Discours du secrétaire général du Hezbollah à l’occasion de l’Achoura
Au nom de Dieu
Le 27 novembre 2024, un accord de cessation de l’agression a été conclu après des tentatives «israéliennes» visant à mettre fin à la résistance. Mais les rapports de force avaient conduit à cette situation : il était censé y avoir une deuxième étape, appelée le retrait «israélien». L’agression avait échoué et n’avait pas réussi à atteindre ses objectifs.
Cependant, «Israël» continuait à parier sur un changement des circonstances. Il a tenté sa chance, pensant que la résistance s’affaiblissait. Netanyahu est alors arrivé à un point où il a réussi à influencer Trump et à l’entraîner dans une guerre contre l’Iran. Il disait : «Si nous frappons l’Iran, nous frappons le centre ; ensuite nous reviendrons frapper les bras», comme ils les appellent.
Ils pensaient qu’ils se trouvaient donc devant une opportunité historique, non pas pour mettre fin à la résistance au Liban, mais pour éliminer la tête de la résistance dans le monde arabe et islamique, celle qui représente, selon eux, le sommet du soutien aux opprimés dans leurs choix indépendants ainsi que le grand soutien à la libération de la Palestine et celle de toutes les terres occupées.
Un projet immense, très. Mais ni les États-Unis ni «Israël» n’y sont parvenus. Ils sont arrivés à un point où ils ont lancé une aventure, qui, selon de nombreux observateurs, devait se terminer en quelques jours. Or il s’est avéré que non.
Aujourd’hui, l’Iran est sorti plus fort, malgré des sacrifices énormes. L’Iran a désormais son mot à dire. L’Iran a démontré qu’il ne renonce pas à ses droits. De même, la résistance au Liban a réussi à supporter les immenses sacrifices, le martyre de sayyed Hassan Nasrallah, celui des autres martyrs, les efforts des combattants, des familles et les grandes souffrances subies.
En Iran, il y a eu le martyre de l’imam-Leader, ainsi que celui de tous ces dirigeants et de tous ces martyrs.
Vingt-cinq mille frappes aériennes ont été menées contre l’Iran, et pourtant l’Iran a tenu bon. Elle a réussi à rester debout, parce que son peuple est un grand peuple et que sa direction est exceptionnelle.
Au Liban, durant l’opération «Al-Assf al-Ma’koul» qui a duré 105 jours, près de dix mille frappes aériennes ont été menées. Malgré tous ces sacrifices, la résistance demeure solide. «Israël», ainsi que tous ceux qui le soutiennent, doivent reconnaître une chose : Ils avaient un projet visant à éliminer l’Iran, le Hezbollah et l’ensemble de la résistance dans la région et ce projet a échoué.
Nous sommes donc entrés dans une nouvelle phase: celle des conséquences de l’échec du projet américano-«israélien» visant à frapper la résistance. Ils doivent désormais en accepter les données fondamentales. Il ne leur est plus possible de revenir en arrière.
Ils nous disent : «Il y a un cessez-le-feu.» Mais il semble qu’au Liban et au Moyen-Orient, le cessez-le-feu ait une définition différente de celle connue dans le reste du monde.
Qu’est-ce donc que ce cessez-le-feu ? Une invention nouvelle, vraiment. Selon eux, le cessez-le-feu signifie que le Hezbollah cesse de tirer, tandis qu’«Israël» conserve sa liberté d’action. Il peut tuer où il veut, avancer où il veut, et cela s’appelle malgré tout un cessez-le-feu !
Puis, plus tard, nous discuterons d’un accord. Cela ne s’appelle pas un cessez-le-feu. Cela s’appelle la poursuite de l’agression. Pensez-vous pouvoir imposer cela ? Vous ne le pouvez pas. Qui accepterait avec vous un tel cessez-le-feu ?
Je vais vous révéler quelque chose dont nous n’avions pas parlé auparavant. Pendant les quinze mois durant lesquels nous avons fait preuve de patience, tous ceux qui nous contactaient pour proposer une solution commençant par un cessez-le-feu nous disaient :
«Par cessez-le-feu, nous voulons dire que vous cessez le feu pendant 48 ou 72 heures afin de voir si Israël accepte à son tour de cesser le feu ; ensuite nous verrons vers quelle solution nous pourrons aller.»
Nous leur répondions : «Comment cela, cesser le feu ?» Ils répondaient : «Non, il s’agit d’une concession de votre part pour voir si Israël est d’accord ou non.» Cette proposition a été formulée durant les quinze mois en question. Elle a été répétée de la même manière pendant l’opération «Al-Assf al-Ma’koul», au cours des derniers mois. De qui se moque-t-on ? Ensuite ils nous disaient : «Que pouvez-vous offrir à Israël ?» Pourtant, «Israël» a déjà pris ce qu’il voulait prendre. Il existe un accord ; qu’il soit appliqué. Ils répondaient : «Non, il faut encore lui donner quelque chose.» Pourquoi ? Parce que, disaient-ils :
«Nous parlons avec Israël, et Israël affirme qu’il dispose de la force nécessaire pour imposer ce qu’il veut. Des gens l’aident dans cette démarche. Pourquoi ne profiterait-il pas de cette force pour obtenir ce qu’il désire ?» Autrement dit, ils ne partent pas du principe que vous avez un droit qui doit vous être reconnu. Ils ne partent pas du principe qu’«Israël» est l’agresseur. Ils partent du principe de la domination, de l’occupation, de l’expansion et du projet du «Grand Israël».
