L’imam Khamenei… Comment a-t-il formulé la philosophie de la résistance ?
Par Ali Abadi*
L’imam martyr, sayyed Ali Khamenei, est évoqué comme le Leader de la République islamique d’Iran, qui a préservé l’héritage de la Révolution islamique menée par l’imam Khomeiny et développé les institutions étatiques pendant plus de trente-cinq ans. Cependant, l’une de ses plus grandes réalisations dépasse les frontières de l’Iran, car il est considéré comme l’un des fondateurs les plus éminents du concept de Résistance dans la région. Depuis son accession à la tête de la République islamique en 1989, et dans la lignée de l’imam Khomeini, il n’a pas appréhendé la résistance comme une politique conjoncturelle dictée par les rapports de force, ni comme une simple alliance militaire ou un réseau d’organisations armées. Il s’est plutôt employé à la transformer en un système intellectuel doté de sa propre doctrine, de son propre langage, de ses propres objectifs et d’une interprétation unique de l’histoire, des conflits et de l’avenir de la région.
Cette vision atteignit son apogée durant l’opération Déluge d'Al-Aqsa, où ses discours s'apparentaient à un document politique et stratégique exhaustif. Il y exposait sa philosophie du conflit, définissait la fonction de la résistance, la nature de l'ennemi, les critères de la victoire et de la défaite, ainsi que le rôle attendu des peuples et des nations.
La résistance… Un projet civilisationnel, bien plus qu'une simple question d'armes
L'imam Khamenei ne réduit pas la résistance à l'action armée ni aux groupes combattant «Israël». Il la conçoit plutôt comme un projet politique et civilisationnel exprimant la volonté du peuple face à l'hégémonie étrangère et à la redéfinition de l'identité régionale. C'est pourquoi il s'efforce constamment d'élever le débat du domaine de la politique quotidienne à celui d'un conflit entre deux projets : le projet d'hégémonie et d'arrogance, et le projet d'indépendance et d'émancipation des opprimés.
Partant de cette vision, il présente la Palestine non comme un problème national concernant un peuple spécifique, mais comme un enjeu moral et humanitaire universel mettant à l'épreuve les positions des nations et des peuples. C'est pourquoi il considérait Gaza comme «la ligne de démarcation entre le bien et le mal», une expression qui traduit le passage de la cause palestinienne de son cadre géographique à ses dimensions idéologiques et humanitaires.
Le Front de la Résistance… Un réseau décentralisé
L'une des idées directrices de son discours était le concept de «front de Résistance». Il estime que les événements récents ont démontré l'importance de la construction de ce front, affirmant : «La présence du front de Résistance dans la région est l'un des enjeux les plus cruciaux, et il doit être renforcé jour après jour.»
Cependant, ce concept, tel qu'il le présente, n'implique ni un commandement militaire unique ni une salle d'opérations centrale gérant l'ensemble des forces. Il s'agit plutôt d'un réseau de forces et de mouvements partageant un objectif commun et s'apportant mutuellement leur soutien, chaque partie conservant son autonomie décisionnelle. C'est pourquoi il a souligné à plusieurs reprises que le soutien de l'Iran à la résistance ne signifie pas qu'il la dirige, mais plutôt qu'il la soutient dans le cadre d'une lutte commune. D'où son insistance sur la nécessité de renforcer continuellement ce front, car, à ses yeux, il représente la garantie fondamentale contre l'expansion militaire israélienne. Il a réaffirmé le soutien indéfectible de la République islamique à la résistance, déclarant : «L'Iran restera aux côtés des combattants palestiniens et des moudjahidines du Hezbollah, et leur apportera toute l'aide possible.»
La victoire se mesure à l'aune de la réalisation des objectifs
L'imam Khamenei, martyr, redéfinit le concept de victoire, dépassant les critères militaires traditionnels. Selon lui, la victoire ne se mesure ni au nombre de victimes, ni à l'étendue des destructions, ni à la superficie contrôlée, mais plutôt à la capacité de chaque partie à atteindre ses objectifs politiques.
Il souligne ainsi que la persistance et la fermeté de la résistance, malgré son coût humain et matériel, témoignent de l'échec «d'Israël» à réaliser ses ambitions fondamentales d'expansion et d'hégémonie, et que cela constitue en soi une victoire stratégique pour la résistance.
Cette vision substitue à la notion de «victoire militaire» celle d'«épuisement de la volonté ennemie», où la persévérance devient l'arme la plus efficace. C'est pourquoi l'imam Khamenei affirme : La patience est une force.
Le peuple est l'élément décisif.
La résistance se transmet de génération en génération.
Le temps joue contre «Israël».
«Israël»… Le début du déclin
L’imam Khamenei considérait l’opération «Déluge d’Al-Aqsa comme un tournant stratégique. Dès les premiers jours, il n’interpréta pas les événements comme une simple victoire militaire de la résistance, mais comme un moment charnière de l’histoire «d’Israël». Il déclara alors : «L’entité sioniste a subi une défaite irréparable.» Il ne faisait pas référence à une défaite militaire directe, mais plutôt à l’effondrement de l’image «d’Israël» comme puissance invincible – une image qui avait fondé la dissuasion israélienne pendant des décennies. Pour lui, le 7 octobre n’a pas sonné le glas d’«Israël», mais a inauguré une nouvelle phase caractérisée par l’érosion de la dissuasion, une perte de confiance et le début d’une spirale descendante.
