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L’Irak après le retrait américain: les défis de la souveraineté et l’avenir des armes des factions

L’Irak après le retrait américain: les défis de la souveraineté et l’avenir des armes des factions
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Assia Husseini

Le ministère américain de la Guerre, le Pentagone, a annoncé mercredi que l’armée américaine avait achevé son retrait d’Irak. Il a également déclaré que les États-Unis et leurs partenaires avaient officiellement mis fin à l’opération «Inherent Resolve». Selon le ministère, le départ organisé des forces et des équipements de la coalition de la base aérienne d’Erbil marque la fin de la mission militaire qui a vaincu l’organisation État islamique, Daech, en Irak.

Après cette annonce, le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, a déclaré le début d’une «nouvelle étape placée sous le signe de la souveraineté de l’Irak». De son côté, le président américain Donald Trump a présenté le retrait comme une victoire pour les États-Unis. Il a salué la manière dont il avait été organisé, en le comparant au retrait américain d’Afghanistan sous la présidence de Joe Biden, qu’il a qualifié d’humiliant.

Mais l’Irak est-il devenu pleinement indépendant avec le départ du dernier soldat américain ? Ou reste-t-il des obstacles militaires, politiques et économiques à sa souveraineté ?

Al-Akili: une étape importante, mais insuffisante pour une pleine souveraineté

Pour le docteur Sabah al-Akili, directeur du Centre Al-Hadaf d’études stratégiques, le retrait représente un événement important et un tournant pour la souveraineté irakienne. Il place l’État devant sa responsabilité de protéger son territoire, son espace aérien et ses eaux. Cependant, il souligne que le départ des forces de la coalition internationale ne suffit pas, à lui seul, à assurer une souveraineté complète.

Selon Al-Akili, plusieurs questions restent à régler après la fin de la mission militaire. La principale concerne l’ambassade américaine située dans la Zone verte, qui compte parmi les plus grandes ambassades du monde. Il affirme qu’elle abrite des soldats chargés de protéger le personnel diplomatique, ainsi que des équipements et un aéroport à l’intérieur de son enceinte.

Sur cette base, Al-Akili considère que l’ambassade joue le rôle d’une base militaire américaine. Il estime que cette question doit faire l’objet de discussions et d’un accord entre Bagdad et Washington pour que le retrait soit réellement complet.

Les décisions politiques et les revenus pétroliers: les autres dimensions de la souveraineté

Al-Akili souligne que la souveraineté ne se limite pas au domaine militaire. Elle exige aussi une indépendance politique et économique. Selon lui, les interventions américaines dans les affaires politiques irakiennes montrent que le pays ne dispose pas encore d’une pleine liberté de décision.

Il cite les restrictions concernant les vols iraniens et l’exception accordée à l’aéroport de Najaf. Il évoque une intervention de la Réserve fédérale américaine pour imposer certaines mesures aux autorités irakiennes dans ce dossier. À ses yeux, ces interventions traduisent le maintien de l’influence et des exigences américaines, comme si l’Irak restait sous tutelle.

Sur le plan économique, Al-Akili rappelle que les revenus des exportations pétrolières irakiennes sont déposés auprès de la Réserve fédérale américaine. Il considère que ce lien donne à Washington un moyen de pression sur le gouvernement irakien et limite sa liberté d’action.

Il décrit ce moyen comme un «gros bâton» utilisé par l’administration américaine pour contrôler et influencer les décisions de l’État. Il voit donc dans le retrait militaire une avancée positive, mais estime qu’elle doit être accompagnée d’une indépendance politique et économique.

Deux lectures du retrait: une victoire américaine ou le résultat des pressions irakiennes ?

Al-Akili rejette l’idée selon laquelle le retrait serait une victoire américaine. Il estime qu’il résulte de la volonté nationale et populaire, ainsi que des pressions exercées par les factions de la résistance.

Il rappelle la décision adoptée par le Parlement irakien le 5 janvier 2020, qui appelait à mettre fin à la présence des forces étrangères. Selon lui, cette décision exprimait une demande irakienne claire: mettre un terme à la mission de la coalition dirigée par les États-Unis.

