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Frappes américano-saoudiennes en Irak: Vers un changement des règles d’engagement

Frappes américano-saoudiennes en Irak: Vers un changement des règles d’engagement
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Assia Husseini 

Le matin du 29 juillet, l’Arabie saoudite a participé, en coordination avec les forces américaines, à des frappes visant des positions des Hachd al-Chaabi sur le territoire irakien, sous prétexte de répondre à des attaques de drones qu’elle a attribuées à des factions irakiennes contre des installations saoudiennes, malgré le démenti de ces dernières.

Riyad, qui s’est longtemps opposé à la politique iranienne consistant à frapper les bases militaires américaines déployées dans plusieurs pays de la région, au motif qu’elles sont utilisées pour mener des attaques contre l’Iran et ses alliés, a eu recours au même raisonnement. L’Arabie saoudite a ainsi considéré que l’accusation portée contre des factions irakiennes l’autorisait à frapper leurs positions à l’intérieur de l’Irak.

Le différend ne porte donc plus réellement sur le principe consistant à cibler les sites supposés servir de point de départ à des attaques, mais sur la question de savoir qui est autorisé à invoquer ce principe. Ce que l’Arabie saoudite qualifie d’agression et de violation de la souveraineté lorsqu’il est commis par l’Iran est présenté comme un acte de légitime défense lorsqu’elle y recourt elle-même.

Le Conseil de sécurité nationale irakien a condamné l’opération, la qualifiant de violation de la souveraineté de l’Irak. Il a également adopté un plan visant à faire face à toute nouvelle agression, tout en réaffirmant la nécessité d’empêcher que le territoire irakien soit utilisé pour menacer les pays voisins.

Le Directeur du Centre Al-Binaa pour les études, Mohamed Al-Yassiri, a assuré à Al-Ahed que le Premier ministre irakien avait demandé aux responsables militaires et sécuritaires, notamment au chef d’état-major, aux responsables de la défense aérienne et au commandement des Hachd al-Chaabi, d’examiner les données radar et de vérifier la trajectoire d’éventuels drones.

Selon lui, la conclusion aurait été que les radars irakiens n’avaient enregistré aucun décollage de drone depuis le territoire irakien.

Dans le même temps, la partie yéménite avait revendiqué l’attaque, ce qui était connu des différents acteurs. Mais l’Arabie saoudite, en raison de son incapacité à affronter directement le front yéménite, se serait tournée vers l’Irak et aurait imputé la responsabilité de l’attaque aux factions irakiennes.

Concernant les frappes américano-saoudiennes contre l’Irak, plusieurs éléments doivent être pris en considération, a indiqué Al-Yassiri.

Premièrement, ces frappes interviennent alors que les pressions s’intensifient en Irak pour obtenir le retrait des forces américaines du Kurdistan irakien et l’évacuation des dernières bases américaines qui s’y trouvent encore. Du point de vue saoudien et américain, un retrait des troupes américaines laisserait l’Irak face à une nouvelle réalité, marquée par la présence des Hachd al-Chaabi et de factions armées entretenant des liens avec l’Iran.

Cette opération peut donc être interprétée comme un signal d’alarme et comme un message destiné à entraver le processus de retrait américain, tout en réorientant la relation avec l’Irak vers davantage de tensions.

Les menaces émanant de la Jordanie et de certains pays du Golfe indiquent également que la région pourrait entrer dans une nouvelle phase dans sa manière de traiter avec l’Irak, notamment de la part des acteurs hostiles à l’Iran et à l’axe de la résistance.

Deuxièmement, un accord a été conclu entre l’Irak et la Turquie autour du projet de «Route du développement». Ce projet a fortement contrarié l’Arabie saoudite, car il pourrait affaiblir d’autres projets et corridors régionaux sur lesquels Riyad misait, notamment un axe reliant la Turquie, la Syrie et l’Arabie saoudite. Ce facteur économique et géopolitique pourrait donc constituer l’une des raisons des pressions exercées sur l’Irak.

Troisièmement, ces développements surviennent dans un contexte d’attaques yéménites répétées contre l’Arabie saoudite, menées en réponse aux frappes ayant visé Sanaa. Riyad semblant incapable d’entrer dans une confrontation ouverte avec le Yémen ou de répondre directement sur ce front, il est possible qu’il ait choisi l’Irak comme théâtre de substitution, afin de tenter de restaurer sa capacité de dissuasion et de répondre aux attaques yéménites en frappant des positions des Hachd al-Chaabi.

L’élément le plus préoccupant reste cependant la scène politique intérieure irakienne qui a accompagné ces frappes. Des forces politiques sunnites et kurdes, ainsi que certains courants chiites, ont attaqué les factions et insisté sur leurs liens avec l’Iran, sans condamner les frappes américano-saoudiennes, alors même qu’elles constituent une violation manifeste de la souveraineté irakienne.

Cela pourrait annoncer une tentative de transformer une crise extérieure en conflit interne irakien, dont profiteraient l’Arabie saoudite et certains acteurs du Golfe, selon un schéma comparable à ce qui s’est produit en Syrie et au Liban. L’objectif potentiel serait de favoriser, à terme, l’émergence d’un gouvernement irakien davantage aligné sur la vision saoudienne et celle des pays du Golfe, et plus éloigné de l’Iran et de l’axe de la résistance.

Le ciblage des Hachd al-Chaabi, ajoute Al-Yassiri, n’est pas intervenu par hasard. Il s’inscrit dans un contexte où l’existence, en Irak, d’une force militaire de cette ampleur est mal acceptée dans les pays du Golfe, et en particulier en Arabie saoudite.

Les différents Premiers ministres irakiens ont été soumis à des pressions afin qu’ils fassent de l’affaiblissement, de la limitation et de la réduction de l’influence des Hachd al-Chaabi l’une de leurs priorités indique Al Yassiri.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite ne cherche pas seulement à agir sur une seule composante de la scène irakienne. Elle tente d’influencer à la fois les milieux sunnites et chiites afin de remodeler les équilibres politiques internes.

«Nous assistons donc à un changement des règles d’engagement dans la relation avec l’Irak», ajoute-t-il.

Un autre élément politique important concerne la position de l’axe de la résistance à l’égard de l’Arabie saoudite. Selon les informations disponibles, il existe une volonté de ne pas pousser Riyad vers un rapprochement accru ou vers une normalisation avec «Israël».

C’est pour cette raison qu’aucune décision n’aurait été prise, au cours de la période précédente, par les factions irakiennes, le Hezbollah ou Ansarullah, de cibler l’Arabie saoudite tant que celle-ci ne constituait pas une partie directement impliquée dans l’agression.

L’objectif de cette orientation était de maintenir, autant que possible, l’Arabie saoudite à l’écart du processus de normalisation complète avec «Israël» et d’éviter de lui fournir un prétexte pour avancer davantage dans cette direction.

En participant aux frappes contre l’Irak, l’Arabie saoudite aurait elle-même devancé cette évolution et serait passée au statut de partie directement engagée dans la confrontation.

Ce qui s’est produit peut donc être compris comme une composante d’une tentative plus large visant à affaiblir l’Irak, à cibler les Hachd al-Chaabi et à redéfinir la position régionale de l’Irak d’une manière conforme aux intérêts américains et saoudiens.

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