Les alliés et la guerre en Libye… Des fissures annonciatrices de la débâcle !

Akil Cheikh Hussein
De la protection des civils, la stratégie du président américain est passée dernièrement à l'action visant la chute de Kadhafi. Un objectif qui, en dépit de sa contradiction avec le texte de la résolution 1973, s'avère de plus en plus difficile à réaliser.
Tout le monde sait, d'ores et déjà, suite à maintes expériences comme celle de la guerre menée par l'Alliance atlantique contre la Serbie, en 1999, et celle de Tsahal contre le Liban et Gaza en 2006 et 2008 que -même massifs- les coups aériens ne suffisent pas, à eux seuls, à réaliser les buts de la guerre.
A ce propos, Wall Street Journal a récemment publié un article dans lequel l'auteur évoque des indices de plus en plus tangibles allant dans le sens d'un impossible départ de Kadhafi, tant que les alliés se contenteront des seules frappes aériennes.
Il leur est donc indispensable d'avoir recours aux forces terrestres. Mais c'est notamment une option qu'excluent les dirigeants de l'Alliance occidentale et arabe dans la guerre contre la Lybie : Ils savent très bien que l'aboutissement en sera du genre de la défaite qu'encaissent les forces de l'Alliance en Afghanistan et en Iraq, et de celle qu'a subie Tsahal au Liban et à Gaza.
Il s'agit bel et bien d'une impasse. Et cette impasse est d'autant plus difficile à franchir que les Brigades de Kadhafi possèdent des forces défensives et offensives qui paraissent efficaces en dépit du contrôle absolu des airs par l'aviation de l'Alliance atlantique. Surtout dans les conditions d'une guerre qui se prolonge dans la durée et dans la lassitude consécutive aux déclarations qu'on ressasse dès le début de la guerre au sujet de la chute imminente du régime libyen.
Face à cette impasse, la voie s'ouvre devant des divergences entre les Etats atlantiques. Dès le début, l'Allemagne a refusé de voter au Conseil de sécurité au profit de l'intervention militaire en Libye. Si Obama a demandé récemment à Engela Merkel de participer d'une manière plus efficace à l'effort visant au changement du régime à Tripoli, son ministre de la guerre, Robert Gates, est allé plus loin en tançant Berlin pour son instance à ne pas dépasser les objectifs "Humanitaires" fixés par la Résolution 1973.
Gates ne s'est pas contenté de s'attaquer à l'Allemagne seule. Il a pris pour cible tous les autres pays européens sur un style qui rappelle les propos de son prédécesseur, Donald Rumsfeld lorsqu'il a parlé de la "vielle Europe" dans le contexte de l'impuissance européenne à jouer un rôle décisif dans les deux guerres d'Afghanistan et d'Iraq, mais surtout dans les guerres du Balkan.
Mécontent de ce qu'il a appelé l'incapacité des pays européens de reformer leurs forces militaires pour les rendre utiles sur le front, Gates n'a pas manqué de faire des allusions malveillantes à l'adresse de ces pays qui, selon lui, se sont dérobés à envoyer sur le front afghan de entre 25 et 45 milles soldats, sans parler d'autres fournitures en matière d'équipements.
Après s'être moqué des alliés qui ont épuisé leurs réserves en bombes et en missiles dans la guerre libyenne, Robert Gates est passé à la menace en évoquant l'éventualité pour les Etats-Unis d'abandonner l'Alliance atlantiques car, a-t-il dit, les dirigeants américains pourront conclure que les rentes de l'investissement américain dans cette Alliance n'atteignent pas les dépenses !
Ainsi, et tout simplement, les rentes et les frais s'avèrent être les seuls critères qui commandent les politiques des Etats-Unis et de ses alliés, laissant s'éclipser les slogans de l'exportation de la démocratie, de la protection des peuples et de la défense des droits de l'homme…
Il faut signaler ici l'attitude américaine qui, dès le début, était indécise au sujet de la guerre libyenne. Washington a fait porter à l'Alliance atlantique le fardeau de cette guerre tant voulue par la France de Sarkozy. Elle a retiré ses forces de la Méditerranée avant de rejoindre le front et de participer, d'une manière limitée au bombardement du sol libyen, peut être pour encourager les Alliés à s'embourber davantage dans cette guerre pour des raisons en rapport avec la concurrence effrénée à l'intérieur du camp occidentale.
Cette insistance de la part des Américains sur la nécessité de réformer les armées européennes n'est pas exempte de mauvaises intentions : L'Europe acculée par sa crise économique à adopter des politiques d'austérité assez sévères qui font craindre de graves crises sociales, pourraient-elle réviser à la hausse ses dépenses dans le domaine de la technologie militaire?
La réponse américaine est bien connue depuis la guerre du Balkan et elle est applaudie par les magnats de l'industrie guerrière aux Etats-Unis : Les Européens se doivent d'importer l'expérience américain et ses techniques dans le domaine de l'armement même si cela les oblige à adopter des plans d'austérité encore plus draconiens et à risquer des troubles sociaux encore plus destructeurs.
Il faut aussi rappeler que la guerre en Libye n'a pas accentué les désaccords à l'intérieur de l'alliance atlantique seule. Elle a donné lieu également à des brouilles à l'intérieur même des Etats-Unis. Le Congrès a réprimandé Obama pour avoir dépassé ses limites en s'engageant dans la guerre sans le consulter, et lui a donné deux semaines de délai pour expliquer ce que sont les buts de cet engagement ainsi que sa durée et ses frais approximatifs.
Cette évolution qui reflète les remous face à la guerre en Lybie intervient à un moment où des voix commencent à se faire entendre pour exiger un retrait immédiat de cette guerre. Denis Cosinetch, député du parti démocrate "au pouvoir" a présenté au parlement un projet de loi dans ce sens. 265 députés se sont prononcés contre ce projet, mais les 148 députés qui ont voté pour donnent une idée, après seulement quatre mois du début de cette guerre ratée contre la Libye, de cette nouvelle impasse des politiques américaines et occidentales.
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