Le peuple palestinien… Les initiateurs, et non les instruments
Parmi les idées qu'il a rejetées avec constance et insistance figurait le discours occidental et israélien présentant la résistance palestinienne comme un instrument des puissances régionales. Quelques jours seulement après le 7 octobre 2023, il prononça une phrase qu'il répéterait à plusieurs reprises : «Les Palestiniens eux-mêmes ont planifié et mené cet acte.» Par ces mots, il cherchait à établir une idée centrale de son discours : le Palestinien n'est l'agent de personne, mais un acteur historique indépendant, et c'est la volonté du peuple qui façonne les événements majeurs, même lorsqu'il bénéficie d'un soutien extérieur. Ce faisant, il s'efforçait de déplacer le débat de la notion de «guerre par procuration» à celle de «résistance nationale indépendante».
Les États-Unis… Véritables dirigeants de la guerre
L'imam Khamenei, martyr, ne considérait pas «Israël» comme un acteur indépendant et ne dissociait pas «Israël» des États-Unis. Il insistait sur le fait que Washington était le décideur stratégique du conflit avec «Israël» : «Les États-Unis ne sont pas de simples soutiens, mais bien les véritables maîtres des opérations.» Dès lors, à ses yeux, le conflit devient une confrontation avec le système hégémonique occidental, bien plus qu'une confrontation avec «Israël» seul.
C'est pourquoi, dès les premiers jours de la guerre à Gaza, il a appelé à demander des comptes à l'administration américaine au même titre qu'à «Israël», soulignant que les événements étaient indissociables de la volonté américaine.
La bataille commence par la prise de conscience
L'une des caractéristiques les plus marquantes du projet de l'imam Khamenei est qu'il ne limite pas la résistance aux seuls champs de bataille. Selon lui, le discours médiatique est tout aussi important que les armes : «Contrer le récit sioniste est un devoir au même titre que le combat militaire.» C'est pourquoi il a souvent parlé du «jihad de la clarification», c'est-à-dire de confronter le récit adverse, de dénoncer ce qu'il considère comme la désinformation médiatique et d'empêcher que l'agresseur ne devienne la victime et la victime l'accusé. Dans le même esprit, il souligne – comme il l'explique dans l'ouvrage «Connaître l'ennemi», publié par la Fondation de la Révolution islamique pour la culture et la recherche, qui rassemble nombre de ses discours – que le contrôle des médias et de l'opinion publique est l'un des outils les plus importants de l'ennemi, et qu'il est du devoir des partisans de la résistance de dénoncer la désinformation et de maintenir la vigilance du public.
Il estime que la bataille commence par la prise de conscience avant même de commencer par les armes, et que perdre le contrôle du récit peut s'avérer plus dangereux que de perdre le champ de bataille.
La Résistance… Une idée qui ne meurt jamais
L’expression la plus éloquente de sa philosophie se trouve peut-être dans son discours prononcé après le martyre du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah. Ce jour-là, il n’évoqua pas la perte d’un chef, mais la continuité du projet, déclarant : «Sayyed Hassan Nasrallah nous a quittés physiquement, mais son esprit, sa vision et sa voix resteront à jamais parmi nous.» Cette déclaration résume une idée centrale de sa vision : la continuité du projet ne dépend pas de la survie des individus, mais de celle de l’idée et de sa transmission à travers les générations. C’est là que réside l’essence de sa vision de la résistance : elle n’est liée ni à un chef, ni à une organisation, ni à une période précise, mais à une idée qui se renouvelle chaque fois que ses adversaires croient l’avoir anéantie.
En conclusion, certains peuvent être en désaccord avec la vision de la résistance selon l'imam sayyed Ali Khamenei, ou avec ses choix politiques et militaires, mais il est difficile de nier qu'il possédait un projet intellectuel cohérent qui, au fil des décennies, a réussi à transformer la résistance, d'une simple réaction à l'occupation, en une théorie politique globale, avec sa propre définition de la victoire, de la défaite, de l'État, des peuples et de la nature du conflit dans la région.
Dès lors, son véritable héritage ne réside peut-être pas dans le nombre de batailles menées par l'Axe de la Résistance, ni dans l'étendue de l'influence iranienne, mais plutôt dans le cadre intellectuel qu'il a légué ; un cadre qui continue de servir de point de référence aux forces de résistance de la région pour se percevoir elles-mêmes, leurs adversaires et l'avenir.
Les discours de l'imam Khamenei, martyr, révèlent que sa vision de la résistance repose sur un système interconnecté, que l'on peut résumer en quatre piliers majeurs : La résistance est une doctrine civilisationnelle, et non une simple option militaire.
La cause palestinienne est au cœur du conflit avec le système hégémonique occidental.
La ténacité et la capacité à contrecarrer les objectifs de l'ennemi sont les véritables critères de la victoire, et non l'ampleur des pertes.
La résistance est un projet historique permanent qui transcende les individus et les organisations, et qui repose sur la solidarité des peuples, l'unité des fronts et la continuité de la conscience.
Cette vision n'est pas restée cantonnée à la théorie, mais s'est transformée en un cadre intellectuel et pratique sur lequel les forces de résistance de la région ont fondé leur analyse du conflit, la définition de leurs priorités et l'élaboration de leur vision d'avenir.
