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Venezuela: L’enlèvement de Maduro, une démonstration de force aux effets stratégiquement contre-productifs

Venezuela: L’enlèvement de Maduro, une démonstration de force aux effets stratégiquement contre-productifs
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Par Assia Husseini

L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores par les forces américaines, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, dans la capitale vénézuélienne Caracas, marque la première capture militaire d’un dirigeant en exercice par une autre puissance depuis plusieurs décennies. Les États-Unis justifient leur action par leur «lutte contre le narcotrafic» et le crime organisé, tandis que ses opposants dénoncent une violation du droit international et de la souveraineté nationale.

La prise de Maduro a provoqué un climat d’incertitude dans le pays. Des manifestations ont eu lieu, certaines en soutien à Maduro, d’autres contre l’ingérence américaine. Le spécialiste des affaires latino-américaines Ali Farhat considère que cette opération a peut-être réussi à affirmer l’image que Donald Trump cherche à concrétiser pour satisfaire son obsession de la grandeur et du pouvoir.

Cependant, sur le plan stratégique, il existe un consensus : les États-Unis ont perdu stratégiquement à travers cette image, en particulier lorsque l’on évoque l’épouse de Maduro.

Cette femme n’a aucun lien avec le jeu politique, et cette arrestation a provoqué des répercussions importantes, notamment en lien avec le sentiment national en Amérique latine, car cette mise en scène n’a été acceptée par personne dans la région.

«Personnellement, dans les heures qui ont suivi l’enlèvement de Maduro, j’observais si cette image allait conférer à Donald Trump cette dimension de vanité ostentatoire, si l’on peut dire. Mais j’ai constaté que cette image n’a pas produit l’effet recherché par Trump en Amérique latine.

Au contraire, elle a généré un effet inverse : même ceux qui ne sympathisaient pas avec Maduro ont commencé à éprouver de la sympathie à son égard à ce moment-là. Autrement dit, cette affaire a réactivé le sentiment national à l’intérieur du monde latino-américain», explique-t-il.

Ainsi, sur le plan stratégique, la perte des États-Unis réside dans le fait d’avoir replanté les graines de l’hostilité en Amérique latine envers cette puissance. Cela constituera un danger pour la sécurité américaine à l’avenir, même si l’équilibre des forces est aujourd’hui très déséquilibré entre les deux parties, et même si les États-Unis sont capables d’intervenir dans n’importe quel pays ou d’imposer des blocus et des sanctions.

Mais à long terme, ou sur le plan stratégique, cette image est préjudiciable aux intérêts américains dans la région. L’humiliation des peuples latino-américains, la négation de leur souveraineté nationale et les agressions à leur encontre engendreront des résistances aux intérêts américains.

Or, cela ne sert pas les intérêts des États-Unis vis-à-vis de leurs voisins, qu’ils qualifient souvent d’«arrière-cour». Cette région deviendrait alors pour eux un talon d’Achille, une zone de vulnérabilité.

«Je pense donc que le trumpisme politique, aujourd’hui, ne prend pas en compte les intérêts stratégiques à long terme des États-Unis. Il cherche plutôt à afficher, à court terme, une image de force, de domination et d’arrogance.

Il s’agit, au demeurant, de victoires illusoires, appelées à ne pas durer. Les Américains lucides finiront par comprendre qu’il aurait été plus judicieux d’aborder ces pays autrement : par une politique fondée sur le respect et le rapprochement, permettant de rivaliser avec la Chine — et avec d’autres puissances — dans des relations équilibrées et égalitaires avec ces États», ajoute-t-il.

Cependant, jusqu’à présent, la demande américaine de soumission n’a pas été satisfaite au Venezuela. Donald Trump accorde désormais des délais à Delcy Rodriguez, la présidente en intérim, et à son équipe. Or, les exigences américaines sont, pour tout dirigeant vénézuélien, des exigences impossibles à satisfaire : elles consistent à ce que les États-Unis supervisent non seulement les dossiers stratégiques, mais aussi la décision politique elle-même et les nominations internes. Voilà ce qui figure dans la feuille de route américaine.

Farhat considère que, même si Delcy Rodriguez souhaitait accéder à ces demandes, elle ne le pourrait pas, car il existe une base populaire qui rejette catégoriquement une telle option. Le changement politique au Venezuela ne se fera donc pas nécessairement au profit de l’opposition.

En effet, l’ensemble des déclarations de Trump sur le Venezuela, ainsi que le comportement et les agressions américaines, ont conduit les Vénézuéliens à repenser leur positionnement politique. Il ne s’agit pas forcément d’un virage immédiat vers des formes de populisme ou de libéralisme, mais au minimum d’une recomposition du regard national, dans laquelle tous les responsables politiques qui dialoguent ou s’alignent avec les États-Unis sont désormais jugés selon le critère national.

«Je pense que la principale perdante de cette dynamique est la cheffe de l’opposition, Maria Machado, qui a soutenu les agressions américaines et continue, jusqu’à présent, d’appuyer les pressions et les mesures imposées par Washington. Les États-Unis n’ont pas encore réussi à soumettre le Venezuela.
À mon sens, la politique américaine actuelle ne sera pas efficace en Amérique latine. D’après ce que j’observe avec objectivité, elle ne portera pas ses fruits, car ces peuples ont goûté à la liberté et ne reviendront ni à des formes d’asservissement ni à des relations déséquilibrées. Certes, chaque acteur défend ses intérêts, mais cela doit se faire dans un cadre de relations équilibrées», ajoute Farhat.

En définitive, cet événement marque moins une démonstration de force qu’un tournant stratégique défavorable pour les États-Unis en Amérique latine. L’usage de la contrainte, l’atteinte à la souveraineté et la mise en scène de la domination ont produit l’effet inverse de celui recherché : elles ont ravivé le sentiment national, resserré les rangs au-delà des clivages politiques internes et affaibli les acteurs perçus comme alignés sur Washington.

À court terme, cette politique peut donner l’illusion d’un rapport de force maîtrisé. Mais à moyen et long terme, elle dégrade l’influence américaine, alimente la défiance régionale et ouvre un espace accru à d’autres puissances capables de proposer des relations fondées sur le respect et la réciprocité. 

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