L’histoire du gouvernement qui n’en finit pas de naître

Soraya Hélou
Le climat d’optimisme qui a prévalu au cours du week end, au sujet d’une formation prochaine du gouvernement qui s’était dissipé aux premiers jours de la semaine est revenu en force depuis la « rencontre miraculeuse » au bureau du président de la Chambre Nabih Berry mercredi. L’optimisme avait été en réalité provoqué par la décision du général Michel Aoun de ne plus servir de bouc émissaire à tous ceux qui ne veulent pas justement former le gouvernement. Il a donc décidé de montrer que si les entraves sont réellement libanaises, comme l’affirment certains, il est temps qu’elles soient réglées.
Ce n’est pas sans doute un hasard si à chaque fois qu’un prétendu obstacle est surmonté, des voix occidentales, notamment américaines, s’élèvent pour soi disant réaffirmer la position des Etats-Unis à l’égard d’un gouvernement qui devrait « respecter les engagements libanais à l’égard du TSL, ainsi que les résolutions du conseil de sécurité de l’ONU ». Il est même arrivé à l’ambassadrice des Etats-Unis à Beyrouth de préciser dans un communiqué tout ce qu’il y a de plus officiel que l’administration qu’elle représente pourrait suspendre les accords conclus avec les Forces de sécurité intérieure, si un ministre proche du Hezbollah devrait prendre en charge ce portefeuille. Tout comme le Congress américain a menacé de suspendre les aides à l’armée libanaise si le nouveau gouvernement devait s’aligner sur la politique du Hezbollah.
A ce sujet, les proches du Premier ministre Mikati racontent d’ailleurs que lorsque l’ambassadrice rencontre ce dernier, elle n’évoque aucun sujet de ce genre, se contentant de généralités. Mais dès qu’elle repart, un communiqué officiel de l’ambassade est distribué à la presse dont le contenu n’a absolument rien à voir avec l’entretien qu’elle vient d’avoir. Autrement dit, le rendez-vous avec le Premier ministre désigné n’est qu’un prétexte pour publier un communiqué préparé à l’avance. Malgré cela, les Etats-Unis respectent et défendent la souveraineté et l’indépendance du Liban et ne songent nullement à intervenir dans les affaires internes libanaises…
C’est pour cette raison qu’au cours de la rencontre dite surprise, entre le Premier ministre désigné et le général Michel Aoun, en présence de M.Berry , de Sleiman Frangié, de Talal Arslane et d’Assaad Hardane, tous les points en suspens ont été évoqués et selon les participants, un réel progrès a été enregistré. A les en croire, la naissance du gouvernement ne serait plus qu’une affaire de jours.
Reste à savoir quelle sera la réaction des Etats-Unis qui avaient, jusqu’à présent fixé très clairement un plafond à la formation du gouvernement, intervenant directement ou non lorsque les négociations progressent positivement et maintenant un contact direct ou non avec les deux responsables officiels de la formation du gouvernement : le président de la République et le Premier ministre désigné.
Si l’on effectue un petit retour en arrière, en quatre mois, les négociations ont connu des moments où on aurait pu se croire très proches de la naissance du gouvernement. Pendant de longues semaines, il a été question d’un nœud au sujet du nombre de ministres. Finalement, il y a eu un accord sur trente. Il y a eu ensuite des palabres au sujet des partages des parts et la majorité a fait une première concession pour faciliter le processus en acceptant une formule de 19 et onze. A alors surgi un débat sur la part du président de la République qui exigeait au départ 5 portefeuilles, puis trois dont deux maronites et deux sécuritaires. Finalement, le problème a été contourné avec le débat au sujet du portefeuille de l’Intérieur, considéré comme le plus important pour le chef de l’Etat surtout à la veille des élections législatives de 2013. Baroud, pas Baroud, personnalité neutre ou non, les noms se sont multipliés, sitôt avancés, sitôt grillés, sur fond de déclarations américaines menaçantes.
Finalement, un accord a été arraché sur la personne du général des FSI Marwan Charbel, proposé par le général Aoun et accepté par le président Sleiman. Ce dernier a alors exigé un second ministre maronite et une fois de plus la majorité a cédé proposant deux noms qui avaient été lancés par le président Sleiman lui-même. Mais un nouvel obstacle est apparu avec le refus non déclaré officiellement du Premier ministre désigné d’accepter la désignation de Charbel Nahas, depuis l’affrontement qui l’a opposé au très puissant directeur général des FSI le général Achraf Rifi et au tout aussi puissant directeur général d’Ogero le dr Abdel Meneem Youssef, tous les deux jouissant de l’appui du Courant du Futur.
Ce problème surgit d’ailleurs et s’efface régulièrement. Il en a été question lorsque le Premier ministre désigné avait annoncé son refus d’accorder les portefeuilles de l’Energie et des Télécommunications à un même bloc parlementaire (comprendre celui du général Aoun), puis Négib Mikati est revenu sur cette position… Pour la ressortir d’une autre façon en refusant de nommer Nahas.
Demain, si à cause des pressions, il change de nouveau d’avis, reviendra sur le tapis le problème de la représentation de l’opposition sunnite au sein du gouvernement, qui accompagne la formation du gouvernement depuis le début du processus. Bref, dans ce long feuilleton, il est clair qu’un obstacle en chasse l’autre. La vérité est que M.Mikatie st dans une position peu enviable, entre les pressions occidentales et la volonté de la majorité de former un gouvernement. Il a un œil sur la scène sunnite où le chef du Courant du Futur ne lui facilite pas la tâche jouant à fond la carte sunnite et l’autre œil sur les exigences américaines, doublées de conditions saoudiennes. Alors que la Syrie, occupée par ses propres problèmes n’est pas en mesure- ou ne souhaite pas- intervenir dans le processus de formation du gouvernement.
Dans ce contexte, on voit mal comment un gouvernement peut être formé. Et pourtant… Il semblerait que le Premier ministre ait compris que la chance pourrait passer pour lui et qu’elle pourrait ne pas revenir de sitôt. En tout cas, les efforts actuels semblent sérieux, pour la première fois depuis quatre mois, selon des sources du CPL. Croisons les doigts…
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