L’ennemi envasé dans le bourbier du Liban-Sud :Analyse du déploiement à Naqoura–Chaqif
Par Samer Haj Ali *
Fort de sa capacité à détruire les infrastructures civiles et l’économie du Sud-Liban, l’ennemi «israélien» poursuit sa guerre, aujourd’hui manifestement perdue face à des objectifs qui changent sans cesse, à des pertes qui s’accroissent d’heure en heure, et à un aveu de défaite que les responsables politiques tentent d’éviter à chaque instant.
Tout cela s’inscrit dans la continuité d’échecs plus graves encore que ceux de la Seconde Guerre du Liban. Les différences entre ce conflit et la situation actuelle sont nombreuses, mais les points communs le sont tout autant. Parmi ces points, les tactiques adoptées par la Résistance méritent une attention particulière. Durant les quinze mois séparant les batailles d’Ouli al-Baas et d’Al-Asf al-Maakoul, certains aspects de l’opération dite «de poids qualitatif», initialement dirigée et planifiée par le commandant jihadiste hajj Imad Moghniyeh, furent réactivés.
Il parvint à dissimuler les capacités de la Résistance islamique à l’ennemi en le trompant avec des informations précises concernant lieux et positions. L’armée d’occupation fut ainsi contrainte de fonder sa stratégie sur un schéma déjà préparé. Le choc fut brutal lorsque des missiles frappèrent en profondeur en territoire ennemi, détruisant des systèmes antichars et des chars «Merkava». L’ennemi fut alors plongé dans la confusion, donnant naissance à ce qu’il appela «l’opération des soixante heures», une tentative désespérée de protéger les forces engagées sur le terrain pendant que les responsables politiques se réfugiaient à «Tel-Aviv». Toutefois, ni l’armée ni le gouvernement sioniste ne purent échapper à la commission d’enquête : elle fit tomber des dirigeants et balaya plans et illusions.
Cette situation s’est produite malgré le fait que le «Nouveau Moyen-Orient», tel qu’envisagé par les États-Unis, relevait d’une vision portée par le président George Bush et sa secrétaire d’État Condoleezza Rice. Malgré son franc-parler, cette vision n’a pas entraîné les Libanais dans la dynamique de la normalisation et de la soumission humiliante.
Le «poids qualitatif» renouvelé
La situation demeure comparable aujourd’hui. Nous ignorons cependant la manière dont la Résistance qualifiera ses tactiques de dissimulation de capacités. Néanmoins, les événements récents démontrent que cette approche reste aussi significative que l’opération de «poids qualitatif».
Les résistants ont réussi à tromper l’ennemi, tout en duper également ses alliés. Il s’agit ici de capacités militaires : car tout le monde pensait que nous ne disposions que de quelques fusils et d’ogives de roquettes légères, à peine suffisants pour nous protéger si nous décidions de rester pris dans un conflit intérieur imposé—alors même que la guerre civile n’a jamais fait partie de la stratégie de la Résistance.
La crainte qui découle du Hezbollah est palpable partout.
Ce nouveau «poids qualitatif» a sidéré l’ennemi : dès le premier jour, des combats acharnés ; des frappes en profondeur ; des aéroports, des ports et des installations hautement sensibles sous le feu ; des drones abattus ; près de 300 chars Merkava détruits ou neutralisés ; des localités du Nord évacuées sous les bombardements ; et des combats violents sur l’ensemble des fronts.
Le résultat : une ténacité inébranlable qui oblige l’ennemi à abandonner ses objectifs, au point où il ne parvient plus à définir clairement ses buts. Son ambition principale serait désormais de progresser au nord du Litani, dans une zone étroite à moins de trois kilomètres de la frontière.
C’est ainsi que l’ennemi se trouve aujourd’hui : il occupe des zones qu’il avait largement rasées entre deux guerres, évoluant librement dans la première ligne de villages et de villes allant de Naqoura jusqu’à Khiam, et dans certains villages de la seconde ligne, notamment dans le secteur ouest.
Ce qui se déroule actuellement n’est qu’une répétition du même scénario : l’ennemi tente de projeter une image rassurante pour ses colons en menant d’importants travaux de terrassement et de démolition afin de réduire les déplacements jusque dans les environs immédiats de la frontière. Mais qu’en est-il réellement de son déploiement sur le terrain aujourd’hui ?
