.
Dans son analyse de ces développements, le politologue yéménite Taleb al-Hassani a expliqué dans une interview accordée au site d’Al-Ahed que la principale revendication de Sanaa consiste à obtenir la levée totale du blocus aérien imposé aux aéroports civils yéménites, en particulier l’aéroport international de Sanaa, ainsi que l’aéroport de Hodeïda.
Al-Hassani a ajouté que la question de l’aéroport était déjà au cœur des discussions en avril 2022, lorsque des accords préliminaires avaient été conclus dans le cadre d’une feuille de route. Ces accords prévoyaient une réouverture progressive de l’aéroport de Sanaa, à travers l’autorisation d’un nombre limité de vols hebdomadaires vers certaines destinations, notamment la Jordanie et l’Égypte, avant un élargissement progressif du nombre de vols et de destinations.
Selon al-Hassani, Sanaa ne réclame plus aujourd’hui une simple augmentation du nombre de vols, mais exige la levée complète des restrictions afin de permettre aux aéroports civils de fonctionner normalement, sans conditionner leurs activités à une autorisation préalable de l’Arabie saoudite.
Al-Hassani a également affirmé que Sanaa envisageait de reprendre les liaisons aériennes vers de nouvelles destinations, notamment Téhéran, par l’intermédiaire de compagnies iraniennes telles que Mahan Air. La reprise de ces vols devrait constituer un test concret de la position saoudienne.
Si Riyad autorise les décollages et les atterrissages sans perturber les vols ni viser l’aéroport, cela pourrait ouvrir la voie à un nouveau processus d’assouplissement des restrictions. En revanche, si l’aéroport de Sanaa est de nouveau pris pour cible, ou si les frappes s’étendent à l’aéroport de Hodeïda, Sanaa considérera, selon al-Hassani, que l’Arabie saoudite a décidé de reprendre la guerre.
Al-Hassani a indiqué que l’Arabie saoudite avait renoncé, après l’opération «Déluge d’Al-Aqsa», à plusieurs engagements liés à la feuille de route, signée en 2022, en cherchant à tirer profit des transformations régionales et de la guerre qui a touché la région.
Il a ajouté que Riyad avait parié sur le fait que ces développements affaibliraient l’axe de la résistance, ce qui lui aurait permis de se soustraire aux accords précédents et de réimposer ses propres conditions. Cependant, selon l’analyse d’al-Hassani, les évolutions militaires et régionales n’ont pas confirmé ce scénario et n’ont pas entraîné l’effondrement de cet axe. Elles auraient, au contraire, contribué à renforcer sa position.
Le différend ne concerne pas uniquement les aéroports. Il porte également sur les ports, le paiement des salaires des fonctionnaires, ainsi que les revenus du pétrole et du gaz. Sanaa réclame que les recettes issues des ressources pétrolières et gazières extraites des provinces du sud et de l’est soient utilisées pour payer les salaires et financer les services publics.
Et Al-Hassani de poursuivre : En l’absence de solutions à ces dossiers, Sanaa pourrait passer à des niveaux plus élevés d’escalade, soit en élargissant l’équation de ciblage des aéroports et des ports, soit en prenant des mesures militaires liées aux provinces du sud.
Il a précisé que cette escalade pourrait aller, selon la vision défendue par Sanaa, jusqu’à une opération visant ce qu’elle qualifie de «libération des provinces du sud», si les dossiers économiques et souverains restent sans solution et si l’Arabie saoudite, ainsi que les forces qui lui sont alliées, persistent à ne pas appliquer les dispositions de la feuille de route.
Les prochains jours apparaissent donc décisifs pour déterminer l’évolution des relations entre Sanaa et Riyad. Soit l’Arabie saoudite prend des mesures concrètes conduisant à la levée des restrictions imposées aux aéroports et aux ports et à la reprise de la mise en œuvre de la feuille de route, soit la confrontation entre dans une nouvelle phase dépassant le seul dossier aérien pour s’étendre à des équations militaires et économiques plus larges. Entre l’option de l’apaisement et celle de l’escalade, Sanaa place désormais la balle dans le camp de Riyad, en affirmant que la poursuite du blocus ne restera pas sans réponse.
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