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Les pôles chrétiens à Bkerké, un point pour le patriarche Raï

Les pôles chrétiens à Bkerké, un point pour le patriarche Raï
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Soraya Hélou
L’importance de la rencontre entre les pôles chrétiens à Bkerké sur une invitation du patriarche Béchara Raï réside d’abord dans le fait qu’elle ait eu lieu. Elle était en effet devenue difficile au cours des dernières années, en raison de l’ampleur des conflits entre eux, notamment entre le leader des Maradas Sleiman Frangié d’une part et le chef des Forces libanaises Samir Geagea, mais aussi en raison de la politique jugée en faveur d’un camp aux dépens du prédécesseur du patriarche Raï.

Cette rencontre qui a duré plus de trois heures avant d’être suivie d’un déjeuner qualifié de convivial marque donc l’ouverture d’une nouvelle page non pas entre les pôles chrétiens, mais dans le rôle rassembleur retrouvé de Bkerké. Fraîchement élu et doté du puissant appui du Vatican, Mar Béchara Raï a voulu faire fructifier cet élan en redonnant à Bkerké le rôle d’autorité chrétienne unanimement reconnue et en mesure de rassembler les leaders politiques.
D’ailleurs, dans une volonté de donner le maximum de chances à cette réunion, Mar Béchara Raï avait rencontré discrètement les quatre pôles le général Michel Aoun, le président Amine Gemayel, le chef des Maradas Sleiman Frangié et le chef des FL Samir Geagea, séparément pour les informer de ce qu’il compte faire et préciser les sujets à débattre. Il a ensuite décidé
d’éviter les thèmes de division comme les armes du Hezbollah et les relations avec la Syrie, préférant concentrer les débats sur les sujets qui rapprochent comme le refus de l’implantation des Palestiniens, le refus des armes palestiniennes hors des camps, l’adoption d’une loi sur la décentralisation administrative, la révision du décret des naturalisations adopté au milieu des années 90 et jugé défavorable aux chrétiens, la situation des chrétiens dans la région.

Mar Béchara Raï connaît parfaitement la profondeur des conflits entre ses convives, mais il souhaite simplement que le contact soit repris entre eux et qu’ils puissent s’entendre sur une base minimale. Les photographes ont été écartés du salon où a eu lieu la rencontre et qui a été doté d’une table rectangulaire au bout de laquelle le patriarche s’est installé. Discrétion, discussions dans le calme et le respect, telles sont les principaux adjectifs collés à cette rencontre qui est forcément considérée comme une victoire personnelle pour le patriarche. D’ailleurs, c’est bien pour lui que les quatre pôles ont accepté l’invitation, aucun d’eux ne voulant être celui qui la rejette surtout lorsqu’elle vient d’un patriarche plein de bonne volonté et ayant l’aval et l’appui du Vatican.


S’il est encore trop tôt pour connaître tous les sujets débattus et la façon dont les échanges ont eu lieu, on peut déjà dire qu’il y a peu de chances que les divergences de fond entre les chrétiens du 8 mars et ceux du 14 aient été aplanies. Elles reposent en réalité sur une vision différente de la politique générale, du rôle des chrétiens et de celui de l’Occident. Le général Aoun et le leader Frangié font partie de ceux qui sont convaincus que l’Occident et à sa tête les Etats-Unis ne voient la région qu’à travers leurs intérêts et ceux d’Israël et par conséquent, ils veulent régler le conflit israélo-palestinien en faveur d’Israël et en passant par l’implantation des Palestiniens au Liban. L’appui à la résistance et à l’axe dit d’opposition (Syrie-Iran) s’inscrit dans ce cadre, ainsi que la conscience du rôle des chrétiens d’Orient aux côtés des grandes causes arabes. Par contre Samir Geagea estime que l’alliance avec l’Occident est de nature à protéger les chrétiens ou en tout cas à leur permettre d’avoir un espace autonome. Il s’inscrit donc dans l’axe de la politique américaine dans la région. Comme on le voit, ce sont des divergences de fond qu’en dépit de toute sa bonne volonté Mgr Raï ne peut éliminer. Mais il peut rétablir le dialogue entre toutes les parties et surtout les pousser à mettre un bémol à leurs joutes oratoires, en cherchant à les convaincre qu’il ne leur est pas demandé de s’entendre, mais de mettre leurs positions différentes au service de la communauté, tout en évitant
d’aiguiser les haines et les rancoeurs au niveau de leurs bases respectives.


Le communiqué final lu à l’issue de la réunion donne bien le ton, restant dans les généralités et évitant qu’une partie puisse exploiter cette rencontre à son avantage. D’ailleurs, la décision du patriarche Raï d’éviter les déclarations politiques faites à partir de Bkerké donne un indice concluant sur sa volonté de faire du siège patriarcal un lieu de neutralité et d’ouverture. Sa première grande initiative est donc un pari réussi. Toutefois, lorsque les journalistes ont pu entrer dans la salle où se réunissaient les pôles maronites, une petite phrase de Samir Geagea a marqué les esprits: « Vous êtes sûrs, a-t-il demandé aux journalistes, que cette réunion plaît à tout le monde ? », en faisant allusion aux parties qui pourraient être mécontentes des « retrouvailles inter-chrétiennes ». Venant de Geagea, on pense aussitôt qu’il a visé le Hezbollah et peut-être la Syrie. Il est curieux que dans un moment aussi important et pacifique, il ne pense « qu’à l’autre camp », rappelant ainsi à ceux qui l’ont entendu qu’il a toujours noué ses alliances en fonction de ceux qu’il considère ses ennemis, non pour des raisons politiques ou pour des principes. Un sujet à méditer…

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