Réduction des effectifs, des déploiements et retrait de capacités militaires
Il est manifeste que l’ennemi a commencé à installer plusieurs points et positions en territoire libanais, dans la zone qu’il appelle la «Ligne Jaune ». Dans le secteur ouest, il a mis en place un quartier général de commandement pour ses forces opérant à Bayyada, plus précisément dans l’ancien quartier général de la 5e Brigade de l’Armée libanaise.
Il convient de noter que l’ennemi a démantelé des emplacements d’artillerie à Iskenderun et Deir Hanna après des frappes de drones et de missiles de la Résistance. La nouvelle configuration montre que la zone de responsabilité de la 146e Division, qui s’est retirée du Liban il y a quelques jours, a été confiée à la brigade Baram (300), unité relevant de la Division Galilée, division régionale initialement déployée à la frontière libanaise.
Cela implique une réduction des effectifs et des déploiements militaires, ainsi qu’un retrait de capacités—notamment des véhicules blindés, du matériel, des positions et des soldats—comme si l’ennemi s’était déjà attelé à cette tâche face à l’escalade des opérations de drones qui déciment ses forces.
Dans ce secteur, la présence de l’ennemi a clairement diminué, bien qu’il conserve des positions et des avant-postes près du quartier général de la FINUL à Naqoura, dans la région de Labbouneh, dans le quartier de Nimr al-Jamal, à la périphérie d’Alma al-Chaab, ainsi qu’autour du village de Dheira. Il a aussi réactivé sa présence à Jardaah et autour de la colline de Tel Ismail, en plus d’un déploiement plus important sur la colline de Blat, récemment établie.
Dans cette zone, l’ennemi utilise des positions et des bases situées derrière la Ligne bleue : on relève notamment des emplacements d’artillerie à Khirbet Maar, Ghorin et ailleurs. Il tente également de dissimuler des batteries du Dôme de fer : plusieurs auraient été détruites par la Résistance sur le site de Jal al-Alam et dans les camps de la forêt de Galilée, près de la colonie de Shomera.
Information exclusive
Au cours d’une opération, un drone de la Résistance a poursuivi un quad près du site de Jal al-Alam et l’a touché, tuant ses occupants. L’ennemi n’a pas cherché à porter secours à ses soldats, prétendant mensongèrement que le drone s’était écrasé en terrain dégagé.
Secteur central et opérations
Dans le secteur dit «central» du sud, l’ennemi surveille Aïta al-Chaab depuis le côté palestinien occupé grâce à une série de positions frontalières : Dahr al-Jamal, al-Hadab, al-Rahib et la caserne de Baranit. Après avoir rasé les derniers quartiers en représailles à ses défaites—dont les effets se répercutent jusque dans chaque maison—il y a établi une position d’artillerie.
Ses mouvements sont absents d’al-Qaouzah, Beit Lif et Hanin, localités qu’il a rasées et où il n’est plus présent. À Rshaf, il maintient un quartier général de commandement pour la 401e brigade blindée, d’où il dirige les tentatives d’avance vers Haddatha en vue de le contrôler. Il est également présent aux abords du village, avec des liaisons limitées entre Rshaf et la zone.
Onze de ces tentatives ont été repoussées par la Résistance. L’ennemi a donc dû emprunter un autre itinéraire pour tenter de percer les lignes vers Haddatha : il a déplacé ses forces depuis la région de Chaqif al-Naml, aux abords d’al-Tiri, dimanche, mais la Résistance lui a aussi opposé une résistance qui l’a contraint à battre en retraite.
Haddatha, Maroun al-Ras et Aitaroun
Les tentatives de contournement de Haddatha ne sont qu’une répétition d’une tactique systématique utilisée dans chaque village que l’ennemi tente d’atteindre. Il évite de s’enfoncer profondément dans des zones peuplées afin d’échapper aux embuscades et aux affrontements directs avec les résistants, en contournant les villages par des secteurs dégagés bénéficiant d’un important couvert de feu.
L’ennemi a installé une nouvelle position dans la ville de Maroun al-Ras, ainsi qu’une position d’artillerie. Sa présence principale se concentre dans la ville frontalière d’Aitaroun, où il avait auparavant établi la position de Jal al-Deir avant la guerre. Aitaroun constitue en effet un axe de passage crucial pour ses forces à destination et en provenance des territoires palestiniens occupés.
