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L’interdiction du Hijab en Azerbaïdjan: Droits bafoués et calculs géopolitiques

L’interdiction du Hijab en Azerbaïdjan: Droits bafoués et calculs géopolitiques
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Par Sarah Raad

L'Azerbaïdjan connaît des tensions croissantes et un intérêt grandissant de la part des médias et des activistes sur les plans politique et des droits de l'homme, suite aux décisions et réglementations administratives qui ciblent l'identité islamique du pays, au premier rang desquelles figurent les restrictions imposées au port du hijab sous couvert d'uniformisation de la tenue scolaire et professionnelle.

Cette question revêt une sensibilité extrême en raison de sa contradiction flagrante avec les textes constitutionnels et la nature démographique du pays, sans oublier le calendrier de ces décisions, qui jette le doute sur leurs motivations réelles.

Constitution et société: un fossé entre les textes et la réalité

La Constitution de la République d'Azerbaïdjan garantit explicitement les droits et libertés fondamentaux des citoyens à travers des dispositions claires: l'article 34 garantit le droit à l'éducation pour chaque citoyen et oblige l'État à assurer l'enseignement secondaire général obligatoire, tandis que l'article 48 garantit la liberté de conscience, de croyance religieuse et le droit d'accomplir des rites en toute liberté.

Cependant, la pratique administrative de certaines autorités reflète un fossé profond entre ces préceptes constitutionnels et les décisions bureaucratiques émises par le Cabinet (telles que les mesures réglementaires visant à interdire tout signe distinctif contredisant le caractère laïc des établissements scolaires).

L’interdiction du Hijab en Azerbaïdjan: Droits bafoués et calculs géopolitiques

Cette contradiction prend une ampleur particulière au regard de la structure démographique du pays: l'Azerbaïdjan est majoritairement musulman (plus de 90 % de la population).

Pourtant, cette majorité se retrouve confrontée à des procédures administratives restreignant des manifestations religieuses simples, telles que le port du hijab dans les établissements scolaires officiels, ce qui constitue une violation de l'esprit constitutionnel garantissant la liberté de conscience et d'apprentissage sans discrimination.

Douleur de l'exclusion et du rejet

Ces décisions administratives ont dépassé le cadre théorique pour se transformer en pratiques rigoureuses documentées par des témoignages poignants d'élèves, d'enseignantes et de parents ayant vécu l'amertume de l'exclusion.

«J'ai servi l'éducation et formé des générations avec dévouement pendant des années, et je me retrouve soudain face à un choix arbitraire: soit renoncer à mes convictions religieuses, soit être licenciée sous prétexte de non-conformité à la tenue laïque réglementaire», témoigne Iman, une enseignante portant le hijab licenciée du collège Richard Sorge n° 90 de Bakou. «C'est une atteinte à ma dignité humaine et professionnelle», dénonce la quadragénaire avec dix ans d’expériences en éducation. Des images diffusées par le média azerbaidjanais Meydan TV montrent des élèves en larmes serrant leur professeure dans leurs bras.

Une mère venue chercher sa fille de douze ans refoulée de l'école s'est dressée devant la foule pour condamner cette approche brutale, déclarant avec amertume: «Comment peut-on expulser ma petite fille des bancs de l'école sous prétexte d'un couvre-chef, alors que j'ai donné mon mari et mes enfants comme soldats dévoués pour protéger cette patrie et sa terre?! Faut-il pénaliser les enfants parce qu’ils s'attachent à leur religion et à leur identité?!»

L’interdiction du Hijab en Azerbaïdjan: Droits bafoués et calculs géopolitiques

Dans un élan de solidarité humaine et morale, une élève non voilée a pour sa part refusé d'entrer en classe après l'interdiction faite à ses amies voilées d'y accéder. «Soit nous entrons toutes et préservons notre droit à l'éducation, soit je refuse d'entrer et laisse mes amies dans la rue, privées d'instruction de manière injuste», s'est-elle exclamée.

Bouillonnement populaire et écho numérique

La rue azerbaïdjanaise a cependant opposé un refus catégorique à ces mesures, exprimé par un mécontentement grandissant relayé sur les réseaux sociaux, devenus une tribune pour dénoncer les violations et soutenir les élèves et enseignantes exclues.

