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Achoura-2026

La Dahieh «sur la voie de l’imam Hussein»: D’un rituel de deuil à un projet de société

La Dahieh «sur la voie de l’imam Hussein»: D’un rituel de deuil à un projet de société
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Par AlAhed - Sarah RAAD

Chaque année, le dixième jour du mois de Muharram revêt une importance spirituelle et culturelle majeure pour les communautés chiites à travers le monde. À Beyrouth, et plus particulièrement dans sa banlieue sud, la commémoration d'Achoura dépasse le simple cadre du rituel pour devenir une expression collective de résilience, de mémoire et d'engagement social.

Cette année encore, l'événement a rassemblé des centaines de milliers de fidèles autour des notions fondamentales de sacrifice, de patience et de résistance.

Un rassemblement ancré dans le souvenir et la continuité

Malgré les défis et les menaces sécuritaires qui pèsent sur le pays, des centaines de milliers de partisans de la Résistance se sont réunis dans la Dahieh. Ce rassemblement massif a pour but premier de renouveler le serment à l’imam Hussein, figure centrale du martyre et de la justice dans l'islam, aux leaders martyrs, avec à leur tête le Martyr de la Nation sayyed Hassan Nasrallah, ainsi qu'à tous les martyrs. Pour les participants, cette présence physique et fervente est une manière de promettre de poursuivre le chemin de l’imam Hussein — un chemin traditionnellement défini par le sacrifice, la fermeté et la résistance face à l'adversité.

La Dahieh «sur la voie de l’imam Hussein»: D’un rituel de deuil à un projet de société

L'atmosphère des commémorations est empreinte d'une solennité stricte. Les rues se drapent de noir, les chants de deuil (les latmiyat) résonnent, et la foule compacte témoigne d'une volonté de préserver une identité culturelle et spirituelle forte, perçue comme un bouclier contre les pressions extérieures.

«Venir ici chaque année est un devoir spirituel, mais c'est aussi une affirmation d'identité. Quand on voit la foule, malgré la chaleur et la situation difficile du pays, on se sent portée. Pour ma génération, l'histoire d'Achoura n'est pas juste un récit du passé, c'est une leçon quotidienne sur la nécessité de rester debout face aux injustices, peu importe les obstacles», affirme Mariam, une étudiante de 19 ans.

La patience et la fermeté comme piliers culturels

Au cœur des discours et des ressentis populaires durant cette période, le peuple de la Résistance est souvent érigé en symbole de patience et de fermeté. Face à la guerre «israélienne» qui secoue le Liban, en particulier le sud du pays, la figure historique de l'imam Hussein à Kerbala sert de modèle de comportement.

La Dahieh «sur la voie de l’imam Hussein»: D’un rituel de deuil à un projet de société

La patience n'est pas ici synonyme de passivité, mais plutôt d'une endurance active. Elle représente la capacité à maintenir ses principes et sa cohésion sociale malgré un environnement hostile.

Les récits de courage et de patience datant du VIIe siècle sont ainsi constamment mis en parallèle avec le quotidien des habitants de la banlieue sud, transformant le deuil en une source d'énergie morale pour surmonter les épreuves actuelles.

Hajja Khadija, mère de deux martyrs, en est un exemple. «La perte de mes fils est une douleur de chaque instant, mais ici, durant Achoura, cette douleur trouve un sens plus grand. L'imam Hussein a tout sacrifié pour la vérité. En regardant le courage de sayyeda Zainab après Kerbala, je trouve la force d'être patiente et ferme. Mes fils ont choisi le chemin de l'honneur, et ma responsabilité aujourd'hui est de porter leur mémoire avec dignité, sans fléchir.»

La Dahieh «sur la voie de l’imam Hussein»: D’un rituel de deuil à un projet de société

«Sur la voie de Hussein»: D'un rituel de deuil à un projet de société

La commémoration a pris cette année, une tournure explicitement orientée vers l'action et l'organisation sociale à travers l'adoption du slogan «Sur la voie de l'imam Hussein».

L'ambition affichée par le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, est de faire d'Achoura un plan de travail concret, un projet global à lancer depuis cette période de recueillement pour structurer la vie communautaire durant l'«après-Achoura».

La Dahieh «sur la voie de l’imam Hussein»: D’un rituel de deuil à un projet de société

Ce plan d'action s'articule autour d'une initiative intitulée «Le projet de notre vie heureuse». Conçu pour guider les fidèles dans leur vie spirituelle et citoyenne, ce projet repose sur cinq fondements essentiels: «Sur la voie de l'imam Hussein, qui est toujours victorieux, nous nous éduquons à travers elle, et nous la propageons pour l'établir par le djihad de la patience.»

L'objectif est de dépasser la dimension purement commémorative pour inscrire les valeurs d'Achoura dans la gestion du quotidien et la planification sociale.

La Dahieh «sur la voie de l’imam Hussein»: D’un rituel de deuil à un projet de société

«Notre présence sur le terrain est une application directe des valeurs d'Achoura. Servir les gens, veiller sur la sécurité sanitaire de milliers de personnes sous un soleil de plomb, c'est notre manière de faire vivre le message d'entraide. Nous traduisons la théorie en actes concrets. Face aux risques et à la fatigue, c'est notre foi dans ce projet qui nous fait tenir de longues heures sans faiblir», témoignage dans ce contexte Hassan, un secouriste bénévole.

En somme, l'édition de cette année dans la banlieue sud de Beyrouth montre comment la commémoration d'Achoura reste un événement central de la vie de fidèles. En liant le souvenir historique, les témoignages poignants de la population et un projet de société structuré, les participants cherchent à transformer le sacrifice traditionnel en une force motrice pour l'avenir.

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