Bint Jbeil
À Bint Jbeil, les forces ennemies se positionnent sur les hauteurs de Chamran, à l’ouest, ainsi qu’à proximité de l’école Al-Ishraq, entre cette école et Ainata. Ces deux derniers jours, elles ont été attaquées par la Résistance, entraînant des pertes confirmées.
Parallèlement, l’ennemi infiltre Qounine et bombarde des habitations afin d’établir une zone de sécurité et d’empêcher l’accès de ses forces à cette localité. Un contingent de l’Armée libanaise reste stationné à Beit Yahoun, où il maintient un point de contrôle à l’entrée.
Blida, Houla et Markaba
Entre Blida, Houla et Markaba, l’ennemi continue d’éviter de progresser vers l’ouest, dans les villages exposés où il a tenté à plusieurs reprises de s’infiltrer. À chaque fois, il subit des pertes et se replie.
Il se retranche sur certaines collines qui surplombent la zone, où il avait été positionné avant la libération en 2000. Il a aussi établi une position militaire sur la colline de Marj à Houla, sur les hauteurs de Dawawir entre Houla et Markaba, ainsi que dans la vallée de Hounine. En outre, ses opérations se poursuivent le long de l’ensemble de la bande frontalière, depuis ses positions habituelles.
Qantara – Odeisseh
Sur l’axe reliant Adaisseh à Qantara, l’ennemi se trouve à un point nouvellement établi à Khallat al-Mahafir dans le cadre du projet Al-Taybeh, ainsi que dans la ville de Qantara. Il s’est retranché près de la zone industrielle et dans la région d’Al-Salaa.
Depuis un quartier général récemment installé dans la ville, il supervise les opérations qu’il tente de mener vers Wadi al-Hujair et la périphérie de Ghandouriyeh. Cependant, la Résistance l’y repousse : elle anticipe, analyse avec précision ses mouvements, puis élabore des plans pour le contrer et lui infliger des pertes. Les trois engins explosifs improvisés (EEI) ayant explosé ces derniers jours constituent un exemple de cette précision : ils auraient semé la terreur chez les soldats de l’ennemi depuis des décennies.
Sur cet axe, la situation est identique aux autres : l’ennemi réduit fortement ses effectifs afin d’échapper aux frappes de la Résistance, notamment aux drones, réputés pour leur capacité à surveiller, repérer, éliminer et réaliser des images—ce qui l’humilie en réalité.
Khiam
À Khiam, l’ennemi se concentre autour de l’ancien centre de détention qu’il a rasé. Sur les ruines, il a établi une nouvelle position. Cette présence complète celle de Hamames.
Ses déplacements restent largement invisibles au sein des quartiers de la ville et ne seraient pas observés à Kfarkila, où il se positionne entre Kfarkila, Adaisseh et Taybeh, sur les hauteurs de Awaida, là où l’armée libanaise s’est retirée. Cette position aurait été construite avec l’aide britannique.
L’ennemi maintient aussi un poste d’observation à Tell al-Nhas : un char «Merkava» et un véhicule blindé de transport de troupes «Nemera» s’y trouvent et seraient utilisés régulièrement en rotation.
Incapable de pénétrer Debbine et Blat en raison de la résistance acharnée—qui aurait détruit plusieurs de ses chars et véhicules—l’ennemi s’est récemment retiré de Debbine. L’armée libanaise est entrée dans la ville et a rouvert la route qui la traverse entre Marjeyoun et Ibl al-Saqi.
En parallèle, les activités ennemies dans la région de Arqoub se limitent toujours à des opérations spéciales telles que des attentats et des enlèvements. Quant à ses forces, elles se déploient sur les hauteurs de Kfarchouba, de Chebaa et dans les fermes libanaises occupées, où elles ont aussi établi un nouveau poste avancé à Kfarchouba et une position militaire aux abords de Meri-Ain Arab.
Deir Seryan – Château de Beaufort
Dans le cadre de cette analyse de terrain, l’axe principal s’étend actuellement de Khallat Raj à Deir Seryan, jusqu’au château de Beaufort à Arnoun, où l’ennemi revendique une «victoire majeure». En réalité, sur cette zone, l’ennemi a choisi le passage le plus étroit et le plus proche de la frontière libano-palestinienne afin d’atteindre le fleuve Litani. La distance géographique entre la zone de départ de l’attaque ennemie dans la Val de Galilée et le fleuve Litani ne dépasserait pas 3 km.
