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Quand la rancœur est mauvaise conseillère…

Quand la rancœur est mauvaise conseillère…
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Soraya Hélou

Que veut donc le Courant du Futur ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’affaire de son implication dans les émeutes de Syrie est en train de prendre de l’ampleur. Les sources syriennes officielles annoncent encore plus de révélations dans les prochains jours basées sur les aveux de Libanais arrêtés dans le cadre des émeutes. Ce qui signifierait que l’on passe à l’étape supérieure : après les aveux télévisés de détenus syriens, ce sont désormais des Libanais spécialement venus en Syrie pour y aider les insurgés qui feraient des révélations. Que vont-ils dire et qui vont-ils accuser ? Chacun peut laisser courir son imagination, mais il n’est pas besoin d’être très subtil pour penser au Courant du Futur. D’autant que depuis le début de la révolution égyptienne et avant même qu’on ne sache quelle sera son issue, les sources du Courant du futur annonçaient des « changements significatifs en Syrie ». Apparemment, ces sources étaient au courant du complot qui se préparait contre la Syrie. Certains disaient même qu’ils y participaient. Mais ce qui n’était que de vagues soupçons ou des analyses politiques est désormais confirmé, non seulement par les révélations des médias syriens, mais aussi par les dépêches de Wikileaks qui montrent que depuis 2006 et 2007, cheikh Saad Hariri essayait de convaincre ses interlocuteurs américains de renverser le régime syrien pour le remplacer par un mixage de frères musulmans et de Abdel Halim Khaddam. A ces dépêches, il faut encore ajouter un document publié par un site anglais qui relate dans les détails un plan américain, avec l’aide de certains  courants en Arabie saoudite pour renverser le régime syrien.
 
Les soupçons deviennent de plus en plus précis, mais la question qui se pose reste la même : pourquoi le Courant du Futur participerait-il, voire demanderait-il, un tel plan ? La longue expérience, parfois tumultueuse et parfois sereine, des relations entre le Liban et la Syrie n’a-t-elle pas convaincu les Libanais que les destins des deux pays sont liés et que si l’un s’en va, l’autre est menacé ? Y a-t-il encore des Libanais qui ignorent qu’au plus fort de la guerre civile au Liban, dans les années 80, alors que le pays s’approchait de plus en plus d’un effritement confessionnel sur base de cantons, c’est la Syrie qui a arrêté la partition, non par amour des Libanais mais parce qu’un Liban partagé en cantons confessionnels constitue une menace pour l’unité de la Syrie ? Y a-t-il encore des Libanais qui ignorent qu’en 1976, lorsque les forces chrétiennes étaient menacées de débandade face à l’avancée des forces dites « palestino-progressistes », ce sont encore les Syriens qui ont envoyé leurs troupes pour éviter la défaite chrétienne et rétablir un équilibre des forces, non pas par amour des Kataêb ou du PNL, mais parce qu’un Liban transformé en patrie de rechange des Palestiniens est une menace pour la Syrie ? Plus tard, lorsqu’il a été question du plan Abdallah pour la paix dans la région et que le projet initial ne mentionnait pas le droit au retour des Palestiniens chez eux, le président de l’époque Emile Lahoud qui s’insurgeait contre cette omission, a pu grâce à l’appui du président Bachar Assad obtenir cette mention ainsi que celle du refus de l’implantation ?

Même sur le plan économique, les deux pays sont étroitement liés. Lorsqu’en 2005, le camp du 14 mars qui détenait les rênes du pouvoir a lancé sa violente campagne d’accusations contre la Syrie et que celle-ci a réagi en ralentissant le rythme du passage des marchandises et des civils aux postes-frontières, Saad Hariri qui était alors le chef du bloc du Futur a proposé de recourir à Chypre ou aux ports de Turquie pour transporter les marchandises libanaises vers la profondeur du monde arabe. Mais études faites, il a vite renoncé à son projet, trop coûteux et pratiquement impossible à réaliser. Toujours en 2005, lorsqu’une campagne terrible et raciste  a été menée contre les travailleurs syriens et qu’ils ont dû quitter le pays en catastrophe, le 14 mars a tenté de faciliter l’immigration des Egyptiens et des Hindous et autres Pakistanais. Mais ils ont dû rapidement revenir aux Syriens, plus travailleurs, moins coûteux et acceptant de vivre dans les pires conditions.

Est-il encore besoin de donner d’autres exemples de l’importance de la Syrie pour le Liban et vice versa ? Quelle que soit l’issue des événements actuels en Syrie ( et le plus probable est qu’ils ne mèneront pas à un changement de régime), les Libanais, toutes tendances confondues, devraient prier jour et nuit pour que le régime d’Assad en sorte victorieux. Il y va de la survie du Liban. Mais quand on est mû par la seule rancœur et que de plus, on ignore l’Histoire et la géographie, on ne peut que faire de mauvais paris et qui plus est sont perdants.   

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