Liban-Sud: Les engins explosifs, d’une arme impérative à une doctrine d’usure
Par Ahmad Doeïbes*
Les engins explosifs improvisés (EEI) au Liban-Sud n'ont pas été une arme provisoire ; au fil des décennies, ils sont devenus une caractéristique déterminante d'une phase du conflit et un élément central de la «guerre d'usure» qui a redéfini la guerre asymétrique. Des chemins et ruelles des villages des années 1980 à ce que l'ennemi appelle aujourd'hui la «zone tampon», cette arme a continué d'évoluer, mais elle a conservé son essence : une frappe silencieuse qui bouleverse l'équilibre des forces.
Quand les armes naissent de la nécessité
Lors de l'invasion «israélienne» du Liban en 1982, la Résistance se retrouva sans arsenal conventionnel capable d'affronter une armée régulière supérieure en nombre. C'est alors que les engins explosifs improvisés (EEI) apparurent comme une solution pratique : peu coûteux, très efficaces et davantage tributaires du terrain que de la technologie.
À ce stade, les EEI étaient utilisés pour cibler les patrouilles sionistes et les véhicules militaires sur les routes étroites, où le «théâtre» lui-même, dans la bande frontalière alors occupée, devenait une partie intégrante de l'arsenal. Les routes du sud se transformèrent en zones potentiellement minées, et les emprunter devint un acte quotidien risqué et une source de terreur pour les soldats ennemis et leurs collaborateurs.
Les années 1990 : «Le bourbier libanais»
Durant les années d’occupation, dans les années 1990, les engins explosifs improvisés (EEI) ont atteint un niveau record. Les médias israéliens ont même qualifié cette période de «bourbier libanais», où les EEI étaient un véritable cauchemar pour chaque soldat et chaque unité militaire israélienne, de l’attentat de Marjeyoun en 1996 à celui de Markaba qui a détruit «Al-Jawz» en 1999, en passant par l’embuscade d’Ansariyeh en 1997.
L’EEI n’était plus seulement une explosion, mais faisait partie intégrante d’une tactique globale :
• Pose à long terme et attente de la cible
• Utilisation du terrain et des villages comme couverture pour le camouflage
• Combinaison d’EEI, d’embuscades et de tirs d’armes à feu.
Cette accumulation a contribué à épuiser l'ennemi et ses collaborateurs, et a ouvert la voie – avec la prise d'assaut de positions et les opérations suicides – à la libération de mai 2000.
Après la libération : L'évolution privilégie la qualité à la quantité
Après 2000, les engins explosifs improvisés (EEI) n'ont pas disparu, mais sont entrés dans une phase plus complexe. L'objectif n'était plus seulement d'infliger des pertes, mais de contrôler les mouvements de l'ennemi et d'imposer une nouvelle réalité sur le terrain. Ce fut la caractéristique déterminante des opérations du Hezbollah durant cette période dans les fermes de Chebaa occupées, entre fin 2000 et 2006.
Cette évolution s'est traduite par :
L'amélioration des méthodes de détonation (à distance, par pression, à retardement)
La dissimulation des engins explosifs dans des bâtiments civils ou sous terre
Leur intégration dans un réseau opérationnel plus vaste.
2006 et au-delà : De la tactique à la doctrine
Lors de la guerre de juillet 2006, les engins explosifs se sont révélés être bien plus qu'une simple arme d'appui ; Ils constituaient un élément fondamental pour ralentir l'incursion terrestre. Avec le temps, ils sont devenus partie intégrante de la «doctrine de l'usure», qui privilégie la restriction de la liberté de mouvement de l'ennemi plutôt que l'affrontement direct. Aujourd'hui, lors des récentes confrontations, les engins explosifs improvisés (EEI) sont de nouveau au cœur du dispositif, avec une efficacité accrue. Ils sont devenus la pierre angulaire de la guerre d'usure et des tactiques de représailles contre les incursions «israéliennes». Les médias israéliens les ont à nouveau qualifiés de «pièges mortels», suite aux décès et aux blessures de soldats israéliens lors de plusieurs explosions et incidents de sécurité distincts.
Cette évolution illustre une logique implacable : à mesure que les méthodes de détection progressent, les techniques de dissimulation évoluent également, dans une course sans fin où aucun vainqueur ne se dessine.
Une arme qui incarne la philosophie de la confrontation : Au Liban-Sud, les EEI ne sont pas seulement un simple outil militaire, mais plutôt l'expression d'un état d'esprit de combat à part entière : une arme dont la valeur réside non pas dans la taille, mais dans l’impact.
Depuis plus de quarante ans, ces dispositifs ont démontré que les guerres ne se gagnent pas toujours grâce à la supériorité technologique, mais parfois grâce à une frappe plus intelligente.
*Traduit de l’arabe (original)