Ils cherchent à lui faciliter le terrain autant que possible et ils sollicitent l’aide de tous les autres acteurs afin qu’ils se rangent à ses côtés.
Nous avons répondu : non. Bien sûr, nous avons souffert. Nous avons souffert parce que ceux qui nous demandaient d’agir de cette manière auraient dû être à nos côtés. Car nous sommes dans notre droit. Ils auraient dû nous appuyer au moins verbalement.
Ou en tout cas, ils auraient dû au moins éviter de rester assis à applaudir «Israël». Et, au moins, éviter que certains misent sur «Israël». Quoi qu’il en soit, nous ne voulons pas nous engager davantage dans ce sujet.
Chaque fois qu’il était dit qu’il y avait un cessez-le-feu, nous, nous le respections : 24 heures, 48 heures, pendant l’opération «Al-Assf al-Ma’koul»... alors qu’«Israël» ne le respectait pas. Nous avons donc continué, car nous avons pris une décision, celle de ne pas revenir à la situation d’avant le 2 mars.
Il n’existe pas de cessez-le-feu qui donne à «Israël» une liberté de mouvement. Le cessez-le-feu signifie : arrêt complet de l’agression par air, terre et mer ; absence de destruction ; absence de consolidation de présence dans les zones occupées ; absence d’avancée, le tout en vue d’un retrait selon un calendrier rapide.
Il ne devrait y avoir aucun gain pour «Israël». Il n’existe qu’une seule règle : toute partie qui veut conclure un accord avec «Israël» doit s’accorder sur la sécurité mutuelle et le déploiement de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani. En dehors de cela, il n’y a rien.
Quant aux projets de désarmement et aux questions du type «que ferez-vous à l’avenir ?», tout cela est terminé.
Car nous sommes maintenant dans une phase où nous avons brisé le projet «israélien».
Et lorsque nous brisons le projet «israélien», il est illogique de continuer à discuter selon les conditions d’il y a un an ou deux, lorsque «Israël» était dominant et arrogant et faisait ce qu’il voulait.
Aujourd’hui, nous avons un très grand soutien, qui vient de la République islamique d’Iran, des Gardiens de la Révolution, de la direction iranienne et du peuple iranien : ils ont présenté un mémorandum d’entente dont le premier point est l’arrêt de l’agression contre le Liban.
Ils utilisent toutes leurs capacités, tous leurs sacrifices et toute leur force, leur détermination et leur sincérité pour défendre le Liban, son indépendance, sa résistance et son peuple.
Certains disent : «Pourquoi doit-il y avoir une interdépendance entre les deux dossiers ?»
De quelle interdépendance parlent-ils ?
L’Iran dit : je veux arrêter le feu chez vous, et vous irez négocier. L’Iran ne négocie pas en notre nom et personne ne parle en notre nom.
Pourquoi s’accrocher à une revendication qui ne nous est pas utile ?
Quand ceux qui ne veulent pas de l’interdépendance avec l’Iran vont négocier, est-ce vraiment une négociation ? Ce sont des diktats qui leur sont imposés.
Dites-moi : depuis le 27-11 2024 jusqu’à aujourd’hui, est-ce qu’ «Israël» vous a donné une seule chose ? Rien.
Les «Israéliens» prennent, ils prennent encore, et chaque fois que vous vous asseyez avec eux, ils prennent davantage.
Pourquoi leur donnez-vous cela ? Avez-vous quelque chose à leur donner ? Avez-vous la souveraineté libanaise à leur offrir ?
Avez-vous le pouvoir de leur donner le contrôle de votre pays et de votre gestion interne ?
Ils n’ont aucun droit. Il faut les arrêter.
Tenez bon. Que peuvent-ils faire contre vous ?
Nous avons déjà fait de grands sacrifices, et beaucoup pensaient que nous n’arriverions pas à tenir, mais nous y sommes arrivés.
Utilisez ce que nous avons accompli.
Profitez de ce que fait l’Iran.
Regardez l’Iran : il ferme le détroit d’Ormuz pour le Liban. C’est une arme entre vos mains.
L’État libanais doit utiliser cette arme et s’y appuyer.
Il suffit que les États-Unis viennent et disent : «Nous ne pouvons pas faire pression sur Israël.», pour que tout s’arrête. Mais celui qui dit que Trump ne peut pas briser «Israël» ne comprend rien à la réalité.
Si Trump décide d’imposer quelque chose à Netanyahu, toute l’entité «israélienne», dans toutes ses composantes, se tiendra debout malgré elle et n’osera pas contredire la position américaine.
