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Imam des opprimés

Entre la mémoire et l’espérance: La marche de l’Arbaïn vers le sanctuaire de sayyeda Khawla à Baalbek

Entre la mémoire et l’espérance: La marche de l’Arbaïn vers le sanctuaire de sayyeda Khawla à Baalbek
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Par AlAhed - Mariam Hussein

Chaque année, à l'approche de l'Arbaïn — le quarantième jour suivant le martyre de l'imam Hussein (psl) à Karbala —, les routes de la Békaa, à l'est du Liban, se parent d'une ferveur spirituelle profonde.

Des milliers de pèlerins, vêtus de noir, convergent vers une destination hautement symbolique: le sanctuaire de sayyeda Khawla, fille de l'imam Hussein (psl), situé à l'entrée de la ville historique de Baalbek.

Cette marche pacifique et fervente transcende les simples frontières du rituel religieux pour s'affirmer comme un vibrant témoignage de résilience, de piété et de solidarité humaine.

Une immersion au cœur des «madaef»: L’hospitalité en héritage

Le long du parcours qui mène à Baalbek, le paysage est jalonné de tentes et de structures de fortune dressées par les habitants locaux. Connues sous le nom de madaef (hospices ou salons d'accueil), ces haltes incarnent l'essence même de l'hospitalité généreuse propre à cette tradition.

Entre la mémoire et l’espérance: La marche de l’Arbaïn vers le sanctuaire de sayyeda Khawla à Baalbek

Ici, aucune distinction sociale n'existe. Des bénévoles de tous âges s'affairent inlassablement pour servir du thé chaud, du café amer, des fruits et des repas chauds aux marcheurs épuisés.

«Nous ne faisons que perpétuer un devoir sacré», confie Mohammad, un bénévole de la région qui supervise l'un de ces points de ravitaillement depuis l'aube. «Servir les pèlerins de l'imam Hussein (psl), c'est honorer les valeurs de dignité et de partage pour lesquelles il s'est sacrifié», ajoute-t-il, un sourire bienveillant aux lèvres malgré la fatigue.

Diversité et résilience: Les Voix du Pèlerinage

La force de cette marche réside dans la diversité de ses participants. Des familles entières, des personnes âgées s'appuyant sur des cannes, ainsi que de jeunes enfants marchent côte à côte, unis par une même dévotion.

Zeinab, une mère de famille venue de Beyrouth, chemine lentement en tenant la main de son jeune fils. Interrogée sur les raisons de sa présence, elle confie avec émotion: «Je viens chaque année renouveler mon pacte avec l'imam Hussein (psl) et sa fille sayyeda Khawla. Cette marche est un moment de purification pour l'âme. Je prie pour la paix au Liban, pour la résilience de notre peuple, et pour que nos épreuves se transforment en victoires.»

Entre la mémoire et l’espérance: La marche de l’Arbaïn vers le sanctuaire de sayyeda Khawla à Baalbek

Plus loin, Hassan, un étudiant universitaire de vingt et un ans, porte sur ses épaules un sac à dos lourdement chargé. Pour lui, ce pèlerinage est aussi un acte de résistance culturelle et existentielle: «Participer à l'Arbaïn, c'est affirmer que nous existons à travers nos valeurs. Face aux crises et aux difficultés que traverse notre pays, cette marche nous insuffle l'énergie et l'espoir nécessaires pour continuer d'avancer.»

Des Stations Culturelles et Spirituelles

Au-delà de l'effort physique, le pèlerinage se veut un espace de réflexion et de transmission. Tout au long de l'itinéraire, des stations culturelles jalonnent la route. Des panneaux affichent des citations tirées de la tradition husseinite ou celles des leaders martyrs de la Résistance, mettant en avant des concepts universels tels que la justice sociale, la liberté, le refus de l'oppression et la défense des opprimés.

Des tentes de sensibilisation proposent également des expositions photographiques retraçant l'histoire de la résistance au Liban et dans la région et les souffrances des peuples opprimés à travers le monde, reliant ainsi le drame historique de Karbala aux luttes contemporaines.

Entre la mémoire et l’espérance: La marche de l’Arbaïn vers le sanctuaire de sayyeda Khawla à Baalbek

Des récitations de poésies religieuses (latmiyat) résonnent en écho, créant une atmosphère à la fois méditative et galvanisante.

L’arrivée au sanctuaire et la communion finale

Lorsque les premiers minarets et le dôme doré du sanctuaire de sayyeda Khawla se profilent à l'horizon de Baalbek, l'émotion des pèlerins atteint son paroxysme.

Les visages fatigués s'illuminent de larmes de soulagement et de joie.

En franchissant les portes du complexe religieux, les marcheurs s'inclinent dans un recueillement ultime, concluant des heures d'effort physique par des prières collectives pour l'unité et la fraternité.

Ainsi, la marche de l'Arbaïn à Baalbek s'achève, laissant derrière elle non seulement des souvenirs impératifs de foi et de partage, mais aussi le ciment indéfectible d'une communauté unie par l'espérance et la mémoire.

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