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Saad Hariri et l’extrémisme

Saad Hariri et l’extrémisme
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Soraya Hélou
On n’a pas fini de parler du fameux « Jour de colère » de mardi dernier. Ses effets n’ont pas fini de faire sentir dans les esprits et les proches de l’ancien Premier ministre Saad Hariri s’évertuent à défendre les actions de leurs partisans sans parvenir à les justifier. Ce qui a surtout frappé les esprits, au-delà des actes de vandalisme et des agressions contre les médias, ce sont les discours extrémistes prononcés sur la tribune à Tripoli. Pendant des années, l’ancien Premier ministre martyr Rafic Hariri s’est ingénié à se présenter comme un rempart contre l’extrémisme musulman en affirmant haut et clair qu’il était le visage de l’islam modéré, face à l’extrémisme et donc la seule alternative acceptable. Il a édifié tout son réseau de relations sur cette base, devenant indispensable à l’heure où Al Qaëda soulevait toutes les inquiétudes de l’Occident et même des peuples de la région. Or, voilà que les responsables du Courant du Futur se mettaient à adopter ouvertement dans leurs meetings, le langage des extrémistes musulmans avec des références dignes du plus clair enregistrement de Oussama Ben Laden et Ayman Zawahiri. Si cela s’était limité à un seul discours, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une erreur ou d’un débordement dû à l’enthousiasme provoqué par la foule. Mais les propos du député Mohammed Kabbara, ainsi que ceux du responsable de la culture au sein du Courant du Futur Mohammed Salam ont été précédés par une série de déclarations qui allaient dans le même sens. En plus des relations étroites entretenues par le Courant du Futur avec les mouvements islamistes sunnites depuis le fameux compromis qui a permis d’adopter une loi d’amnistie en faveur de leurs éléments emprisonnés et du chef des Forces libanaises Samir Geagea au printemps 2005.  S’agissait-il alors d’une réaction affective suite à l’assassinat de Rafic Hariri, ou d’un plan soigneusement mis au point pour contrôler la scène sunnite dans toute sa diversité et utiliser les islamistes à la fois pour effrayer et pour bien montrer que ce Courant est le seul à pouvoir les contrôler ? Toujours est-il que presque six ans après ce changement significatif dans les options du Courant du Futur, les Libanais ne parviennent plus à faire la différence entre ce Courant et les extrémistes sunnites, qui semblent avoir le monopole de la rue. C’est un peu comme si Saad Hariri a rayé d’un trait la longue démarche de son père de montrer au monde le visage d’un islam modéré. Certes, Saad Hariri s’est empressé de condamner les dérapages verbaux et sur le terrain, mais il n’a pas réussi à effacer des esprits les images de ce mardi « noir ». Où se situe désormais le Courant du Futur ? C’est une question à laquelle il lui revient de répondre dans les plus brefs délais, non seulement pour ses propres partisans, mais aussi pour ses alliés chrétiens. Ceux-ci ont gardé un silence prudent après cette fameuse journée, conscients du fait que ce genre de propos affaiblit sérieusement leur position. Ils se sont quasiment retrouvés dans une situation identique à celle du dimanche 5 février 2006, lorsque les extrémistes alliés au Courant du Futur étaient descendus dans la rue en principe pour protester contre les caricatures danoises et avaient fini par casser une église… Bien sûr, les mémoires oublieuses et le tapage médiatique destiné à effacer ces images ont agi, au cours des dernières années, mais voilà que tout ressurgit à la faveur d’une protestation qui a failli mal tourner. IL est sans doute temps pour le Courant du Futur et pour son chef de préciser leurs options. Ils ne peuvent pas être à la fois le visage de l’islam modéré et les alliés des extrémistes. Un jour ou l’autre, ce jeu subtil se retourne contre ceux qui le pratiquent. L’heure des choix est arrivée…

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