Chute de «l’opération éclair»: Comment Téhéran a réussi à démanteler la stratégie de guerre complexe de l’intérieur
Par Hassan Haidar*
Dans un contexte de pressions militaires croissantes sur l'Iran et d'une intensification des menaces américaines et «israéliennes», une analyse affirme que cette escalade ne peut être dissociée de l'échec d'un plan d'attaque interne sur lequel on comptait pour réaliser une percée décisive dans la scène iranienne, ouvrant la voie à des frappes externes plus efficaces.
Les récents événements ont montré que ce qui s'est produit dans les villes iraniennes n'était pas de simples manifestations spontanées, mais constituait un maillon essentiel de la stratégie de «guerre complexe», qui misait sur la chute de la forteresse de l'intérieur avant de la cibler de l'extérieur.
Le pari fondamental de ce plan a commencé par l’exploitation des revendications sociales et économiques comme étant la «chance en or» pour ouvrir une large brèche sécuritaire. L'objectif n'était pas une réforme politique ou une amélioration économique, mais de mener des opérations précises et organisées visant les infrastructures économiques, sécuritaires, militaires et de services, de façon à causer des dommages pouvant égaler ou dépasser ceux laissés par la dernière guerre «israélienne».
Cependant, le danger le plus grave résidait dans la volonté délibérée d'augmenter le nombre de victimes, considérant que la saignée humaine est l'outil le plus rapide pour décomposer la cohésion sociale et semer le chaos.
Selon les estimations, environ 2500 martyrs, parmi les civils innocents et les membres des forces de police et de sécurité, sont tombés lors de cette vague de violence et d’émeutes ; un chiffre plus de deux fois supérieur au nombre de martyrs qui ont perdu la vie lors des confrontations militaires directes avec «Israël», qui ne dépassent pas les 1100 martyrs.
Cette différence numérique révèle clairement que la «guerre de l'intérieur» était plus féroce et plus barbare dans son impact sur la société iranienne que toute confrontation militaire traditionnelle.
Dans ce contexte, les entités à l'origine des émeutes ont cherché à inciter l'État iranien à réagir de manière violente.
Entre le 8 et le 9 janvier, certaines villes ont été la scène de manifestations violentes qui ont pris une dimension armée. Les manifestants ont utilisé des armes à feu et mené des actes de vandalisme organisés contre des biens publics et privés. L'objectif était de briser l'autorité de l'État, d'entraîner les forces de sécurité et militaires dans les rues, d'imposer un scénario de véhicules blindés et de couvre-feu, puis de présenter cette réalité à l'opinion internationale comme une preuve de «la chute des villes» et de «l'effondrement du contrôle».
Ce scénario, sur lequel se basaient des rapports de renseignement et des médias occidentaux, a effectivement trompé plusieurs dirigeants occidentaux, y compris le président américain.
Cependant, la prise de conscience de l'institution sécuritaire et militaire iranienne concernant la nature de ce piège a maintenu ses réponses dans le cadre de la «patience stratégique». Ainsi, l'opportunité a été ratée pour les groupes armés grâce à l'abstention de s'engager dans des confrontations à grande échelle, se contentant d'une réponse précise et directe uniquement contre les sources de tir. Cette approche a privé le plan des images de chaos généralisé qui auraient été utilisées par la suite comme arme dans la guerre psychologique pour mobiliser l'opinion publique internationale et intensifier les pressions extérieures.
Le point de retournement décisif est survenu seulement deux jours après le pic de violence. Suite aux événements des 8 et 9 janvier, environ 26 millions de personnes sont descendues dans les rues et sur les places de différentes villes iraniennes, formant des foules populaires décrites comme parmi les plus importantes de l'histoire du pays. Cette mobilisation massive n'était pas une réaction émotionnelle, mais un positionnement politique et sécuritaire clair, exprimant un refus du chaos et de la violence armée, et confirmant que «la rue opposée» était présente et capable de renverser la situation.
Cette scène a redéfini l'équilibre sur le terrain, créant ce que l'on peut appeler un «équilibre de dissuasion populaire». Les groupes anarchistes ont reculé, non seulement sous la pression des mesures de sécurité, mais également par crainte de confronter un large public organisé qui refusait l'atteinte à la sécurité publique.
Les enquêtes ultérieures ont également révélé qu'une partie des participants aux actes de vandalisme agissait par motifs liés à un financement extérieur, tandis que d'autres s'étaient laissés entraîner par un esprit d'improvisation et d'aventure, sans comprendre les implications stratégiques de ce qui se passait.
Au cœur de la scène, l'Iran mène aujourd'hui une guerre hybride complexe aux multiples facettes, incluant la menace militaire extérieure, le sabotage sécuritaire intérieur, la guerre psychologique et médiatique, ainsi que les cyberattaques ciblant les infrastructures numériques. Téhéran a compris que la convergence de ces facettes à un moment donné constitue une menace d'une gravité extrême. Il a donc adopté une stratégie axée sur le démantèlement de la guerre plutôt que de se contenter de l'affronter comme un tout. Cela implique de traiter chaque aspect avec des mécanismes spécifiques dans le cadre d'une nouvelle doctrine défensive, dont le mot d'ordre est la mobilisation maximale et la dissuasion absolue.
Face à l'armement de l'intérieur, les services de renseignement ont mené des opérations ciblées qui ont permis de révéler les cellules dormantes et de démanteler leurs réseaux, ce qui a rétabli le contrôle sur la rue et a empêché tout accompagnement interne aux frappes extérieures.
Sur le plan de la guerre psychologique, Téhéran a contré les campagnes de désinformation avec des preuves documentées, et a mené une bataille diplomatique active avec des missions étrangères, présentant des documents prouvant l'ampleur de l'incitation et de la désinformation orchestrées par des centres opérationnels extérieurs.
Parallèlement, l'Iran a abordé la guerre cybernétique avec des mesures techniques strictes, y compris la coupure d'Internet au moment le plus critique, afin de protéger les systèmes vitaux et de couper les canaux de communication entre les opérateurs extérieurs et les semeurs des troubles, ce qui a paralysé les centres opérationnels ennemis sur le plan de l'information. Ce renforcement interne a été accompagné d'une hausse de la préparation à la dissuasion extérieure à son niveau maximal.
Le discours iranien n'était plus uniquement défensif, mais comportait également des menaces directes contre les intérêts américains et des messages de dissuasion visant le cœur de l'entité «israélienne», tout en faisant allusion à l'option des «frappes préventives» pour contrecarrer toute attaque existentielle avant qu'elle ne se produise.
Avec la chute des illusions qui pariaient sur l'effritement de l'Iran de l'intérieur, la République islamique est sortie plus forte de cette confrontation complexe, affichant une plus grande cohésion sécuritaire et sociale. Cela a été le résultat de son succès dans le démantèlement des éléments de la guerre hybride, grâce à une combinaison de détermination du renseignement, de prise de conscience populaire et de préparation à la dissuasion globale, ce qui représente la garantie la plus importante pour empêcher la région de sombrer dans une confrontation ouverte.