Car toute l’agression et toute la brutalité d’«Israël» n’auraient pas atteint ce niveau sans le soutien américain, permanent et continu.
Les «Israéliens» disaient d’ailleurs toujours : «Nous avons l’accord des Etats-Unis», «les Etats-Unis nous ont dit», «les Etats-Unis négocient en notre nom».
Maintenant, les Etats-Unis sont en première ligne.
Ils ont leurs intérêts : au Liban, en Iran et partout ailleurs. Ils peuvent défendre leurs intérêts au Liban et ailleurs, mais pas à travers le projet «israélien».
Ils doivent mettre fin au projet «israélien». «Israël» est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis en portent l’entière responsabilité. Que l’«Israélien» et le non-«Israélien» sachent : rester sur le sol libanais est impossible. Il n’existe aucune zone de sécurité pour «Israël», et aucune partie du territoire libanais ne peut être contrôlée depuis l’intérieur par l’armée «israélienne».
Nous avons une armée nationale, c’est elle qui se déploie, elle est responsable de la souveraineté, et nous coopérons avec elle. Ensemble, dans notre pays, nous pouvons construire notre souveraineté et récupérer cette terre.
«Israël» peut tuer, et il tue des civils et des enfants, il détruit les maisons. Durant cette dernière période, ces deux jours, pourquoi cette action criminelle inhabituelle ? Parce que les «Israéliens» essuient des coups sur le terrain : six ou sept fois ils ont essayé d’atteindre Ali al-Taher. Chaque jour, ils ont quinze à vingt morts et blessés parmi eux avec leurs véhicules. Ils sont devenus fous. Comment vont-ils décharger leur colère ? Comment les «Israéliens» peuvent-ils dire : non, nous sommes forts ? Forts contre des enfants ? Ce n’est pas de la force, c’est du crime, c’est de la bassesse. Allez voir leur réputation dans le monde, voyez comment elle est devenue. Quoi qu’il en soit, doucement, ils vont s’enterrer eux-mêmes.
Moi, personnellement, je suis convaincu qu’«Israël» disparaîtra de l’intérieur. Peut-être que nous ne ferons que constater le résultat ou distribuer des bonbons le jour de sa disparition. Car ce qu’ils font est une injustice insupportable, insupportable pour l’humanité, insupportable pour le monde. Allez voir leur réputation et leur position dans le monde : où en sont-ils arrivés ?
En tout cas, «Israël» ne restera pas au Liban, même si ses crimes augmentent, et nous nous défendrons.
Tout cessez-le-feu doit être sous le titre de l’arrêt global de l’agression, nous y sommes déjà engagés s’il a lieu, mais nous n’accepterons aucune violation. Toute violation sera affrontée, toute violation sera combattue, toute violation sera traitée selon ce que nous jugeons approprié. Nous avons terminé avec la situation d’avant le 2 mars.
J’appelle les autorités libanaises à profiter du processus déclenché par le mémorandum d’entente entre l’Iran et les Etats-Unis. Regardez les gens honorables en Iran, réglez votre différend avec l’Iran. Les Etats-Unis eux-mêmes sont en train de régler leur situation avec l’Iran, tous les pays arabes le font aussi. Et vous, qu’attendez-vous ? Pourquoi restez-vous à l’écart?
Réglez cela rapidement et au bon moment, car c’est un atout pour vous. Personne ne prendra quoi que ce soit de votre chemin. Et celui qui vous a ordonné de couper les relations avec l’Iran est en train de rétablir lui-même ses propres relations avec ce pays, après 47 ans d’histoire douloureuse avec les Etats-Unis.
Je vous dis dès maintenant, notez-le : il n’y aura aucune domination d’un camp sur un autre au Liban. Nous ne voulons dominer personne, et nous ne permettrons à personne de nous dominer. Le Liban ne peut fonctionner qu’à travers la coexistence. Nous sommes prêts à la coexistence. Au contraire, le Liban se détruit par la mainmise et le recours à l’étranger. Il faut couper la main de l’étranger et régler nos affaires entre nous, si Dieu le veut.
J’appelle les autorités, qui sont enthousiastes à l’idée de mettre fin à l’état d’hostilité avec «Israël», à ne pas augmenter l’hostilité contre plus de la moitié de ce peuple par des mesures qui détruisent la confiance et la cohésion nationale. Nous devons marcher ensemble pour affronter l’ennemi, restaurer notre souveraineté et construire notre pays.
Je voudrais encore m’adresser au ministre Sleimane Frangié. Je veux lui dire : on vous a mis sur la liste des sanctions, cela signifie que vous êtes parmi les symboles de l’honneur au Liban, car vous ne suivez personne, vous suivez vos principes, vos convictions et votre patriotisme. Je vous rends hommage à vous et aux membres d’Amal et du Hezbollah, ainsi qu’aux éléments des forces de sécurité et de l’armée qui ont été mis sur la liste des sanctions : si ceux qui ont imposé ses sanctions pensent que cela nous affaiblit ou nous brise, je leur dis : non, nous sommes plus forts grâce à notre position juste.