Les opérations menées pour atteindre ce point auraient duré environ trois mois et auraient permis l’occupation de huit villages libanais situés sur l’axe d’avancée vers le Litani. Trois de ces villages étaient déjà entièrement détruits et désertés, sans aucune trace de présence civile ni militaire de la Résistance : Odeisseh, Kfarkila et Rebb Thletine.
Malgré cela, durant ces mois, la Résistance a réussi à repousser l’ennemi et à lui infliger de lourdes pertes après le déploiement de forces régulières d’élite, notamment la 36e division—avec à sa tête la brigade Golani. Cela s’est produit avant le début des opérations finales, après la traversée du fleuve, au cours desquelles d’autres unités d’élite ont été intégrées à la brigade.
La brigade d’élite «Givati» de la 162e division ainsi que l’unité multi-unités surnommée «Unité fantôme», dépendant du commandement des forces terrestres, ont été déployées. D’autres unités ont aussi participé, dont «Maglan», l’unité de reconnaissance de combat la plus secrète et la plus spécialisée de l’armée d’occupation.
Afin de progresser et de traverser le fleuve malgré une résistance acharnée, cette formation a adopté une politique dite de «terre brûlée». Elle a déployé une puissance de feu massive, détruisant complètement la zone bâtie le long du fleuve pour empêcher les résistants de s’y installer. Cette politique aurait été appliquée à chaque avancée, tout en évitant les affrontements directs.
Cependant, bien que l’ennemi ait progressé jusqu’aux abords de Zawtar al-Sharqiyeh puis atteint plus tard le château de Beaufort, il a laissé la majorité de ses forces en arrière—jusqu’aux zones frontalières et au-delà—qui demeurent plongées dans l’insécurité. En outre, il n’a pas encore réussi à asseoir une «souveraineté» effective dans les zones qu’il occupe.
Cela souligne l’importance tactique et opérationnelle de la situation, car le champ de bataille est par nature un espace dynamique, fait d’attaques, de retraites et d’ajustements permanents.
Propagande et manœuvres autour du château
Sur cet axe, l’ennemi tente aujourd’hui de diffuser un discours destiné à servir la propagande adressée à ses colons, en affirmant que les officiers et les soldats tués chaque jour ne le sont que pour les protéger.
L’arrivée récente de missiles et de drones à «Karmiel», Tibériade et «Yiftah» témoigne de l’échec de toute mobilisation censée garantir une prétendue zone tampon. À ce jour, l’ennemi n’a pas réussi à franchir la ligne s’étendant entre les limites sud et sud-est des villes de Zawtar al-Charqiyeh et Yohmor al-Chaqif, et atteignant seulement en un périmètre étroit les abords du château de Beaufort.
Il est également noté que l’ennemi a tenté ces derniers jours de progresser à plusieurs endroits, mais la Résistance l’a repoussé et l’a contraint à se retirer. Par conséquent, toutes les informations faisant état de son arrivée près de Nabatiyeh, Nabatiyeh al-Fawqa, Mayfadoun, Kfar Tebnit et autres localités sont erronées et sans fondement.
Infiltrations nocturnes et objectifs destructeurs
Des infiltrations sont menées dans les habitations de Zawtar al-Charqiyeh et Yohmor al-Chaqif afin de compenser les faiblesses de la défense autour du château historique de Beaufort. Plus précisément, selon les données disponibles, l’ennemi effectue des opérations d’infiltration nocturnes dans certaines maisons : il y installe des explosifs qu’il fait exploser à des fins essentiellement destructrices.
Par ailleurs, toutes ses mesures actuelles visent à améliorer son déploiement tactique pour des raisons de sécurité, compte tenu de ses difficultés à établir une présence effective autour du château, où ses soldats sont tués et ses véhicules détruits quotidiennement par la Résistance.
Lundi, les combattants sont parvenus à détruire du matériel technique installé par l’ennemi pour contrer les drones et autres aéronefs sans pilote. Toutefois, ces équipements auraient ensuite été détruits par ces drones.
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