Les dynamitages «israéliens» dans le Liban-Sud… un projet de destruction systématique, 47 villages mis hors service
Latifa Husseini*
Les explosions provoquées par l’ennemi «israélien» dans le sud du Liban se poursuivent. Leur rythme s'accélère, tout comme la quantité de munitions utilisées. Le champ de bataille s'étend à travers les villages du Sud. Le «ministre israélien de la Guerre», Israël Katz, a publiquement évoqué le programme de destruction massive mené par l'armée d'occupation dans les villes du Sud, déclarant : «De larges opérations de destruction ont eu lieu dans le sud du Liban, similaires à celles menées dans la bande de Gaza». Il a ajouté : «L'armée a détruit les infrastructures et les habitations dans 24 villages frontaliers», précisant que ces villes «ont été systématiquement rasées à l'aide de bulldozers et d'explosifs».
La réaction des autorités libanaises, qui se sont empressées d'entamer des négociations directes avec les auteurs de ces attaques, fut timide ; on aurait dit qu'elles murmuraient plutôt que d'adopter une position ferme et dissuasive, persistant dans leur logique de «paix et d'amour» avec ceux qui ne connaissent que le les meurtres, les destructions, les violations et les déplacements de population.
47 villages détruits, et l'ennemi ment
Face à cette situation dramatique, l'ancien ministre libanais de la Défense, Yaacoub Sarraf, s'est exprimé à Al-Ahed, réfutant les chiffres de destruction annoncés par l'ennemi. Selon ses propres estimations, «environ 47 villages ont été détruits par les bombardements israéliens et les attaques en cours», précisant que «des photographies aériennes le prouvent» et ajoutant que «même les villages non entièrement détruits sont désormais inhabitables».
Les objectifs des explosions
Sarraf a expliqué en détail les objectifs des opérations de dynamitage «israéliens» incessants dans le sud, affirmant que l'ennemi vise à :
* Provoquer le plus grand nombre de destructions possible.
* Rendre difficile, voire impossible, le retour des habitants du sud dans leurs villes et villages.
* Supprimer tout projet fournissant des services essentiels aux populations du Sud, tels que l'eau, l'électricité et les services publics de base.
* Détruire tous les aspects de la vie quotidienne et les infrastructures.
* Déplacer les populations du sud de leur terre.
* Influencer l'opinion publique, la détermination et le soutien à la résistance.
* Convaincre les gens de ne pas revenir et d'accepter une compensation financière en échange de l'abandon de leurs maisons ancestrales.
Selon Sarraf, l'objectif principal est de nuire à l'environnement, en entravant le retour des personnes déplacées jusqu'à son annulation définitive.
Il s'agit aussi d'imposer à l'État des dépenses supplémentaires, rendant ainsi impossible le retour vers le Sud.
Sarraf souligne : «L'ennemi israélien n'a laissé aucun moyen de subsistance au Sud, ni la possibilité du recours à l'État. Il sait que l'État libanais est endetté et que les fonds sont rares ; il applique donc le principe suivant : plus nous imposons de charges à l'État libanais, plus le retour sera retardé et deviendra finalement impossible.»
Le récit de l'occupation est fragile
L'ancien ministre libanais de la Défense affirme que les allégations de l'ennemi concernant le ciblage des infrastructures de la Résistance sont fausses. Il souligne qu'une installation militaire ne peut être construite au milieu de quinze maisons. Il a ajouté : «Les preuves étayant le récit de l'occupation sont faibles, ce qui confirme que l'ennemi est incapable de documenter ces affirmations. Autrement dit, l'absence de documentation sur les lieux avant les bombardements prouve qu'il s'agit de sites purement civils et non militaires.»
Sarraf estime que les opérations de bombardement de l'ennemi dans le Sud ne sont pas limitées dans le temps, notant que «ces opérations pourraient durer des décennies, si l'on en croit les déclarations de responsables sionistes qui parlent de construire des installations dans la région ; cela prouve qu'ils n'ont aucune intention de se retirer du Sud.»
Le siège des villages chrétiens est imminent
Sarraf en est convaincu et affirme : «Le siège des villages chrétiens restants aura lieu, car l'objectif de la "zone jaune" est d'éliminer tous les Libanais et toutes les confessions qui s'y trouvent, c'est-à-dire d'éloigner de cette bande tout citoyen libanais, qu'il soit chrétien ou musulman.»
Les cimetières… une étape de retour
Sarraf s'attarde longuement sur les opérations de bulldozer qui ont détruit les cimetières de certains villages du Sud, expliquant que «cela revêt une profonde signification symbolique, car cela représente, pour les habitants du Sud et tous ceux qui ont été déplacés par la guerre, un lieu de retour essentiel.»
Il poursuit : «La destruction des cimetières s’inscrit dans un projet visant à empêcher les habitants de retourner dans leurs villages. Les cimetières ont une importance symbolique ; ils symbolisent pour les gens, un retour aux sources. Ils tiennent à se recueillir sur les tombes de leurs proches dès leur retour, pour prier et entretenir leurs sépultures. En détruisant ces cimetières, les Israéliens veulent anéantir cette coutume sociale et religieuse. On observe notamment un phénomène remarquable parmi la population des banlieues, dès leur retour chez eux, lors des conflits passés et présents : ils se rendent sur les tombes de leurs morts pour les nettoyer et les réparer des dégâts causés par les bombardements. C’est une forme de résistance : je répare et je reconstruis tout, même une tombe.»
Zones pilotes : le problème réside dans le mécanisme, non dans la géographie
Sarraf aborde la question du projet de zones pilotes, écartant la possibilité que l'ennemi en crée de nouvelles. Il prévoit que les négociations à venir entre le gouvernement libanais et l'entité sioniste porteront sur le mécanisme des opérations de l'armée libanaise dans ces zones, et c'est là que réside le danger.
Sarraf souligne que le problème n'est pas la géographie de la zone, mais plutôt la méthode de coordination entre l'ennemi et le Liban, sous l'égide des Américains.
*Traduit de l'arabe (original)
