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Le Yémen au cœur du conflit régional : L’escalade et l’échec des solutions militaires

Le Yémen au cœur du conflit régional : L’escalade et l’échec des solutions militaires
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Par Assia Husseini

L’escalade au Yémen s’inscrit désormais dans une confrontation régionale qui dépasse les frontières du pays. Alors que le soutien extérieur à l’Arabie saoudite se renforce, une question se pose : Riyad et ses alliés peuvent-ils réellement modifier le rapport de force sur le terrain, ou cette stratégie risque-t-elle surtout d’élargir le conflit et d’alourdir le coût humain pour les Yéménites ?

Du point de vue de Sanaa, ces événements représentent une hausse de l'intervention étrangère. On se demande ainsi qu'est-ce qui a vraiment changé sur le terrain ? La multiplication des alliés permet-elle à l'Arabie saoudite de terminer la guerre, ou ajoute-t-elle seulement des participants sans rapprocher la paix ?

Les causes de l'escalade et la stratégie saoudienne

Selon l’analyste politique le Dr Wissam Ismail, le mouvement Ansarullah ne cherchait pas initialement à ouvrir de nouveaux fronts à l'intérieur du Yémen. Son objectif a principalement consisté à exercer une pression sur l’Arabie saoudite afin d’obtenir la levée du blocus, selon la formule : «Le blocus contre le blocus, l’escalade contre l’escalade».

Face à cette stratégie, l'Arabie saoudite a poussé ses alliés locaux à intensifier leurs opérations contre Ansarullah, dans le but de détourner le mouvement de ses confrontations directes avec l’Arabie saoudite, notamment en mer Rouge et sur le territoire saoudien.

Après l'échec de ses alliés locaux, l'Arabie saoudite a recherché des appuis supplémentaires auprès de partenaires extérieurs, notamment les États-Unis et «Israël», directement ou indirectement, ainsi qu’auprès des membres de l’Alliance de La Mecque.

Cette escalade ne viserait pas uniquement à contenir Ansarullah sur le front yéménite. Elle répondrait également à des objectifs stratégiques américains et «israéliens», parmi lesquels la limitation de l’influence de Sanaa sur le détroit de Bab el-Mandeb que les États-Unis associent au détroit d'Ormuz, et la réduction du rôle régional du mouvement au sein de l’Axe de la Résistance.

La situation sur le terrain

Malgré ce soutien extérieur, il est très peu probable que les forces soutenues par Riyad réussissent à progresser sur le terrain. Cela s'explique par leurs divisions internes et leur difficulté à coordonner leurs opérations, face à des forces d'Ansarullah très mobiles et organisées.

Sanaa gère la bataille de manière stratégique : elle concentre ses forces sur les points essentiels et évite de s'éparpiller sur plusieurs fronts. Entre 2015 et 2022, il y a eu plus de 800 fronts actifs au Yémen sans que les forces soutenues par Riyad ne puissent gagner la guerre.

De son côté, Sanaa vise les profondeurs du territoire saoudien pour prouver à Riyad que la guerre coûte très cher. L'objectif est de forcer l'Arabie saoudite à comprendre que la poursuite de l’option militaire ne permettra pas d’obtenir les résultats escomptés et qu’un changement d’approche devient nécessaire.

Les rôles internationaux et l'argent politique

Selon le Dr Wissam Ismail, les États-Unis et «Israël» jouent un rôle central dans la gestion des opérations. Si l'objectif saoudien était uniquement de protéger ses frontières, les combats se dérouleraient à la frontière. Mais la priorité donnée aux zones stratégiques comme Bab el-Mandeb montre l'influence directe des intérêts américains. Ainsi, l'Arabie saoudite confie la direction des opérations aux États-Unis et à «Israël». Tandis que la Turquie adopte une position pragmatique : malgré ses critiques politiques contre «Israël» pendant la guerre à Gaza, elle a maintenu ses relations économiques et aidé à contourner le blocus maritime. De son côté, le Pakistan recherche des financements et des investissements saoudiens pour son armée et son économie, ce qui pousse ses dirigeants à accepter de jouer un rôle aux côtés de Riyad. L'Arabie saoudite utilise ainsi principalement des promesses d'aides financières et de prêts pour attirer des alliés.

La Syrie face aux pressions financières et politiques

Les informations faisant état d’un éventuel envoi de soldats syriens au Yémen soulèvent également des interrogations sur les choix du gouvernement syrien.

Selon Wissam Ismail, les difficultés économiques de la Syrie, marquées notamment par la hausse des prix et les problèmes de rémunération des fonctionnaires, pourraient rendre les propositions d’aide financière particulièrement attractives pour les autorités de Damas.

L’analyste estime cependant qu’une participation militaire syrienne au Yémen comporterait des risques politiques importants. Le gouvernement syrien a défendu la souveraineté nationale et rejeté les interventions étrangères en Syrie. Un engagement militaire sur le territoire yéménite pourrait donc fragiliser ce discours et susciter des tensions internes.

Une escalade régionale sans issue militaire garantie

Le Yémen est au cœur d'une guerre régionale plus vaste. Pour l'instant, les conditions d'une paix ne sont pas réunies : l'Arabie saoudite maintient ses exigences, tandis que Sanaa refuse de céder. Entre les interventions extérieures et la résistance sur le terrain, le conflit reste bloqué sans solution politique à court terme.

 

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