Liban-Sud : Les explosions provoquées par «Israël» ouvrent-elles la voie à la «judaïsation» du Litani ?
Latifa Husseïni
Pourquoi l'armée d'occupation «israélienne» intensifie-t-elle les opérations de dynamitage dans les villages du Liban-Sud ? Cette question se pose face au silence de l'autorité officielle concernant l'escalade des attaques, perpétrées par bulldozers, les explosions et les démolitions, qui ciblent habitations et bâtiments dans ces villages.
Si l'on tentait de recenser les villages ciblés quotidiennement par les explosions, on n'arriverait jamais à une liste exhaustive, tant les opérations se poursuivent jour et nuit. Cependant, pour comprendre l'objectif de ces opérations incessantes dans le Sud, il est essentiel d'analyser le discours des sionistes quant à leurs actions et leur vision pour le Sud. S'agit-il simplement d'attaques visant à détruire et à nuire, ou s'inscrivent-elles dans un projet plus vaste et plus dangereux ?
«Réveillez le Nord»
Lorsqu'on examine les projets d'occupation au Liban-Sud, une tendance de la droite se dessine, certains de ses membres exprimant régulièrement leur intention d'étendre les frontières et les colonies jusqu'au Liban. L'exemple le plus récent n'est pas une simple déclaration ou allusion, mais une action concrète sur le terrain. En février 2026, des dizaines de militants du mouvement de colonisation «Uri Tzafon» (qui signifie «Réveille le Nord» en hébreu) ont franchi la frontière pour se rendre au Liban-Sud, où ils ont appelé à l'établissement de colonies juives dans la région.
À cette occasion, certains participants ont tenté de planter des arbres en territoire libanais, un geste symbolique visant à promouvoir l'idée d'expansion des colonies.
L'idéologie de ce mouvement repose sur l'établissement de colonies «civiles israéliennes» au Liban-Sud, le maintien de l'occupation de la région et la reconnaissance du Sud comme faisant partie de ce qu'il qualifie de «terre historique» des Juifs.
Ce mouvement affirme également que la sécurité des colonies du nord ne peut être garantie uniquement par des dispositifs de sécurité, mais plutôt par une transformation de la réalité géographique et politique de la région frontalière.
Certains milieux associés à ce mouvement emploient des expressions telles que «atteindre le Litani» ou «faire du Litani la frontière de la sécurité d’Israël», en référence au fleuve Litani, situé à plusieurs dizaines de kilomètres de la frontière avec la Palestine occupée. Ce discours repose sur un mélange de considérations sécuritaires, idéologiques et religieuses. Le «mouvement nationaliste religieux israélien» estime que le contrôle de zones supplémentaires peut constituer une «ceinture protectrice» pour les colonies du nord, tandis que certains de ses partisans associent la région aux concepts bibliques et historiques du «Grand Israël».
«Judaïsation du Litani»
Le 19 mars 2026, le journal «israélien» «Haaretz» a publié un article sur le projet de «judaïsation du Litani», que la droite «israélienne» cherche à mettre en œuvre sous couvert de guerre, en étendant les frontières.
Ces informations proviennent du «Premier Congrès du Liban», qui s'est tenu en juin 2024 en «Israël», sous le titre «L'implantation de colonies au Liban-Sud protégera les "villes" de Galilée du Hezbollah».
L'article indique que les organisateurs de la conférence, affiliés au mouvement «Uri Shamal», ont présenté leur projet d'établir des colonies juives dans la zone située entre la frontière nord et le Litani, arguant que la frontière actuelle avec le Liban est «artificielle».
Lors de la conférence, l'un des intervenants, Hagai Ben Artzi, a déclaré que la frontière libanaise actuelle est «totalement artificielle» et que la Galilée s'étend jusqu'au Litani.