Les plateformes numériques ont vu fleurir des hashtags condamnant l'interdiction du hijab et exigeant le respect de l'identité islamique et de la Constitution.

De surcroît, des manifestations populaires et estudiantines d'envergure ont eu lieu dans plusieurs villes, émaillées parfois de protestations devant les établissements scolaires et d'un refus total d'obtempérer, dans un contexte marqué par l'interpellation de nombreux contestataires.

La contestation a également gagné les prisons. Le journaliste Polad Aslanov, détenu au centre pénitentiaire n° 15, a entamé une grève de la faim le 8 octobre pour dénoncer ces restrictions, selon son épouse, Gulmira Aslanova, qui a rendu publique sa décision sur Facebook. Le journaliste affirme vouloir défendre les droits des élèves privées d’accès à leur établissement ainsi que ceux des enseignantes contraintes, selon lui, de choisir entre leur profession et leurs convictions religieuses. Il assure également que son propre enfant est concerné par ces restrictions et estime que les nouvelles règles contreviennent à l’article 48 de la Constitution, qui garantit la liberté de conscience. Directeur du site d’information Xeberman, Polad Aslanov avait été arrêté en juin 2019, accusé de «trahison». Initialement condamné à seize ans de prison, il a vu sa peine ramenée à treize ans. Il rejette les accusations portées contre lui et affirme être emprisonné en raison de ses activités journalistiques.

Absence des organisations de défense des droits humains: une politique de deux poids, deux mesures

L'un des paradoxes les plus choquants de ce dossier réside dans le silence assourdissant des associations et organisations locales et internationales vouées à la défense des droits des femmes et des enfants.

L’interdiction du Hijab en Azerbaïdjan: Droits bafoués et calculs géopolitiques

Au lieu de se porter garantes du droit des jeunes filles à l'éducation et à la liberté de choix vestimentaire, ces structures ont observé un silence troublant, comme si les droits fondamentaux de ces personnes étaient éludés.

Question légitime: que ce serait-il passé si la situation avait été inversée et que la décision gouvernementale avait consisté à imposer le port du hijab à toutes les élèves et enseignantes?

Nul doute que les protestations auraient été universelles: rapports urgents, communiqués de condamnation virulents, et accusations de violation des libertés individuelles et d'ingérence dans les choix personnels.

Ce contraste saisissant met en lumière une politique manifeste de deux poids, deux mesures au sein de certains cercles, qui instrumentalisent les droits des femmes pour servir des agendas précis tout en occultant le droit légitime de la femme musulmane à porter son voile dans la dignité et la liberté.

Dimensions géopolitiques: La normalisation avec «Israël»

Sur un autre plan, ces décisions ne sauraient être analysées en dehors du contexte politique extérieur et des orientations diplomatiques du pays, en particulier concernant le rapprochement stratégique et la normalisation en cours avec l’entité «israélienne».

L'escalade des restrictions sur le hijab en Azerbaïdjan coïncide avec des préparatifs de visite prévue du «président israélien», Isaac Herzog, à Bakou.

De nombreux analystes estiment qu'il existe un lien étroit entre ce rapprochement sécuritaire et politique accéléré avec «Tel-Aviv» et les tentatives de complaire à certains cercles en marginalisant l'identité islamique locale.

Il semble ainsi que les autorités souhaitent adresser des «gages de modération» à l'international en réprimant les manifestations populaires de l'islam, en phase avec des intérêts régionaux et internationaux hostiles à toute renaissance identitaire et religieuse dans le monde musulman, reléguant le citoyen ordinaire et les enfants au rang de victimes collatérales d'alliances politiques au détriment de leurs libertés fondamentales.

Enjeu existentiel

La question du hijab en Azerbaïdjan ne se résume pas à un simple différend administratif sur une tenue scolaire, mais constitue un enjeu existentiel touchant à l'identité, à la liberté de conscience, au respect de la Constitution et aux droits de l'homme fondamentaux.

La persistance des autorités à ignorer la grogne populaire et à maintenir des politiques d'exclusion ne fera qu'approfondir le fossé social.

Le devoir humanitaire et juridique impose à toutes les consciences libres de s'élever contre ces abus, et de réaffirmer le droit inaliénable de la femme musulmane en Azerbaïdjan et partout ailleurs à vivre dans la dignité et la liberté, à l'abri de toute discrimination ou persécution.

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