Al-Akili affirme que l’administration américaine a retardé la réponse à cette demande. Elle aurait évoqué le risque d’un retour de Daech ou d’un arrêt du soutien politique et militaire américain en cas de retrait. Il attribue donc le mérite de ce départ à la pression populaire et aux factions de la résistance.

Concernant le discours de Trump, Al-Akili estime que le président américain cherche à améliorer son image auprès de la communauté internationale et de l’opinion publique américaine. Il évoque les pressions liées à ce qu’il qualifie d’agression contre la République islamique d’Iran. Il associe également la présentation du retrait comme une victoire à la campagne pour les élections de mi-mandat prévues en novembre. Selon lui, Trump cherche ainsi à tirer un bénéfice politique et électoral de cet événement.

Les forces irakiennes: une expérience sur le terrain, mais un besoin de protection aérienne

Dans son évaluation des capacités irakiennes, Al-Akili considère que les différentes forces de sécurité disposent de l’expérience et des moyens nécessaires sur le terrain. Il souligne cependant un manque de capacités pour contrôler l’espace aérien et empêcher les violations.

Il insiste sur le besoin de systèmes de défense aérienne, de capacités de missiles et de centres de commandement et de contrôle permettant de suivre les cibles et d’y répondre. Selon lui, le développement de ces capacités se heurte à des obstacles politiques. Il accuse les États-Unis de ne pas vouloir que l’Irak possède un système de défense complet.

Pour soutenir son analyse, il évoque les violations de l’espace aérien irakien et les attaques «israéliennes» et américaines. Il mentionne aussi des frappes qu’il attribue à d’autres pays contre les positions des Forces de mobilisation populaire, le Hachd al-Chaabi.

S’il considère que «Daech» ne représente plus une menace sur le terrain, Al-Akili affirme que les menaces extérieures restent présentes. Il accuse «Israël», les États-Unis et certains pays alliés de Washington d’attaquer l’Irak sous prétexte de répondre aux attaques des factions niant que celles-ci  aient visé des pays arabes.

Les armes des factions: du désarmement à leur encadrement

Concernant les armes des factions de la résistance, des négociations entre ces groupes et un comité formé par le Cadre de coordination ont lieu mais n’ont pas encore abouti à des propositions publiques, à des points précis ou à un cadre juridique clair.

Al-Akili estime néanmoins qu’un accord de principe existe entre le gouvernement, le Cadre de coordination et les factions pour éviter toute confrontation interne. Selon lui, le Cadre cherche à faire évoluer le débat: plutôt que de parler de «désarmement», il propose de parler d’«encadrement des armes», une approche qu’il considère comme plus réaliste.

D’après Al-Akili, certains signes montrent que les factions reconnaissent, conformément à la Constitution, que la décision de guerre et de paix appartient à l’État. Elles reconnaîtraient également que leur rôle doit être de soutenir le gouvernement et de renforcer ses capacités.

La formule qu’il présente prévoit que les armes restent entre les mains des membres des factions, avec un accord avec le gouvernement pour qu’elles soient utilisées uniquement afin de défendre la souveraineté de l’Irak. Selon lui, ces principes constituent la base des négociations avec le comité du Cadre de coordination.

Des garanties réciproques et les perspectives d’un accord

Al-Akili estime que le dossier des armes des factions évolue vers des solutions réalistes. Il souligne qu’il s’agit d’une question irakienne, qui doit être réglée sans intervention américaine.

Il évoque la possibilité de garanties réciproques: les factions s’engageraient à ne pas utiliser leurs armes contre des cibles situées en dehors de l’Irak. En échange, le gouvernement chercherait à obtenir des garanties pour que les États-Unis ne prennent pas pour cible les factions et leurs dirigeants.

Malgré le report du règlement de ce dossier à juin de l’année prochaine, Al-Akili voit des signes positifs laissant espérer un accord entre le gouvernement et les responsables des factions.

Il inscrit ainsi le retrait américain dans un processus plus large visant à renforcer la souveraineté de l’Irak. Ce processus exige, selon lui, une indépendance politique et économique, de meilleures capacités de protection de l’espace aérien et un accord interne sur les armes et leur utilisation. Le défi sera désormais de transformer le départ des troupes en une indépendance réelle, tout en préservant la stabilité du pays.

 

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