La conférence a abordé les concepts du «Liban dans la Bible», du «Liban de la période du Second Temple à l’époque moderne» et des «aspects juridiques de la colonisation au Liban», ainsi que les modèles de colonisation antérieurs et les enseignements qui pourraient être appliqués au Liban-Sud. Selon cette logique, exprimée par la droite «israélienne», la zone désignée comme la «frontière naturelle nord de la Galilée» dans le discours idéologique du mouvement comprend :
Bint Jbeil
Marjeyoun
Khiam
Le secteur central du Liban-Sud
Les zones situées entre la frontière actuelle et le fleuve Litani
L’obsession «israélienne» pour le fleuve Litani
Le 9 avril 2026, «Haaretz» publiait un article du journaliste Moshe Gilad intitulé «Rejouer la Nakba : l’obsession israélienne pour le fleuve Litani au Liban». L’auteur y affirmait que «ce qui, pendant des années, avait été évoqué au sein de cercles restreints de la droite religieuse et nationaliste comme un rêve idéologique, a commencé à se manifester au grand jour avec la dernière guerre du Liban. Le débat ne se limite plus à la création d’une “zone tampon” ou d’une “ceinture de sécurité”, mais a désormais donné lieu à un discours prônant la présence permanente de l’armée israélienne au Liban-Sud, prélude à l’établissement d’une présence civile israélienne dans la région.»
L’auteur soulignait que «cette proposition repose sur la conviction de ses partisans que le retrait israélien du Sud-Liban en 2000 était une “erreur stratégique” et que la sécurité ne peut être garantie que par un contrôle permanent du territoire.»
Dans son rapport, Gilad consacre une large place au fleuve Litani, expliquant que pour certaines factions de droite, ce fleuve est devenu un symbole politique et idéologique bien plus qu'un simple objectif militaire.
Gilad explique que certains dirigeants du mouvement «Uri Tzafon» présentent le Litani comme la frontière septentrionale qu'«Israël» «aurait dû» atteindre, s'appuyant sur des interprétations historiques et politiques remontant aux débuts du mouvement sioniste, lorsque l'on réclamait l'extension des frontières de la Palestine mandataire vers le nord afin d'inclure le bassin du Litani en raison de son importance hydrique et agricole.
«Grand Israël» : Un projet omniprésent
Bien entendu, ce projet est fondamentalement indissociable de l'idée de «Grand Israël», formulée par le chef du gouvernement d'occupation, Benjamin Netanyahu, en août 2015, lorsqu'il a réaffirmé son attachement indéfectible à la «vision du Grand Israël», fondée sur l'expansion, l'occupation de davantage de terres arabes et le déplacement des Palestiniens.
Ce projet ancien trouve ses racines à la fin du XIXe siècle et aux débuts du mouvement sioniste, lorsque diverses personnalités et organisations sionistes proposèrent différentes visions des frontières du futur État juif. Lors de la Conférence de paix de Paris de 1919, des représentants du mouvement sioniste présentèrent un mémorandum proposant des frontières s'étendant vers le nord pour inclure des parties du Liban-Sud, notamment la ligne de partage des eaux et le fleuve Litani, en se fondant sur des considérations stratégiques et économiques liées aux ressources en eau.
Avec la montée du sionisme religieux après la guerre de 1967, le concept acquit une dimension idéologique. Certains mouvements religieux et nationalistes fondèrent leurs revendications sur des textes du Livre de la Genèse évoquant une terre s'étendant «du fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, l'Euphrate», considérant ces textes comme la promesse biblique faite aux Israélites.
L’État libanais ferme les yeux sur les ambitions de l’ennemi dans le Sud !
Au vu des explosions quotidiennes et de la destruction des habitations et des moyens de subsistance dans les villages du Sud, il est clair que ce projet figure à l’agenda militaire israélien et est bien ancré dans la stratégie de l’ennemi. Bien qu’il soit actuellement présenté sous d’autres prétextes, tels que la destruction des infrastructures du Hezbollah et la création d’une nouvelle zone de sécurité, la réalité sur le terrain montre que nous assistons à la mise en œuvre flagrante d’un projet de conquête des territoires du Sud, sans que l’État libanais n’en reconnaisse le danger, que ce soit dans ses actes et ses déclarations ou dans ses négociations directes avec l’ennemi «israélien». À ce jour, les autorités officielles agissent comme si l’ennemi n’avait aucune ambition dans le Sud !
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